The Tempest, act. ii, se
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leurs en deux classes suivant le degré de leur puissance, et on les soupçonnait d'avoir vendu leur âme au diable, en échange de Tempire qu'ils exerçaient sur le monde surnaturel. On prenait au sérieux John Dee, que Ben Jonson démasqua avec une si amëre ironie dans TA/chimiste, Prospéro porte le costume traditionnel de ses pareils, le chapeau élevé de l'astrologue, la robe constellée d'étoiles et la baguette magique. Ariel, son ministre, rappelle la fée Sibylle ou Sibyla, qu'il n'appartient qu'aux magiciens les plus puissants d'évoquer. Comme elle , il est vêtu d'une tunique blanche aux reflets éclatants. Quand on joue aujourd'hui la Tempête en Angleterre, on en conserve avec soin tout le côté féerique et fantastique, et l'on cherche, par la magie des décors , des costumes et de la mise en scène, à donner aux spectateurs toutes les illusions du merveilleux. Je l'ai vue bien montée et bien jouée à Londres, au théâtre de Sadler'sWells , sous la direction de M. Phelps, qui remplissait lui-même le rôle de Prospéro.
C'est ce Prospéro qui tient entre ses mains tous les fils de l'intrigue. Quand on connaît à fond son caractère et ses actes, on comprend le sens de la pièce. Il était duc de Milan, et malgré ce titre il ne gouvernait pas son duché. Absorbé dans l'étude des sciences, il négligeait ses devoirs de prince et laissait à son frère la direction absolue des affaires publiques. La faute politique et morale qu'il commettait, en abandonnant ainsi ses droits, entraîne pour lui de terribles conséquences. Son frère profite de la liberté et du pouvoir dont il jouit pour se créer des partisans, et pour se faire couronner duc à sa place. On embarque Prospéro et sa fille sur un vieux
bâtiment qui faisait eau de toutes parts et on les abandonne à la merci de la mer. Après une longue odyssée, le vent les pousse sur les côtes d'une île sauvage, où nous les trouvons quand la scène s'ouvre. Prospéro, dans cette solitude, s'est procuré des ressources par son art magique ; il soumet les éléments à sa volonté et il commande aux nombreux esprits qui habitent seuls l'île, car elle ne renfermait, quand il y est arrivé , qu'un être humain, fils d'une sorcière, le monstre Caliban , qui n'a de l'humanité que les organes et les appétits grossiers. Prospéro, comme c'est le devoir d'un Européen, entreprend de civiliser ce sauvage. Mais, tandis qu'il gouverne sans difiiculté le monde des esprits, ses efforts échouent ici devant la résistance d'un être méchant et rebelle à toute autorité. Il enseigne le langage et les premiers éléments des connaissances à Caliban. Celui-ci ne se sert de ce qu'il apprend que pour maudire son maître et chercher à lui nuire.
Ce rôle de Caliban a été l'occasion de volumineux commentaires '. Suivant quelques critiques, il représente non-seulement les races du nouveau monde , ignorantes et cruelles, les cannibales, dont son nom paraît l'anagramme, mais encore les masses populaires et les instincts mauvais de la multitude. On va jusqu'à dire que Shakspeare, partisan de l'aristocratie et hostile à l'influence des classes inférieures, personnifie, dans cette nature abjecte, l'esprit révolutionnaire qu'il a déjà condamné lorsqu'il a peint la révolte de Jack Cade et les plébéiens du temps de Jules César. « Caliban , c'est le peuple, s'écrie M. Kreyssig. Voyez-le agir et jugez-le.