Roméo et Juliette, act« u, se
tive. Il chante toutes les nuits, là-bas, sur ce grenadier. Croismoi, mon bien-aimé, c'était le rossignol.
ROMÉO
C'était Talouette, la messagère de Taurore , et non le rossignol. Vois, ma bien-aimée, ces raies jalouses qui frangent làbas, à Torient, le bord de chaque nuage. Les flambeaux de la nuit sont éteints; le jour joyeux pose le pied sur les cimes vaporeuses des montagnes. Il faut partir et vivre, ou rester et mourir.
JUUETTE.
Cette lumière lointaine n'est pas celle du jour, j'en suis sûre, moi. C'est quelque météore que le soleil exhale pour être cette nuit ton porte-flambeau et t'éclairer dans ta route vers Mantoue. Reste donc encore; tu n'as pas besoin de partir.
ROMÉO
Eh bien ! qu'on me prenne 1 qu'on me mette à mort 1 Je m'en réjouis, puisque tu le veux. Disons que cette lueur grisâtre n'est pas i'œil du matin, mais seulement le pâle reflet du front de Cynthie. Non, ce n'est pas l'alouette, dont le chant frappe la voûte du ciel si haut au-dessus de nos têtes. J'ai bien plus le désir de rester que la volonté de partir. Viens, mort, et sois la bienvenue 1 Juliette le veut ainsi. Qu'en dis-tu , mon âme ? Causons; il n'est pas encore jour *•
n ne faut pas moins que cette menace de mort pour rappeler à Juliette le souvenir de la réalité. Elle était plongée dans les rêves de Tamour; le poëte Tarrache avec eiforts à ce monde enchanté, pour la mettre en face du tableau vrai de la vie. Quand la passion est maîtresse d'une âme, elle en inspire tous les mouvements et en dicte toutes les résolutions. C'est ce que Shakspeare a compris, en conduisant les deux amants, à travers les péripéties de leurs destinées, jusqu'au dénoûment tragique qui les attend. Ni Fun ni Tau^re ne se dirigent eux-