Roméo et Juliette f act. m, se
268 SHARSPEARE.
lève-toi, jeune homme 1 Elle vit, ta Juliette, pour Famour de laquelle tu mourais tout à Theure ; en cela tu es heureux. Tybalt voulait te tuer et tu as tué Tybalt ; en cela tu es encore heureux. La loi, qui te menaçait de la mort, devient ton amie et se change en exil ; en cela tu es encore heureux. Un déluge de bonheurs pleuvent sur toi ; la fortune te sourit dans son plus bel appareil ; mais toi, comme une jeune fille mal élevée et maussade, tu rejettes ta fortune et ton amour. Prends garde , prends garde ; car ceux qui sont ainsi meurent misérables ' . » . La passion est vaincue et c'est la raison qui remporte. Celle-ci n'a pas seulement à lutter contre la jeunesse ; elle lutte contre les sentiments extrêmes, quel que soit l'âge de ceux qui les éprouvent , et elle ne fait pas plus grâce à la douleur désordonnée des parents de Juliette qu'aux désespoirs amoureux de Roméo. Quand le vieux 'Capulet croit que sa fille est mprte, lui qui l'a traitée ■ rudement et qui est cause de cette mort apparente , il pou3se des cris perçants et joint ses lamentations à celles de sa femme et de la nourrice. « Silence ! dit le moine, n'avez-vous pas de hont«? Le ciel et vous, aviez une part dans cette belle jeune fille ; maintenant le ciel la possède tout entière et c'est ce qu'il y a de mieux pour elle. La part d'elle-même qui vous appartenait , vous ne pouviez pas la préserver de la mort ; mais le ciel garde la sienne dans une vie étemelle. Ce que vous recherchiez surtout pour elle , c'était un accroissement de fortune ; car votre ciel à vous , c'était son élévation. Et vous pleurez maintenant, maintenant que vous la voyez élevée au-dessus des nuages , aussi haut que le ciel lui-même ! Oh ! dans votre afiection, comme vous aimiez mal votre