Roméo et Juliette, act. iv fe« f
lionnatioas, il ne Mo^e ni ^ liire adieu à ae» pamUs ni à ¥oîr firere Laareat, pour obtenir de lui quelque» détsis âor la mort de ^oa amanfie. n ne 5 «ètoone pas que cette jeime femme, qu'il a lai^aée pleine »ie vie, ait«^ si brasqoement frappée. Il accepte, sans commentaires, le eût, tel qu'on le lui apprend, et il «ai tire avec La lofnqœ de la pasâion une conclusion &tale. Sîn raisonnement est rapide comme la pensée. < Die est morte, donc je d*>LS mourir, > Il ne ae pré»3ite pas à son esprit d'autre ûiée que celle4à. D se tuerait immédiatement, si Juliette avait été enterrée à Mantiine, où il se trouve, il ne dill^re soq suicide que du temps néce:^^aire pour aller de !rantoœ à Vérone, an tombeau de son amante. Les joies violentes sont suivies de ces désespoirs protbnds qui ne veuUmt pas de consolations et qui se portœt tout de suite aux résolutions e^Ltrémes.
Juliette, dont le caractère est aussi passionné que celui de Roméo, n'a^t pas autrement que lui. Dès qu'elle le voit étendu sans vie, à côté d'elle, elle n'a qu'un désir, celui de le suivre, et elle se poignarde. Shakspeare a peint, en poète qui connaît les orages de la jeunesse et deTamour, ces sentiments e^ialtés, ces ardeurs brûlantes, ces actions précipitées, ces jouissances et ces douleurs infinies qui composent le tissu de son drame. Mais il n'a pas été seulement le peintre de la passion ; il en a été le juge, et c'est là peutr-étre le trait le plus remarquable de son génie. Il n'y a rien, en efiet, de plus difficile que de s'identifier, d'un côté, avec des personnages passionnés, tandis que de l'autre on réserve toute sa liberté d'observation et qu'on analyse de sang-^oid, en spectateur impartial, les événements qu'on vient de raconter avec émotion. Il semble partager toutes les illusions et tout
Fentliousiasme des amants, et néanmoins, au moment où il exprime en traits de feu les agitations de leurs âmes, il jette sur leur conduite le regard calme du philosophe. La philosophie du frère Laurent n'est pas autre chose que le jugement que porte le poëte sur le fond de la tragédie. Quand il parle, on croit entendre les réflexions que Fauteur se fait lui-même, à haute voix, en composant son œuvre. Sous le costume du moine, Shakspeare nous livre les résultats de l'expérience personnelle qu'il a déjà acquise et les opinions que lui a suggérées le spectacle du monde. Il a déjà étudié avec sagacité la nature humaine; il en connaît les faiblesses, les penchants contradictoires, les désirs impatients, les témérités accompagnées de longs espoirs, et suivies de profonds découragements, les infortunes ou imméritées ou provoquées par des fautes ; il sait que Thomme se trompe souvent ; il le sait, et néanmoins cette science de la vie ne lui a rien enlevé ni de son indulgence ni de sa sympathie pour ses semblables. Il sourit de leurs folies, il s'irrite de leurs défaillances et il leur rappelle quelquefois sévèrement leurs devoirs; mais, en même temps, il est plein de compassion pour eux, il leur tend une main secourable, et tout en leur adressant de sages conseils il travaille à adoucir leur sort. Il n'est plus ni aussi jeune ni aussi passionné qu'eux; mais il aime la jeunesse, il excuse la passion, et son cœur toujours généreux prend facilement le parti de ceux que sa raison condamne.
Shakspeare reconnaît ici, comme il l'a fait dans ses comédies, la puissance victorieuse de l'amour; il en raille avec finesse l'aveuglement, il en blâme'^es excès ; mais il n'essaye point de le 'combattre, il le croit plus fort que tous les raisonnements, et voyant qu'il n'y ^ au-
cun moyen de le détruire, il ne cherche qu*à en atténuer les fâcheux effets, en le mettant sous la protection de la loi et de la règle. Le moine se défie des illusions de Roméo ; il accueille avec étonnement et avec inquiétude la confidence de sa passion ; il Ta laissé amoureux de Rosaline et il le retrouve épris de Juliette. « Quel changement est-ce là, lui dit-il? Quoi! cette Rosaline tant aimée, l'as-tu donc sitôt oubliée? 0 jeunes gens, ce n'est pas dans le cœur, mais dans les yeux qu'est votre amour ! » Le frère Laurent a dit le mot vrai de la situation. Il éprouve la surprise que doit ressentir tout homme raisonnable, en voyant la brusque métamorphose du jeune Montaigu. Il juge, au nom du poète, la' conduite de son ami, comme le fera le public. Sa voix ressemble à celle du chœur qui rappelle, au milieu des péripéties de la tragédie grecque, les principes de la sagesse éternelle. Elle domine le tumulte des passions et elle se fait entendre, dans tous les moments décisifs, avec une imposante autorité. Elle résume chaque événement en peu de mots et elle en fait sortir la leçon qu'il comporte. « Aime modérément, mon fils, dit le moine à Roméo, quand il vient de l'unir à Juliette et qu'il est témoin de ses transports de joie ; c'est le moyen d'aimer longtemps. Les bonheurs violents ont une fin violente et meurent au sein de leur triomphe, pareils au feu et à la poudre qui consument ce qu'ils touchent ^ »
Frère Laurent continue à moraliser et il en trouve de fréquentes occasions. C'est chez lui que Roméo va se réfugier, quand on l'a banni de Vérone. Le moine a besoin de toute son énergie et de tout son bon sens pour