‹ ShakespeareChapitre 88 sur 137 · Roméo et Juliette, act. m, se · texte numérisé non relu

Roméo et Juliette, act. m, se

mêmes; ils obéissent à un sentiment plus fort qu'eux qui absorbe toutes leurs pensées. Ils ne calculent ni ne réfléchissent. Ils le feraient, s'ils étaient maîtres de leur volonté. Mais il n'y a plus chez eux ni prudence ni sangfroid. Pourvu qu'ils se revoient, tout est bien. Les parents de Juliette veulent la forcer à épouser le comte Paris ; elle va trouver le frère Laurent et lui demande un moyen, quel qu'il soit, d'échapper à cette contrainte. Il n'y en a qu'un, lui répond le père; il est terrible.' Il faut boire un breuvage narcotique, passer pour mort et se laisser ensevelir vivant dans le tombeau des Capulets, à côté de Tybalt récemment tué. Une nature plus calme reculerait d'épouvante devant cette pensée.« N'aurez-vous pas peur, dit le moine à Juliette, en lui présentant la fiole fatale? — « Donnez, donnez, reprend la jeune fille ; ne me parlez pas de craintei Amour, donne-moi la force, ajoute-t-elle aus-. sitôt tout bas, et cette force sera mon salut '. » Avant de boire, elle sait à quel danger elle s'expose, son imagination lui représente l'horreur d'un caveau , le réveil lugubre d'un être Jvivant à côté des morts , et toutes les angoisses de l'attente en un pareil lieu. Néanmoins elle n'hésité pas et elle vide la fiole.

C'est toujours le premier mouvement qui décide du sort dés natures passionnées. Shakspeare le sait bien et il le montre, quand il peint la mort de Roméo et de Juliette. Dès que Roméo a entendu dire que Juliette est morte, lui aussi, il veut mourir. « Oui, Juliette, s'écrie-t-il, je dormirai cette nuit auprès de toi. 0 pensée de destruction que tu es prompte àt'oflfrir aux regards du malheureux sans espoir! » Il n'a pas besoin de plus amples in-

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