lùid,, act. V, se
tieux, difiScilemeiit contenus parTautorité royale et toujours en lutte avec elle, Shakspeare n*a pas oublié de placer une autre aristocratie qui a aussi sa part des affaires publiques et qui les dirige au nom d'un principe supérieur à la politique mondaine : ce sont les dignitaires et les prélats de l'Eglise. Ceux-ci mènent le monde plus par l'adresse que par la force, ils gouvernent par l'influence des idées et souvent ils occupent le premier rang dans le conseil des princes. Il y a parmi eux des prêtres vertueux qui ne font servir leur autorité qu'à la défense de la justice et du droit. Il y en a d'autres, au contraire, qui se couvrent de leur caractère religieux pour arriver au pouvoir, et qui, une fois qu'ils en sont maîtres, s'v maintiennent, sans aucun souci de la morale chrétienne, par des moyens purement humains. Shakspeare, dont l'esprit étendu saisit toutes les variétés de chaque condition sociale, distingue dans le clergé les saints et les politiques. Il voit ici des hommes qui |iiment Dieu, qui pratiquent sa loi et qui la défendent, même au péril de leur vie ; là, des habiles qui capitulent avec leur conscience, et qui cherchent dans l'interprétation dés textes sacrés des excuses pour colorer leurs artifices, ou simplement des ambitieux qui ne se mettent même pas en peine de justifier leur conduite, au point de vue religieux, et qui adoptent sans scrupules les maximes de la raison d'Etat.
Toutes ces nuances de l'esprit ecclésiastique, Shakspeare les a trouvées dans l'histoire et les reproduit avec fidélité. Au milieu des fureurs delà guerre civile, quand les passions violentes sont excitées et que les vainqueurs foulent aux pieds les droits des vaincus, c'est un prêtre qu'il charge de défendre les idées de justice et les vieilles
f70 SHAESPEAIŒ.
traditions. Bolingbroke s*est révolté contre son souverain légitime, Richard II, et le force à abdiquer. Tous les grands applaudissent à son usurpation et prononcent la déchéance du roi. Seul, Févêque de Carlisle parle en sa faveur. « Quel sujet, s*écrie-441, peut prononcer un verdict contre son roi ? Et, parmi ceux qui siègent ici, quel est celui qui n'est pas le sujet de Richard ? >• Protestation inutile, mais généreuse et vraiment digne d'un prélat •.
Dans le Roi Jean j figure à un titre tout différent, comme politique, plutôt que comme homme d'Eglise, un légat du pape, envoyé de Rome pour rompre le traité qu*ont conclu les rois de France et de l'Angleterre. Celui-ci est souple et insinuant, délié comme un Italien et fécond en expédients, comme doit l'être l'ambassadeur d*un gouvernement dont l'habileté est célèbre. Il a des arguments pour toutes les causes, il met à l'aise la conscience de ceux qui l'écoutent, et il trouve d'ingénieuses raisons pour présenter sous des couleurs favorables des actes que des esprits plus timorés appelleraient crimînels. Ecoutons -le conseiller à Philippe -Auguste de violer la promesse que celui-ci vient de faire, par serment, au roi Jean que l'Eglise excommunie. « Vous avez, dit-il, juré à l'Église de la défendre. Ce fut votre premier serment; qu'il soit le premier exécuté! Ce que vous avez juré depuis, vous l'avez juré contre vousmême et vous pouvez vous dispenser de l'accomplir. Car, si vous avez juré de faire mal, il n'y a point de mal à s'en abstenir. Quand on s'est écarté des règles, il faut y rentrer par un second écart ; et la seconde erreur, qui