Second part of king Henry IV j act. iv, se
broke, c'est cette alliance d'un esprit méditatif, qui n'est pas dupe de l'apparence des choses et qui tend sans cesse à des conclusions philosophiques, et d'une infatigable activité qui, connaissant tous les obstacles et l'inutilité des efforts, n'en poursuit pas moins sa route, sans faillir: Le même homme est rarement un penseur et un homme d'action. Bolingbroke ne cesse pas d'agir en roi, quand il pense en philosophe ; il soutient son rôle jusqu'au bout, et il pourrait dire à son fils, comme Auguste : « N'ai-je pas bien joué la comédie? »
L'énigme de sa vie ne se devine que dans les entretiens où il fait une sorte de confession générale, pour l'instruction de son successeur. Il avoue qu'il a sans cesse veillé sur ses actions, qu'il n'a jamais cédé à un entraînement irréfléchi, et que, de propos délibéré, il a tenu la conduite qu'il croyait la plus propre à lui concilier la faveur populaire. Il a vécu en politique savant et prévoyant. Il ne prodiguait pas sa présence, il ne se mêlait pas, comme le prince Henri, aux compagnies vulgaires. « Je ne me montrais que rarement, dit-il à son fils; aussi à peine faisais-je un pas que ma présence, comme celle d'une comète, excitait l'attention géiiérale. Les pères disaient à leurs enfants : Le voilà! -^ Où est-il? répondaient ceux-ci. Lequel est Bolingbroke? Et alors je faisais voir une politesse si exquise, une humilité si profonde que je me conciliais l'attachement de tous et que le peuple me saluait de ses acclamations, même en présence du roi couronné. C'est ainsi que je conservais à ma personne l'attrait de la nouveauté. Ma présence, comme une robe pontificale, ne s'offrait jamais aux regards sans exciter l'admiration. Ma grandeur, n'apparaissant qu'à de rares intervalles, avait tout l'éclat d'un
jour de fête, et sa rareté même faisait sa solennité ' . » Voilà le secret de la fortune de Bolingbroke.
n s'explique mieux encore, à son lit de mort, où il lègue à son fils une couronne chèrement achetée, en y ajoutant des conseils politiques.
« Le ciel sait, mon fils, lui dit-il, par quels sentiers, par quelles voies détournées et tortueuses je suis arrivé à la couronne; et je sais moi-même combien elle a pesé lourdement sur ma tête. Sur la tienne, elle descendra plus paisible, plus honorée, plus affermie, car toute la souillure de l'usurpation entre avec moi dans la tombe. Elle ne semblait en moi qu'un honneur, arraché d'une main violente; et j'avais là beaucoup de témoins vivants pour attester que je l'avais gagnée par leur secours; ce qui amenait des querelles journalières, du sang versé et des atteintes à la paix apparente. Ces audaces inquiétantes, tu vois avec quels périls je les ai conjurées, car tout mon, règne n'a été que la représentation de ce drame ; et maintenant ma mort change l'état des choses. Car ce que moi j'avais acquis te revient d'une manière plus légitime. Tu portes la couronne par droit de succession. Cependant, bien que tu sois plus en sûreté que je ne pouvais l'être, tu ne l'es pas encore assez, parce que les blessures sont récentes, et que tes amis, ceux dont tu dois faire tes amis, n'ont perdu que depuis peu leurs dards et leurs dents. Ce sont ceux dont les œuvres cruelles ont commencé mon élévation, et par lesquels je pouvais bien avoir à craindre d'être renversé. Pour éviter cela, j'ai détruit les uns et j'avais maintenant le projet d'en conduire beaucoup d'autres 'en terre sainte,
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de peur que le repos et la tranquillité ne leur fissent regarder de trop près ma situation. C^est pourquoi, mon Henri, prends la résolution d'occuper par des guerres étrangères les esprits inconstants, afin que cette activité, se portant loin d'ici, puisse détruire le souvenir du passé '. »
Ce discours du roi mourant renferme le programme du règne qui finit et celui du règne qui commence. Henri IV est arrivé au trône et s'y est maintenu par l'habileté de sa politique. Il ne reste plus à son fils qu'à légitimer l'usurpation par la gloire des armes.
Si Shakspeare a étudié profondément le caractère de Bolingbroke , il a tracé avec une préférence marquée le portrait de Henri V, dont il a fait la figure la plus importante et la plus complète de ses drames historiques, peut-être même de tout son théâtre. C'est dans ce rôle que les critiques allemands retrouvent le mieux la physionomie vraie de Shakspeare, son goût pour le plaisir, ses habitudes simples, son mépris de l'opinion, et ses nobles instincts. S'il y a, disent-ils, un des personnages dramatiques du poëte qui lui ressemble, c'est assurément celui-ci. Il comprend également les deux fa^s de la vie humaine, la gaieté insouciante de la jeunesse et l'activité de l'âge mûr. Le prince est naturellement enjoué comme Shakspeare ; comme lui aussi , il ne