‹ ShakespeareChapitre 31 sur 137 · Much ado about nothing, aci. u, 8c · texte numérisé non relu

Much ado about nothing, aci. u, 8c

Rosalinde et Béatrice tont déjà partie de cette Emilie de personnages humoristiques qui représentent, dans les comédies de Shakspeare, un des traits du génie du poète et un des côtés de Tesprît anglais. Si o^ qu'on appelle humour est indéfinissable et ne peut se traduire dans aucun idiome, eux-mêmes échappent à toute définition. Si nous disons qu'ils sont gais, il faut ajouter aussitôt qu'ils ont des idées sérieuses. Si nous parlons de leur profondeur, il ne faut pas oublier qu'ils sont souvent enjoués. Rien de plus difficile à saisir que leurs physionomies, car ils changent sans cesse et ils ne se ressemblent jamais à eux-mêmes. Ce qui. les caractérise le mieux, c'est l'imprévu, l'originalité de leurs pensées, et surtout la forme piquante sous laquelle ils l'expriment. Ils emploient tour à tour le bon sens, le paradoxe. Tirenie, et, du mélange de 'ces éléments, ils se composent une langue spéciale qui n'est parlée qu'en Angleterre. Le ton ironique y domine tous les autres. Ils sont en général très-pénétrants, ils voient le monde par ses mauvais côtés, tandis que le vulgaire le voit plutôt par les bons ; ils se moquent de la sottise humaine, qu'ils connaissent à fond, et d'eux-mêmes, qu'ils n'estiment pas plus que le reste des hommes. Ils déclarent la guerre au préjugé, à la routine, à l'erreur, à l'aveuglement. Ils ne veulent être dupes d'aucune apparence, ils vont au fond des choses et leur principale prétention, c'est de toujours démêler le vrai du faux. Ils sèment çà et là, dans leurs entretiens rapides et brillants, des maximes philoso-

phiques, des aperçus profonds, et cette foule de pensées détachées qui font du théâtre de Shakspeare le plus vaste recueil d'idées générales qui ait été écrit dans les temps modernes. Ils ont réfléchi à tout, et aucun événement ne les prend au dépourvu. Ils ont une opinion sur la mort aussi bien que sur la vie, sur Tamour, sur Famitié, sur la haine, sur Tambition, sur la gloire, sur le travail, sur le bien et le mal, sur le devoir et sur la liberté. Ils tirent une conclusion de tout ce qu'ils voient et ils découvrent, derrière le fait qui frappe les yeux, la cause cachée qui Ta produit.

Cela ne veut pas dire qu'ils sont plus sages et qu'ils se conduisent mieux que le commun des hommes; ils n'ont que l'avantage de la pénétration. Il y a parmi eux des amants qui ont commencé par se moquer de l'amour et qui finissent par en être esclaves.

Bénédict sert de pendant à Béatrice, dans Beaucoup de peine pour rien; il est fier et dédaigneux ; il n'a pas encore rencontré une femme qui lui ait plu, et il s'étonne qu'on puisse s'attacher à ce sexe firagile. Il considère avec une sorte de pitié son anài Claudio, qui vient de demander la main de la belle Héro. « Qu'une femme m'ait conçu, ditil, je l'en remercie ; qu'elle m'ait élevé, je lui en suis pareillement on ne peut plus reconnaissant; mais que je ne me soucie pas d'avoir des cornes au front, ou de suspendre mon cor de chasse à un bouclier invisible, c'est ce que toutes les femmes me pardonneront. Ne voulant pas leur faire l'injure de me défier de toutes, je prends la liberté de ne me fier à aucune. La conclusion de tout ceci, et je ne m'en porterai que mieux, c'est que je veux vivre garçon*. » Après cette belle protestation, ses amisleren-

Page 1