‹ ShakespeareChapitre 90 sur 137 · Roméo et Julieite, aet. m, se · texte numérisé non relu

Roméo et Julieite, aet. m, se

rendre un peu de calme à son ami. Roméo se désespère, et, pour repousser les consolations qu'on lui oflfre, il emploie l'argument ordinaire de la jeunesse qui invoque, eh général , le bénéfice de sentiments exceptionnels et qui refuse à l'âge mûr le droit de la juger. Lé poëte met dans sa bouche le plaidoyer éloquent de l'amour : « Tu ne peux pas parler de ce que tu ne sens pas, dit-il à frère Laurent ; si tu étais jeune , comme je le suis , si Juliette était ton amante, si tu n'étais marié que depuis une heure, si tu avais tué Tybalt, si tu étais amoureux, comme moi, et, comme moi , banni , alors tu pourrais parler, alors tu pourrais t' arracher les cheveux et tomber ^ sur la terre, comme je le fais maintenant *. » Voilà la passion et la raison aux prises. Shakspeare n'afTaiblit aucun des raisonnements derrière lesquels s'abrite la première, mais il laisse la parole à la seconde, et lui donne, par ce seul fait, l'avantage. Roméo tire son épée pour se tuer. Le moine l'arrête avec indignation, en lui ' disant : « Retiens ta main désespérée. Es- tu un homme? Ton extérieur le proclame : mais tes larmes sont d'une femme, tes actes sauvages dénotent la fureur insensée de la brute. Par mon ordre sacré, je croyais ton caractère plus modéré. Parce que tu as tué Tybalt , veux-tu te tuer toi-même et tuer la femme qui vit de ta vie, en agissant contre toi , comme si tu te haïssais mortellement. Pourquoi tournes-tu en dérision ta naissance, le ciel et la terre ? Car ta naissance, le ciel et la terre , ce sont là les frois éléments qui t'ont formé ; et tu voudrais les détruire tous trois en même temps. Fi ! fi ! tu déshonores ta personne, ton amour, ton intelligence... Re-

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