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dent amoureux de Béatrice en même temps et par la môme ruse qu'elle. Du reste, une fois que sa passion est connue, il prend son parti en brave et il ne manque pas de bonnes raisons pour s'excuser. « Je m'attends bien, s'écrie-t-il, à voir pleuvoir sur moi les sarcasmes et les quolibets, parce que je me suis longtemps moqué du mariage. Mais pourquoi les goûts ne changeraient-ils pas ? Pourquoi des paroles en Tair, cette inoffensive artillerie du cerveau, m'empêcheraient-elles de suivre mes penchants ' ? » Ailleurs il ajoute : « Un collège entier de faiseurs d'épigrammes ne me ferait pas changer mes idées. Croyezvous que je me soucie d'une satire ou d'un sarcasme? • Non, celui qui s'inquiète des propos d'autrui n'osera rien faire qui ait le sens commun. Bref, j'ai résolu de me marier, et tout ce qu'on peut dire à rencontre m'est parfaitement indifférent. Vous auriez donc tort de rétorquer contre moi mon propre langage, car l'homme est une créature changeante et c'est par là que je conclus ». »
Cette conversion de Bénédict rentre dans le thème favori de Shakspeare. Elle prouve une fois de plus la puissance de la passion. Qui lui résistera, quand le sceptique lui rend hommage?
Biron, le personnage le plus spirituel de Peines d^ amour perduesj finit aussi par un dithyrambe en l'honneur de l'amour. C'est un humoriste amusant, plein de verve et ' de gaieté, qui applique son ironie aux croyances et aux illusions de ses compagnons. Il fait partie d'une sorte de confrérie qu'a organisée le roi de Navarre pour se rendre célèbre. Mais dès le début, il se moque des statuts de l'ordre auquel il appartient. Il a juré, avec ses amis, de