‹ Shakespeare et l'antiquitéChapitre 79 sur 127 · Dowden, Shakspere, his mind and art · texte numérisé non relu

Dowden, Shakspere, his mind and art

2. Traduction de M. Jules , Lacroix. Nos citations en vers continueront d'être empruntées à cette traduction, complétée çà et là par (Telle de M. Alcide Cayrou.

il6 SHAKESPEARE Êf L'ANTIQUITÉ.

pour lui, et déjà k rortiiûe, s^ll ne s^en mélô point, semble devoir frustrer son espérance. Le foi le rêcotnpetîise magnifiquement de Ses services, ainsi que fianqno et totis leâ vaillanu défenseurs du trône; puis il annonce sa résolution pour l'avenir, concernant la couronne :

Mes enfants, mes cousins, et vous barons, et vous, Après eux les premiers 6e FÉtat, sUthet iùùB Qu'à Taîné de mes AU, â Màicùitit, âatl^ partage Je transmettrai bientôt ce royal héritage. Car 1« sceptre déjà pèse à mon bras tremblant. Malcolm est proclamé prinde de Cumbertaiid; Et des marques d*hontie«r, auféolei iiliigllCfa, BriUeroBt sur tous ceux qui m'en eut paru dignes;

C'est alors que Macbeth conçoit nettement et arrête avec fer* meté, mais non pas sans horreur, le dessein du meurtre :

Prince de Cuinberland I Malcohn pane mes pas î Il barre mon chemin. — Astres, ne brillez pas ( WétÏAiret point sartetii moh prcjei soiilbf'e ei iètfhe ! Quand la maiil frappera, qu'aussitôt Fosil se ferme, Qu'il me laisse accomplir le ténébreux forfait, Et Ée rorurre pour voir lorsque totft sert fait.

L'enfer a vaincu, parce que le cœur dé Macbeth était mauvais. Satan, sous la forme des sorcières, puis de sa femme, « là pîrô des sorcières, i> comme dit Gœlhe, n'aurait jamais eu le pouvoir de précipiter dans le crime matériel tin homme qui n'eût pas été déjà criminel moralement^ je veux dire en pensée. Le vertueux compagnon de Macbeth, BanqilO, voit comme lui les sorcières; il reste calme et si parfaitement maître de lui, que les esprits du mal, sachant bien qu'ils perdraient lettr peine à le tenter, ne lui adressent point la parole ; c'est lui qui les interroge et les somme de répondre :

0 vous, qui saluez mon noble compagnon l)c la prédiction d'un avenir-sublime Et du royal espoir où son esprit s'abînio, Vous no me parlez pas? Si vos yeux peuvent voir Dans les germes du temps qui fermente, et savoir Lesquels avorteront, lesquels doivent ôclore, Parlez-moi donc, â moi, qui ne crairts et h'îtnplore Ni haine, ni faveurs.

Les sorcières prédisent à Banque que 8ôi& eûfanig seront rois. Cette prédiction rt*est pas sans lui causer, à lui aussi, un certain trouble; il èêûl que c^est l'enfer qui a parlé; il avertit Macbeth de se tenir en garde contre les suggestions du raâlin î

Vos réres pourraient bien d'dfivoler jusqu'au irdne, Si vous dodnidss Tessor à votre ambition. Souvent, pour nous conduire à la perdition, L*esprit an mal nous dit là vérité. . . Sa baine Par d'bortnétetf Semblants nous amorce et nous traîne Au fond du précipice !

Banquo se reproche même d'avoir questionné le démon. Car si le diable ne petit rîèn sur sîa raison ni sur son cœur, il a du moins réussi à jeter dans sort imagination une vague inquiétude qui agite son repos. Tant qu'il veille il est fort, m^is la nuit lui fait peur, car l'homme endormi ne s'appartient plus; et c'est pour» quoi il prie ainsi en se couchant :

Préservez mon sommeil, anges, gardiens célestes, Des rêves tentateurs et des pensers funestes ! . . .

La pureté du cœur et la prière, voilà l'armure qui rend Banquo vainqueur de Satan.

Dans la poésie de Shakespeare, les méchants et les bons ne voient point la nature sous les mômes aspects. Tandis que l'âme troublée de Macbeth n'est sensible qu'à la sombre magnificence d'un ciel d'orage, aux beautés pleines d'horreur de la foudre et de la tempête, tandis que le vent n'apporte à l'oreille de sa cruelle compagne que le cri des oiseaux de proie, Banquo sourit à la douceur de l'air, aux hirondelles messagères du printemps :

En séjournant ici, le martinet frileux Qui rase les donjons de son vol anguleux, I)'un ciel plus tempéré nous annonce? les brises. Voyez comme aux frontons, aux corniches, aux frises, Il a de ses petits suspendu le berceau! L'air est plus délicat où se plaît cet oiseau.

Mais la poésie va beaucoup plus loin. Ce n'est pas l'homme seulement qu'on voit choisir dâHS la nature l'aspect particulier qui

convient à son humeur, la nature elle-même entre réellement en harmonie avec le cœur de l'homme et avec les actions commises par ses mains. Dans la nuit où Duncan est assassiné, la terre tremble, on entend des lamentations dans l'air et d'étranges cris de mort; le lendemain, on constate un prodige: les chevaux du roi, si polis, si bien dressés, sont redevenus sauvages. Le soleil, ce jour-là, tarde à se montrer, comme s'il hésitait à éclairer le théâtre d'un si grand crime: prosopopée classique, aussi vieille que la poésie; mais chez les poètes d'inspiration* franche, primitive (et nous pouvons ranger Shakespeare dans cette catégorie), il y a là quelque chose de plus qu'une simple figure de rhétorique, il y a le sentiment religieux de la solidarité de toutes les parties du monde et de l'intérêt que prend le ciel à ce qui se passe sur la terre. Ce ne sont point les grands poètes qui s'aviseraient de faire sur l'attentat de Ravaillac, commis à cinq heures du soir, les réflexions judicieuses que ce crime inspire à l'éloquent el prosaïque Malherbe :

0 soleil, ô grand luminaire, Si jadis Thorreur d'un festin Fit que de ta route ordinaire Tu reculas vers le matin, Et d'un émerveillable change Te couchas aux rives du Gange, D'où vient que ta sévérité Moindre qu'en la faute d'Atrée Ne punit point cette contrée D'une éternelle obscurité?

Non non, tu luis sur le coupable Comme tu fais sur l'innocent; Ta nature n'est point capable Du trouble qu'une âme ressent.

Tu dois ta flamme à tout le monde; Et Ion allure vagabonde, Comme une servile action Qui dépend d'une autre puissance, N'ayant aucune connaissance, N'a point aussi d'affection.

Mais, ô planète belle et claire, Je ne parle pas sagement; Le juste excès de la colère M'a fait perdre le jugement; Ce traître, quelque frénésie, Qui travaillât sa fantaisie.

Eut encore assez de raison

Pour ne vouloir rien entreprendre, Bel astre, quMl n'eût vu descendre Ta lumière sons l'horizon.

Dansleschamps de Bosworth, Richard m remarque, que, d'après l'horloge, le soleil devrait éblouir l'orient depuis une heure et qu'il semble vouloir refuser sa lumière à la terre en ce jour, c Milord, raconte Hubert au roi Jean terrifié, on dit que cinq lunes ont été vues cette nuit, quatre fixes et la cinquième tourbillonnant autour des quatre autres dans un merveilleux mouvement. Les vieillards et les matrones vont dans les rues faisant là-dessus d'inquiétantes prophéties. » L'ingratitude des filles du vieux Lear n'outrage point la nature sans la protestation du tonnerre et de tous les éléments déchaînés. Le plus magnifique exemple de cet ordre qu'offre le théâtre de Shakespeare est le récit des prodiges qui accompagnèrent à Rome la mort de Jules César. Ici le poète s'appuyait sur Plutarque, Virgile et tous les historiens de ce grand événement. La nature équitable n'éprouve pas plus d'horreur pour le meurtre de César que pour l'assassinat de Duncan ; mais l'histoire, comme cela est juste, s'émeut davantage de l'écroulement des grandes existences. Lorsqu'une victime plus auguste que César mourut sur le Calvaire, « il y eut des ténèbres sur tout le pays depuis six heures jusqu'à neuf heures; et voici, le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu'en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent, les sépulcres s'ouvrirent, et plusieurs corps des saints qui étaient morts, ressuscitèrent... Or le centenier, et ceux qui avec lui gardaient Jésus, ayant vu le tremblement de terre et tout ce qui venait d'arriver, eurent une fort grande peur et dirent : a Certainement cet homme était le fils de Dieu. »

Macbeth n'est, de sa nature, ni un scélérat volant avec un empressement joyeux au devant des suggestions du tentateur, ni un saint qu'une pression atroce de l'enfer contraindrait à faire le mal malgré sa répugnance: c'est un homme, c'est-à-dire un composé de bon et de mauvais; où le mauvais l'emporte et gagne progressivement du terrain; c'est par là que son caractère est vrai et que son histoire est intéressante.

Lorsque, après avoir conçu le dessein formel de faire périr le

roi d'Ecosse, il reçoit Duncan souâ «on toit et que Toccasion l'invite au crime, il hésite : la facilité même de l'action le déconcerte et ses sentiments d'honneur s'effarouchent:

Il dit ici dèUk /dis i(ra8 notre sautdffaf^itf.^.

Lui, mon parent, mon roi, le tuer?. . , Dieu m'en garde !

Je stiis de plus son hôte, et devrais, pôUf Ce nôM,

C6ât^ë lôn adsslSiin fentief ma porte, et U(m

Le poignarder moi-même ! . . . il est si doux^ si juste !

Je veux eii rester où dous àommèâ.

Il ilili ddttiblé d'hdntleuH, M pàrdll \aA% le» hOffllOef, Quand d*nn éclat si pur je commence à briller, 6e ce vêtement d*or faùt-il mé dépouiller?

L'hôtlttetài' Mt ttn greind i^entimônt ^i foit partie de lii morale de tôtli^ 16^ peuplés ôt de tous lêd âges; mais e'esl tMebieli singulière chose que ôe qu'on appelle le poiiM d'honneur, invention toute linoderAe, dontleâ anciens n'âVàient aucune idèd^ ootn-' posé dé chimëfeisi et de pures contentions^ sentiment éiroit et p^ofondé^lent égoïste, qui, par l'âbui» qu'il fait d«f Id pêrsMlialité, peu! éoUdUire au renversement inèrae dé le justiôô et dô la nature. C'est au point d'honnêuf dé son mari, non pM k son hnt^ nèur^ que Lady Maébeth fait appel lorsqu'elle lui reproché d'êtr« lâche et de se parjurer, et Macbeth, frémissant sou« l'Outrage, sent l'infernale résolution rentrer dans son cœur... Lé planiiflâginê par sa femme pour assurer le succès du crime et détourner les soupçons achève dé lé décider; mais ce n'est pas san« uû effort suprême de sâ volonté pour réduire au silence sa conscience qui protéôlé encore î

C'cA est fait ! je raidis les fibres de mon cœur, Et j'irai jusqu'au bout dan» cette œuvre d'horreur!

MacëetU. — J'ai fait Taction... N'as-tu pas entendu un brttit? Lady MâCbëîh. — J'ai entendu le hibou huer et le grilloi> crier. N'avez- vous pas parlé?

Macbeth. — Quand?

Lady Macbeth. — A l'instant même.

Macbeth. — Quand je descendais?

Lad Y Macbeth. — Ouï.

Macbeth. — Écoute!... (tîegardant ses mains sanglantes, y

MAGfiËrtl. 2Sl

voilà tliï triste spectacle... Il y â utt des deux chambellans qui a ri dans son sommeil et un qui a crié : Au meurtre ! si bien qu'ils se sont éveillés l'un l'autre. Je me suis arrêté en les écoutant; mais ils ont dit leùri^ prières et se sont remis à dormir... L'un a crié : Dieu nous bénisse I et l^autre : Amen ! comme s'ils m'avaient vu avec ces mains de bourreau. Écoutant leur frayeur, je n'ai pas pu dire: Amen! quand ils ont dit: Dieu nous bénisse I

Lady Macbeth. — Né Vous préoccupez pas tant dé côla.

Macbeth. — Mais pourquoi n'ai-je pas pu prononcer Amen? J'avais le plus grand besoin de bénédiction» et le mot Amen^ s'est arrêté dans-ma gorge.

Lady Macbeth. — On ne doit pas penser à ces actions^là de cette façon ; ce serait à nous rendre fous.

Macb£th. — Il m'a semblé entendre une voix crier;

Ne dormez plus! Macbeth a tué le sommeil,

Le sommeil, douce mort, que chaque jour réclame,

Bain de Tâpre travail, bauiitd qui refait l'âme.

Bienfait de la nature, aliment précieux

Au banquet de la TÎe, et ^tii ibtnhe des cleut !

LÀDY MACBETH.

Ton âme forte, eh qiloi i peu](-iu la faire eMlaVe

De ces rêves de fou? — Prends de l'eau, vite, et lave

Tes mains, rouges d'un sang qui t'accuse! — Pourquoi

Ce» deuk poignards? il faui qu'ils r«slertt près du fei.

Reporte-les, et puis nlets du sang au visage

0© è^ dèùii Ohàmbétlan» quf dorment. ^ Vft, cotfirdgé !

Non ! — Qu'ai-jo fait! J'ai froid d'horreur en y songeant. Le voir ehcdi*? Je n*oâô.

^ HoiHme faible et chan^ilt!

Donna-moi ces poignards, donne! — Visions pures! Lés dormants et les morts ne sont que des peinturcg, Ki rerilànt ièill à f)eoivd'un masque âtix traits tiJdeUx; Je vais marquer de sang leur visage à tous deux; Car du crime tous dciix il faut qu'on les soupçonne.

(Èlleèori. On entend frapper derrière le thédirê.)

Qui frappe? au moindre bruit maintenant je frissonne

{Regardant ses mains.)

» Quelles sont ces mains-là? Ah! elles m'arrachent les yeux... Tout l'océan du grand Neplune suflBra-t-il à laver ce sang de ma main?

Plutôt, de sang couverte, Ma main de TOcéan rougirait Tonde verte !

LADT MACBETH, rentrant.

Regardez! de vos mains mes mains ont la couleur; Mais j'aurais honte, moi, d'avoir votre pâleur!

Tf J'entends frapper à l'entrée du sud. Retirons-nous dans notre chambre. Un peu d'eau va nous laver de cette action. Gomme c'est donc aisé!... Ecoutez, on frappe encore. Mettez votre robe de nuit, de peur que quelque accident ne nous appelle et ne montre que nous avons veillé. Ne vous perdez pas si misérablement dans vos pensées.

Non ! le néant plutôt qu*un pareil souvenir !

{Jaz coups redoublent.)

Oh ! si ces coups du moins qui me font défaillir Te pouvaient, ô Duncan, rappeler à la vie!

Voilà l'expiation suffisante et complète: Macbeth a tué le sommeil ! Macbeth ne dormira plus ! Si le héros de la tragédie de Shakespeare n'éprouvait aucun remords, s'il se montrait dès le début scélérat endurci, nous assisterions au spectacle de ses forfaits avec une grande compassion pour ses victimes,' mais sans aucune sorte d'intérêt pour lui-même, et la catastrophe finale, la mort violente du malfaiteur, pourrait seule satisfaire en nous le sens esthétique et moral. Mais il n'en va point ainsi, et la dernière scène du dernier acte n'a pas une importance capitale pour notre satisfaction. Le véritable instrument du supplice de Macbeth n'est pas l'épée vengeresse de Macduff, c'est sa propre conscience. La punition est intérieure, inhérente au coupable et contemporaine du crime commis; quedis-je? elle le précède; contemporaine de l'intention, elle est antérieure à l'acte matériel.

« Depuis que Cassius a commencé à m'éxciter contre César, je n'ai pas dormi, disait Brutus; entre la première pensée d'une chose terrible et son exécution, tout Tintervalle est une vision fantastique, un rêve hideux. Le génie^de l'homme et ses instruments de mort tiennent conseil, et le cœur humain est en miniature l'image d'un royaume agité par les ferments d'une insurrection. »

Cet état de l'âme de Macbeth est justement ce qui le rend digne d'intérêt. Nous avons pour cet homme moins de haine (fae de pitié; nous ne lui souhaitons point d'autre mal que celui qu'il se fait à lui-même, et lorsqu'à la fin ii meurt en héros, nous ne lui marchandons pas notre admiration. Grand criminel comme Richard III, mais avec plus de nuances humaines, Macbeth n'est rien moins qu'un misérable pied-plat ; nous savons que la vilenie lâche et basse ne se rencontre jamais chez les méchants du théâtre tragique de Shakespeare.il est vrai que le meurtrier de Duncan, l'usurpateur du trône, le tyran de l'Ecosse, poursuit un but personnel; là est l'abîme qui le sépare des héros de l'antique tragédie, chez lesquels un intérêt hautement général relevait toujours et ennoblissait la passion: mais, quelque personnel que soit le sentiment de l'ambition, il n'a rien d'abject, et aucun . vice ignoble ne vient altérer sur le front de notre héros la beauté du crime pur. Il est plein de courage: il se bat comme un lion; il veut, quand tout espoir est perdu, quand les oracles se sont accomplis au pied de la lettre, quand la forêt de Birnam s'ébranle et marche contre lui, mourir le harnais sur les épaules, défiant encore le destin. Le courage de l'homme surpasse celui du soldat: il a, dès son second pas dans le chemin du crime, jeté le gant à la fatalité dans toutes les formes d'un duel à mort; la couronne est le sort prédit à la postérité de Banquo : eh bien, il tuera Banquo, il tuera son enfant, et dans cette lutte à outrance contre la destinée, il entend rester seul; sa femme, l'instigatrice de son premier crime, restera désormais étrangère à tous les autres, pour qu'elle n'ait plus aucune part d'une culpabilité qu'il semble jaloux de garder toute pour lui:

« Avant que la chauve-souris ait commencé son vol autour des

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cloîtres, avamt qu'à l'appel de la ftoirç Hécat» l'escarbot porté ^ur ses ailes d'écaillé a^it de se§ bourdonnements sourde sonné la trompette ronflante de la nuit, il §era fait une action d'une importance terrible, ^

^ Quelle action? demande Lady Macbeth avec anxiété.

-^Ah! chère amie, demeure innocente de la cgnCdônçe,

jusqu'à ce que tu applaudisses à l'exécution. »

Macbeth est courageux dans le mal, au sens où Antoine l'était aussi. Hermione l'eût loué de ^ s'abandonner au crime en criminel >. Il e«t bai'diment sincère avec lui-même, il n'essaie pas de ^e faire illusion sur l'énormité de ses forfaits; il sait que ses victimes sont pures, et qu'il est, lui, un mgnstre ; sa franchise ignore ou dédaigne les profonds sophismes de lago, si habile à se persuader que les innocents qu'il veut perdri^ ne méritant que du mépris*.

« J'ai assez vécu, » dit-il vers la fln en apprenant rapproche de l'armée anglaise et en sentant bien que la présence d'aa fils jde I)uncan va soulever cpntre lui l'Ecosse opprimée; « j!ai assez vécu ; le printemps de ma vie est en proie à la sécheresse, aux feuilles jaunes; de tout ce qui doit accompagner le vieil âge, le respect, l'amour, l'obéissance, les troupes d'amis, je n'ai plus rien à espérer; ce qui m'attend à la place, ce sont des malédictions muettes, mais profondes, des hommages de bouche, vain$ mui*mures que les pauvres cœurs retiendraient volontiers, s'ils l'osaient! »

Un crime n'arrive guère seul. « Les choses que le mal a corameneées se consolident par le mal. > Hoc inter cetera vel pesêimum habet crudelitaSy écrit Sénèque, quod perseverandum êsiy nec ad meliora palet regressus; scelera enim sceleribus tumia sunt. Et Racine, traduisant ce passage, fait dire à Néron par Burrhus :

n vous faudra, seigneur, courir de crime en crime, Soutenir vos rigueurs par d*autres cruautés |St UvdP é^ns ji^ sang vçs bras ensanglantés.

Duncan ayant péri, Macbeth était devenu roi; mais l'était-ii

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