‹ ShakespeareChapitre 92 sur 137 · Roméo et Juliette^ act. m, se · texte numérisé non relu

Roméo et Juliette^ act. m, se

enfant, si vous perdez la raison parce qu'elle est heureuse ! La mieux mariée n'est pas celle qui vit le plus longtemps, mais c'est celle qui meurt jeune '. »

Les romantiques allemands n'approuvent pas , en général, les raisonnements de frère Laurent ; ils lui opposent l'argumentation de Roméo et ils prennent contre lui le parti de la passion. A leurs yeux la passion est sainte ; elle excuse et justifie tout. Aussi considèrent-ils les deux amants comme les victimes d'une fatalité aveugle. C'est un point de vue très-différent de celui de Shakspeare qui a soin de montrer que Roméo et Juliette sont eux-mêmes les ouvriers de leur propre destinée et que leurs infortunes ne sont que la conséquence de leur amour. Ils ont cédé à l'entraînement de la jeunesse ; ils se sont aimés, malgré tous les obstacles qui les séparaient, malgré l'inimitié de leurs familles et la volonté de leurs parents ; ils portent la peine de leur folie. Telle est la loi morale qui résulte clairement du drame. On n'a. pas compris la pensée fondamentale de la pièce, quand on l'a remaniée en Angleterre et que, pour plaire au public, on a laissé vivre Roméo et Juliette. C'est à la fois détruire le pathétique et dénaturer la conception générale du poète. ^

Cette tragédie eut certainen?ent un grand succès, quand elle fut représentée, telle que Shakspeare l'avait composée et écrite, en 1596. On sait que Burbadge jouait le rôle de Roméo. Au dix-huitième siècle, Garrick la remit sur» la scène, en y introduisant quelques changements qui indiquent le peu de respect que témoignent ' les acteurs anglais pour l'œuvre du maître. Comme il était chargé du rôle de Roméo, après avoir rempli d'a-

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