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France. La pudeur a lait, en tout pays et en tout siècle, partie du ])eau dans le drame et dans la langue. Il fallait que la populace policée d'Athènes ou de Paris (ut mille lois plus respectée par ses grands poètes scéniques, qu'elle ne l'était à. Londres. C'est que l'auditoire d'Athènes et de Paris était un peuple, et que l'auditoire de Londres était une populace.
Certes, si l'on se place au point de vue des défauts de goût, des inconvenances, des grossièretés, des obscénités, des scrupules même de style dont les pièces de l'Eschyle et du Molière anglais sont déshonorées. Voltaire n'est pas trop sévère; s'il faut tout dire même , et je n'en voudrais pour jireuvc que le plus pathétique de ses drames, llomco, l'indignationi de l'homme de goût dans Voltaire n'atteint pas l'ordure du scandale. Si l'on me disait : Donnez vos preuves et citez, je répondrais : Lisez vous-même, lisez seul loin de vos femmes et de vos fdles, car une plume qui se respecte ne pourrait copier de telles horreurs sans faire rougir même un corps degarde.
Mais si l'on se place au point de vue de la conception , de l'éloquence, de la fécondité, de la vérité, de la sublimité du génie de cet lioujme incomparable, Voltaire a tort ; il se laisse eflacer le soleil de l'art par une tache dans son télescope. Ce qu'il fallait dire pour être vrai, à la place de Voltaire, c'est que daus cet honnne éminent (Shakspeare), tout était im-
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nioiise. le mauvais fjoùt comme le p^enio ! \oila la vérité.
MaintPiiant . c<' mauvais, ^oùt apparlfiiail -il à Slialvspoarc ? Vpparlenail-il à son andiloiro ? Nous penchons à croire qu'il tenait plus à lauflitoire qu'au poëte. Le parterre est le souverain absolu rie lauteiudramatique. Kt de même qu'on llade le (if^re en lui jetant de la chair corrompue, on llatte la popidace en jetant du mauvais goût et de linipudeur a son rire iniuioral et stupide. Lfs mauvaises pièces soni la contre-épreuve des mauvais tem()s.
Ce n'est pas cependant que le siècle litlèraire d'Klisabeth, Icwi'' siècle dans lequel écrivit Sliakspeare. fût un siècle barbare: c'était |dutùt un siècle t'op quintessencié, un âge d'aiïélerie et de corruption de style : car il faut remarquer qu'en Italie, en Franc»', comme en AngleteiTe, la littérature dvi^ peuples ne commence pas par la barbarie , mais par l'alTéterie. Les peuples, dans ces époques de naissance ou de renaissance, prennent les miini('rrs pour la nature: avant d'être simples, ils sont alaml)iqués. C'est cettf prétention de style jointe à la barbarie qui forme le |)rincipal caractère des écrivains de ces âges. Le simple dans le grand , qui est le véritable caractère du beau ou du sublime, n'arriv(> qu'après. Cette alléterie de langage, jointe à la sordidité des expressions et des images , est aussi le caractt're des drames de Shakspeare. Il n'a fallu rien moins que la supériorité iiicoiiiinensurablc de son génie el île son éloquence.
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pour l'aire triompher ù bon droit et à jamais ses qualités de ses défauts.
Avantd'étudierl'œuvre, on veut connaître l'homme. L'homme, dans Shakspeare, a beaucoup de rapport avec MoUîrc. le })lus grand honnne de la scène IVançaise et peut-être de toutes les scènes de rEuro})e. Ce fut moins un homme d'art qu'un homme de métier. La scène le créa ; il fut l'enfant du parterre ; le public le fit à sa guise et à son image. Seulement, Molière, infiniment ])lus parfait dans son style, ne fut que comique. Shakspeare fut comique et tragique tout à la fois, pathétique comme Euripide, philosophe comme Sophocle, sublime conune Corneille, tendre comme Racine.
Tous les instruments à l'aide desquels on émeut les hommes allaient à sa main; le Scapin de xMolière ou le Falstaffde Shakspeare sont de la même famille. Le rêve ouïes larmes éclatent ou coulent de la même veine, au gré de ce maître du cœur humain. C'est là ce qui en fait un homme uru(|ue, un comédien incomparable, l'universalité.
Il naquit en 1564 dans la petite ville de Stratfordsur-Avon, non loin de Londres, d'une famille obscure de la bourgeoisie. Son père était marchand de laines; on tondait les troupeaux dans la maison. Quelques biographes prétendent qu'on y vendait la viande des brebis immolées par le père du poète, exeiçant aussi
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la cruelle |)rol<'ssioii de boucher. Ils ajoiitenl, romnio tradition populaire du pays, que l'enfant, velu de la tunique sanglante et prenant des attitudes tragiques dfins l'abattoir paternel , adressait des harangues solennelles à ses vicliuies avant de les immoler, et que de là lui vint le goût de la tragédie. Mais cela n'a ni authenticité, ni fondement. William montra toute sa vie les mœurs les plus douces et la |)itié la plus tendre pour les animaux comme pour les hommes. Il n'y a pas le moindre indice de férocité dans son caractère, et cette pitié forme la ])Iusélo-* quente et la touchante source de son génie. D'ailleurs, la maison paternelle de Shakspeare , qui existait encore il y a peu d'années à Stratford-sur-Avon , ne conservait aucune trace de construction ])ropre au commerce de la boucherie. C'était une simple habitation bourgeoise appropriée à une famille modique, et dont l'angle de la petite cour conservait encore un arbre fruitier domestique (l'antique nu'nier de Shakspeare), monument encore vivant «le l'enfance du j)oëte , qui n'a cessé de vivre que dans ces derniers temps, et dont le tronc et les rameaux, déchiquetés comme l'arbre de la vraie croix poétique, n'ont pas sufli à la superstition de l' Angleterie. l/enfant reçut évidemuient une bot)ue éducation domestique et une forte instruction classique dans les écoles de Slratford. Ses fruvres historiques attestent des lectures antiques et .sont pleines de citations; sa famille le maria à l'âge de IS ans à une
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jeune femme un pini plus âgée que lui ; il en eut trois enfants; mais, soit vocation contrariée, soit légèreté de l'âge, ses devoirs d'époux et de père ne sullircnt pas ta le fixer au foyer conjugal. On raconte qu'il s'évada de sa patrie à l'occasion d'un délit de chasse commis avec quelques-uns de ses camarades de plaisir dans les forêts du comté , et que , ])oiiiéviter la prison, il s'enfuit à Londres, où il chercha à s'engager dans un emploi subalterne au théâtre alors le plus fréquenté de la capitale. Il y fut réduit, assure-t-on, à garder, au prix de quelques pièces de menue monnaie, les chevaux des spectateurs pendant la représentation. Il ne tarda pas longtemps cependant à figurer doublement sur la scène, comme acteur et surtout comme auteur. Son talent comme acteur ne paraît pas avoir été de premier ordre , mOme dans ses propres compositions. La pensée, qui conçoit au dedans le drame et les caractères, n'est pas la même chose que le geste et la physionomie qui les rendent extérieurement à l'œil des spectateurs. L'un est de l'âme, l'autre est du corps.
Mozart et Rossini, qui notèrent la plus divine musique, ne pourraient la chanter. 11 en fut ainsi de Corneille et de Racine ; ainsi de Molière , acteur médiocre; ainsi de Shakspeare.
Ses succès comme auteur de pièces tour à tour tragiques ou comiques sur les théâtres de Londres, la faveur de la reine Elisabeth, de la cour et du public , ne lui firent ni négliger, ni oublier sa famille
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on lo toit de ses pères à Stradord-siii-Vvoii. Il s'\ rendait tous les ans pour y reporter le prix modiqne, mais soigneusement accumulé, de ses .succ<'> à Londres. Il s'y préjKirait miMiie, pour l'âge du repos, une honorable aisance pour .sa femme, pour ses enfants et pour lui-même : il s'y retira do bonne heure en homme qui compte le bonheur domestique pour l)i<'n plus que le vain applaudissement du monde : il y passa ses dernières années , assez riche pour ses désirs, entouré de cette gloire qui ne devient du bonheur que quand elle sp transforme m consificration et eu alTecliou de .ses \)\us proclio concitoyens. Il y mourut à cinquante-sept ans, laissant pour héritage un foyer et une aisance à sa famille , un univers à sa mémoire. Il avait composé ordinairement deux grands drames chaque année. Analyser ses œuvres, ce serait analyser le co-iir humain, il est son j)lus grand peintre. V(Mtii, rriinr. passion, vices, ridicules, grandeurs, petitesses, tout est à lui : le clavier entier de la nature de l'honuMc est sous .ses doigts. Nous allons, pour vous le niinconnaître, vous citer seulement les cin(( ou >i\ grandes pas-sions dont il a fait le type de ses drames les plus célèbres: et d'abord, la piemière et I.i plus iioble de toutes, l'amour, lioutro et Jiiliiftc.