JOHN TALBOT
J*ai nom Talbot, je suis votre fils, et vous voulez que je fuie? Ohl si vous aimez ma mère, ne déshonorez pas son nom sans tache en faisant de moi un bâtard et un misérable. Le monde dira : 11 n'est pas le sang de Talbot, celui qui a fui lâchement quand le noble Talbot tenait bon.
TALBOT
Fuis, pour venger ma mort si je suis tué.
JOHN
Pour qui fuit ainsi, il n'y a plus de retour.
TALBOT
Si nous restons tops deux , notre mort à tous deux est certaine,
JOHN
Eh bien I que ce soit moi qui reste, et vous, mon père, fuyez. Votre mort est une grande perte ; grand doit être aussi le soin que vous prendrez de vivre. Mon mérite est inconnu, et on ne perd rien en moi. Les Français se glorifieront peu de ma mort, ils se glorifieront beaucoup de la vôtre ; avec vous meurent toutes nos espérances. La fuite ne peut ternir la gloire que vous avez conquise ; mais elle ternirait la mienne, à moi qui n'ai fait aucun exploit. Tout le monde jurera que vous n'avez fui que pour mieux vaincre; mais moi, si je cède, on dira que c'est par peur. On désespérera de me voir jamais tenir tête au péril, si dès la première heure je recule et je fuis. Ici, à genoux, je demande la mort, plutôt qu'une vie conservée au prix de l'infamie.
3^ SHAKSPEARË.
TALBOT
Tu veux donc qu'une môme tombe ensevelisse toyites les espérances de ta mère?
JOHN
Oui, plutôt que de déshonorer les flancs qui m'ont poilé I
TALBOT
Si tu veux que je te bénisse, je t'ordonne de partir.
JOHN
Oui, pour combattre Tennemi, mais non pour fuir.
TALBOT
En toi tu peux sauver une partie de ton père.
JOHN
Ce ne serait qu'une partie déshonorée.
TALBOT
Tu n'as jamais eu de réputation, tu ne peux pas la perdre.
JOHN
J'ai la vôtre : la flétrirai-je par la fuite?
iTALBOT. ■ L'ordre de ton père te purifiera de cette souillure.
JOHN
Vous ne pourrez pas porter témoignage pour moi quand vous serez mort. Si la mort est si certaine, fuyons tous deux.
TALBOT
Que je laisse ici mes soldats combattre et mourir IJamais une telle honte ne souillera ma vieillesse.
JOHN
Et ma jeunesse sera-t-elle coupable d'une telle faute?... On ne pourra pas plus me séparer de vous que vous ne pouvez vous-même vous partager en deux. Restez, partez, faites ce que vous voudrez; je ferai comme vous : car je ne veux pas vivre si mon père meurt.
TALBOT
Eh bien î reçois ici mes adieux, ô mon noble enfant dont la vie doit s'éteindre cette après-midi! Viens, vivons ou mourons à côté l'un de Tautre ; et que nos âmes s'envolent ensemble de la France vers le ciel * !