Love's labours lost, act. m. se
arbres de la forêt. Quand il se voit découvert, il prend son parti en brave, et il déclare que si c*est une sottise d*aimer, c'en est une bien plus grande de jurer qu*on n'aimera pas. Ils n'ont pas eu' tort de violer leur serment, mais de le prêter. Leur faute est d'avoir voulu étouffer les instincts delà jeunesse qui reprend ses droits et se venge de la contrainte qu'on a voulu lui imposer. C'est un incrédule qui la proclame. Preuve nouvelle de la puissance de l'amour !
Biron et Bénédict sont des humoristes agréables ; ils font des épigrammes sans ajnertume,ils se moquent de l'esgèce humaine, mais ils n'ont point d'aversion pour elle. Ils vivent volontiers au milieu du monde, et s'ils en sentent les inconvénients, ils s'accommodent facilement des bonnes choses qu'il renferme. Ils ne deviendront jamais indulgents, mais l'amour les console de la sottise générale.
Un autre personnage humoristique des comédies de Shakspeare, Jacques, dans Comme il vous plaira, se distingue des précédents par une nuance plus marquée d'ironie. Il fuit les hommes, il se vante de sa misanthropie et il ne se réconcilie avec aucun des défauts de l'humanité. Il a le ton caustique et amer du satirique désabusé qui n'attend plus rien de la vie et qui est dégoûté de tout, môme de l'espérance. « Ne nous voyons que le plus rarement que nous pourrons, » dit-il au jeune Orlando, qu'il a rencontré sur sa route et dont le caractère inspirerait de la sympathie à tout autre. Il réserve toute sa sensibilité pour la nature au sein de laquelle il vit et pour les animaux qui sont innocents des fautes de l'homme. Le malheur de ses semblables ne le touche pas, mais la mon d'un cerf lui fait verser des larmes. Ce caractère appartient déjà, comme l'indique du reste la date probable de
Comme il vous plaira^ à la troisième période de la vie de Shakspeare. Il annonce les personnages mélancoliques et tristes de la tragédie, Hamlet et Timon éP Athènes.
C*est dans le langage des humoristes que les Âllenoiands ont découvert le principe d'ironie qu'ils attribuent au poëte et sur lequel ils ont si souvent discuté, n y a, en effet, dans la plupart des pièces de Shakspeare, un personnage ironique qui jette sur le monde un regard moqueur et qui fait profession de ne rien admirer. Dans les comédies, excepté dans Comme il vous plaira^ cette ironie ne va jamais jusqu'à la tristesse. Elle rie trouble pas le bonheur, elle n'altère pas la gaieté du caractère, elle laisse à l'homme toute la liberté de son esprit, et elle ne dépasse pas les bornes de la plaisanterie enjouée ; elle est l'expression d'une moquerie douce et fine et non celle de l'indignation ou de la colère. Plus tard, au contraire, elle s'envenime, elle prend le ton de la satire ; elle a l'accent amer et emporté de la misanthropie.
Faut-il demander aux humoristes, comme le supposent quelques Allemands , le secret de la pensée intime de Shakspeare? Est-ce lui qui parle par leur bouche et les a-t-il chargés d'exprimer, dans son théâtre, ses sentiments personnels? Leur caractère représente-t-il exactement celui du poëte aux différentes époques de sa vie? C'est là une des questions les plus curieuses qu'ait soulevées la critique moderne. Les écrivains qui l'ont posée les premiers y répondent peut-être par une affirmative trop absolue. Il est certain que Shakspeare prend quelquefois la parole sous le nom d'un de ses personnages, n écrit à une époque et dans un pays où l'on ne distingue pas nettement la poésie lyrique de la poésie dramatique. Il ne se croit pas toujours obligé de s'oublier
lui-même, comme le voudrait un art plus avancé, pour entrer complètement dans la situation comique ou tragique qu'il retrace. Sous le coup de l'inspiration, il épanche les sentiments dont son âme est pleine, sans démêler avec soin ce qui convient au sujet de ce qu'il éprouve au moment où il écrit.
, De là vient qu'on peut chercher dans ses pièces l'histoire de ses idées, à condition de reconnaître avec certitude les passages où il se met en scène. La critique allemande prétend ne pas se tromper dans ses conjectures à cet égard. Au .moyen du principe d'ironie, dont elle fait le fond de la philosophie de Shakspeare , elle signale une confidence du poète partout où domine le ton ironique. Je crois qu'elle a découvert une partie de la vérité, et que, si Shakspeare a mis beaucoup de luimême dans ses œuvres , c'est surtout dans le rôle des personnages humoristiques. Biron et Bénédict représentent sans doute la période heureuse de la vie de l'écrivain où la moquerie est toujours enveloppée de gaieté ; Hamlet , la période de mélancolie qu'amène la maturité et l'expérience du malheur ; Prospéro, dans la Tempête, la sérénité calme, quoique toujours moqueuse, qui succède aux souffrances de l'âme et qui annonce la victoire définitive de la raison sur l'imagination. Mais est-ce là tout Shakspeare? Ne faut-il voir en lui qu'un railleur éternel , gai dans sa jeunesse , amer dans son âge mûr, tolérant au déclin de sa carrière? N'a-t-il rien éprouvé des passions puissantes qu'il a si éloquemment décrites, rien de la jalousie , ni de la haine , ni de l'ambition? S'est-il mis en dehors de toutes les situations qu'il a présentées sur la scène, pour ne se réserver qu'une place dans son théâtre , celle de spectateur dé-
Comme il vous plaira^ à la troisième période de la vie de Shakspeare. Il annonce les personnages mélancoliques et tristes de la tragédie, Hamlet et Timon d^ Athènes.
C*est dans le langage des humoristes que les Allemands ont découvert le principe d'ironie qu'ils attribuent au poëte et sur lequel ils ont si souvent discuté, n y a, en effet, dans la plupart des pièces de Shakspeare, un personnage ironique qui jette sur le monde un regard moqueur et qui fait profession de ne rien admirer. Dans les comédies, excepté dans Comme il vous plaira, cette ironie ne va jamais jusqu'à la tristesse. Elle rie trouble pas le bonheur, elle n'altère pas la gaieté du caractère, elle laisse à l'homme toute la liberté de son esprit, et elle ne dépasse pas les bornes de la plaisanterie enjouée ; elle est l'expression d'une moquerie douce et fine et non celle de l'indignation ou de la colère. Plus tard, au contraire, elle s'envenime, elle prend le ton de la satire ; elle a l'accent amer et emporté de la misanthropie.
Faut-il demander aux humoristes, comme le supposent quelques Allemands , le secret de la pensée intime de Shakspeare? Est-ce lui qui parle parleur bouche et les a-t-il chargés d'exprimer, dans son théâtre, ses sentiments personnels? Leur caractère représente-t-il exactement celui du poëte aux différentes époques de sa vie? C'est là une des questions les plus curieuses qu'ait soulevées la critique moderne. Les écrivains qui l'ont posée les premiers y répondent peut-être par une aflBrmative trop absolue. Il est certain que Shakspeare prend quelquefois la parole sous le nom d'un de ses personnages, n écrit à une époque et dans un pays où l'on ne distingue pas nettement la poésie lyrique de la poésie dramatique. Il ne se croit pas toujours obligé de s'oublior
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104 8HAKSPEARE.
sintéressé de la sottise humaine? Si Ton dit qu'il a peint admirablement les humoristes et qu'il a dû Tôtre luimême, pour comprendre si bien toutes les nuances de leur caractère, je répondrai qu'il a peint aussi en maître les méchants , et qu'en vertu du même raisonnement il a dû éprouver tous les sentiments d'Iago , d'Edmond de Gloster, de Régane et de Goneril, pour les exprimer aA^ec tant de force et de vérité. Si le poëte se cache derrière Hamlet, pourquoi ne se cacherait-il pas aussi derrière Othello, qui n'est pas assurément une création moins grande de son génie? Quel est l'état de l'âme qu'il n'a pas rendu en traits frappants?Pourquoi donc supposer qu'il n'y en a qu'un qui soit l'image fidèle de ses sentiments ? C'est l'amoindrir que de le réduire au rôle d'un personnage unique, dans lequel on suppose qu'il s'incarne aux différentes époques de sa vie.
Ce que j'admire, au contraire, chez lui, c'est la variété infinie de ses conceptions, c'est la facilité avec laquelle il passe de la peinture d'une passion à celle d'une autre, et la vraisemblance qu'il sait donner aux caractères les plus opposés. Il ne s'attache pas plus à un seul type qu'à une seule forme de l'art dramatique. Ce n'est pas seulement la raillerie qu'il a l'art d'exprimer, c'est aussi la confiance, la naïveté, la simplicité et la crédulité ingénue. Son théâtre ne se compose que de contrastes. A côté d'un satirique, il place un optimiste, à côté d'un mélancolique un bouffon , auprès d'un homme passionné un indifférent, auprès d'un méchant un honoime de bien ; ici un frère dénaturé, là un frère généreux; ici un amant fidèle, là un amant perfide; ici une situation pathétique , là une scène plaisante. On ne peut même pas dire que le <5hangement que l'âge apporte dans sa
manière diminue cette diversité. Il exprime de bonne heure des pensées sérieuses et même tristes. Les drames historiques les plus touchants sont contemporains de ses plus légères comédies, et sa veine comique et bouffonne se continue à travers ses tragédies. Comment le saisir lui-même au milieu de ces tableaux si divers? Gomment lui attribuer une opinion, parce qu'elle est dans la bouche d'un de ses héros , lorsqu'on la trouve quelques pas plus loin combattue par un autre acleur de son drame ? Il semble, au contraire, qu'il ne se soit mis lui-même en scène que par occasion, dans certaines parties d'un rôle , lorsqu'il rencontre une situation qui réponde à l'état présent de son âme, mais jamais dans un rôle entier, car alors il ne lui serait pas possible de s'identifier, comme il le fait, avec tant de personnages qui n'ont entre eux aucun trait commun. Il ne pourrait pas être à la fois si personnel et si détaché de toute arrière-pensée individuelle. L'élément lyrique l'emporterait sur l'élément dramatique. Il nous dirait ce qu'il pense, mais il ne ferait pas si bien agir et si bien penser des êtres fictifs.
Je reconnais, de temps en temps, avec les Allemands, quelques traits généraux de sa physionomie dans ses pièces ; mais il a peint avec vérité tant de physionomies différentes et opposées, que j'ai peur de confondre ce qu'il a tiré de sa propre imagination avec ce qu'il doit à ses souvenirs. Il est aussi vrai dans ce qu'il invente que dans ce qu'il sait. Comment dire où commence l'expression de ses propres sentiments, quand il exprime si bien ceux des autres? Les humoristes paraissent, je le veux bien , les interprètes habituels de sa pensée , mais il faut ajouter qu'ils ne sont pas les seuls et qu'ils
ne parlent pas toujours en son nom. Souvent, d'ailleurs, ils reçoivent des leçons que le ppëte ne se donne pas évidemment à lui-même, et qui indiquent qu'il n'entend pas se confondre avec eux. L'ironie n'a pas constamment les honneurs de la guerre dans le théâtre de Shakspeare. Elle est quelquefois combattue à son tour, discutée et réduite au silence par des arguments sérieux , ou plaisants. Pour mater l'esprit railleur de Biron , esprit dont tout le mérite , dit un personnage , consiste à faire rire les sots, Rosaline l'envoie, pendant toute une année , visiter les malades et converser avec les mourants. Elle espère que le spectacle de la douleur le guérira de ses habitudes moqueuses. Jacques, l'humoriste mélancolique, n'est pas mieux traité que l'humoriste enjoué. « Ceux qui portent la mélancolie à l'extrême , . lui dit Ros^inde, sont d'abominables gens et s'exposent plus qu'un homme ivre ^ la censure des personnes bien élevées. » Comment croire que le poëte trace son propre portrait dans des caractères dont il se moque?
Le principe d'ironie n'a donc ni l'étendue ni l'importance que lui attribuent certains critiques allemands, particulièrement Tieck et Hom. On n'en trouve aucune trace dans plusieurs des drames les plus remarquables de Shakspeare. Il ne joue, par exemple, aucun rôle dans le Marchand de Venise j la meilleure de ses comédies. C'est là cependant qu'il faut étudier plus qu'ailleurs le génie comique de l'écrivain, car il y a peint admirablement les caractères.
Détachons cette œuvre du faisceau des pièces de la seconde période. Elle n'offre qu'un petit nombre de
points communs avec les autres, et, par les nombreuses beautés qu'elle renferme, elle mérite d*être l'objet d'un examen spécial. L'amour n'y tient pas le premier rang, comme dans Tout est bien qui finit bien , ou dans Beaucoup de peine pour rien; quoiqu'il soit le mobile primitif de l'action, il y est éclipsé par la peinture des mœurs sociales. Ce que le poëte a voulu décrire, ce n'est plus seulement la lutte de la passion contre des obstacles matériels ou moraux, mais l'état intérieur de la société au moyen âge. Il sort des conceptions littéraires auxquelles il s'est borné jusqu'ici pour entrer dans l'ordre des considérations politiques. Il écrit presque un chapitre d'histoire, en composant le Marchand de Venise.
Là nous voyons se dérouler le tableau mouvant d'une grande cité commerçante , nous assistons au spectacle de la prospérité, de la ruine soudaine et de la délivrance plus subite encore d'un de ces riches marchands qui couvrent la mer du Levant de lei^rs vaisseaux. Nous sondons les misères du luxe , les incertitudes de la fortune et les revers qu'elle prépare à ceux qui mettent le hasard de moitié dans leurs projets. En même temps, nous touchons à une des questions lés plus douloureuses du passé, à l'antagonisme des races, à l'oppression du plus faible par le plus fort, et aux souvenirs amers que laisse la persécution dans les cœurs ulcérés d'un peuple déchu. Ce qui fait le principal intérêt de la pièce, c'est à coup sûr le portrait du juif Shylock.
Celui-ci est un type puissant qui représente tout un groupe d'indjvidus. Il a les défauts habituels de sa na-r tion, la cupidité, l'amour du gain obtenu par des moyens illicites, l'âpreté et la dureté de l'uéurier, mais il y joint un sentiment que les natures énergiques éprouvent seules,
c'est une rancune profonde contre les chrétiens qui Font souvent humilié et le désir de se venger d'eux. La soif de Tor n'a pas étouffe chez lui la conscience de la dignité humaine, et il ne se console pas d'être méprisé et maltraité , parce qu'il s'enrichit. D'autres courbent la tête sous l'injure , acceptent la condition qui leur est faite sans se plaindre, et se tiennent pour satisfaits quand ils ont réalisé des bénéfices aux dépens de leurs persécuteurs. Shylock a le cœur plus SSt; il s'indigne de tout ce que souffre son peuple, il songe avec amertume à l'antiquité et à la sainteté de la race dont il est descendu en voyant les traitements qu'elle subit. Il aime à gagner de l'argent, il ne serait pas juif s'il n'y attachait pas de prix , mais il aime encore mieux se venger. La vue seule d'un chrétien lui inspire une aversion qu'il ne dissimule pas. Méprisé et haï, il rend mépris pour mépris et haine pour haine.
Aussi re'Ssenf-il une joie perfide lorsque la nécessité oblige un de ses ennemis à venir lui demander service. Un chrétien a besoin de lui, un chrétien le sollicite et il peut alors exhaler le ressentiment dont son âme est gonflée. Avant de prêter la somme qu'on lui demande, il rappelle ironiquement les injures qui lui ont été prodiguées. Quand on pouvait se passer de sou secours, on l'a appelé chien, on a craché sur son manteau et sur sa barbe- de juif et on l'a chassé à coups de pied du Rialto. Maintenant on vient à lui et on lui dit : « Shylock, voulez-| vous nous prêter de l'argent? » « Que dois-je répondre? ajoute-t-il, avec une irritation croissante. Dois-je vous dire : Est-ce qu'un chien a de l'argent ? est-il possible qu'un chien puisse prêter 3,000 ducats? ou bien dois-je m' incliner profondément et, d'un ton servile, d'une voix
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basse et humble, dois-je vous dire : mon beau seigneur, mercredi vous m'avez craché au visage ; tel autre jour vous m'avez chassé à coups de pied|'; tel autre, vous m'avez appelé chien : en retour de tant de courtoisie, je vais vous prêter mon argent ^ »
Entre lui et le riche Antonio qui l'a souvent insulté en public, il ne peut être question d'un marché ordinaire. 11 ne s'agit pas pour lui de gagner quelques pièces d'or, mais de satisfaire un ressentiment qui couve depuis longtemps. C'est ce qui explique la générosité apparente avec laquelle il avance la somme qu'on lui demande et la condition bizarre qu'il insère dans le contrat, en échange des intérêts. Une veut tirer aucun profit de son prêt. Seulement, si le billet Souàcrit n'est pas remboursé le jour de l'échéance, il aura droit à une livre de chair prise sur le corps de l'emprunteur. Il renonce ainsi à tout bénéfice, et il aventure même trois mille ducats ; mais il sera suffisamment payé , s'il peut faire souffrir à son tour un chrétien. Au fond, il espère qu'Antonio ne pourra pas tenir son engagement; il sait que ses bâtiments sont dispersés sur les mers, que les uns peuvent être retardés, les autres brisés par la tempête, dans le court espace de deux mois fixé pour l'échéance du billet, et que, si aucun d'eux n'arrive, le marchand est peràu. Pour la première fois, il désire ardemment ne pas recouvrer son argent. Aussi accueille-t-il avec une joie féroce] la nouvelle qui se répand à Venise du naufrage du vaisseau de son débiteur. « Dieu soit loué ! Dieu soit loué ! s'écrie-t-il, quand il apprend qu'Antonio fera nécessairement banqueroute. Va, dit-il à un de ses coreligionnaires, procure-moi un