‹ Shakespeare et son œuvreChapitre 5 sur 93 · SIIAKSPKAni · texte numérisé non relu

SIIAKSPKAni

do neige au milieu d'un troupeau de corneilles, telle apparaît cette jeune dame entre toutes ses compagnes. Cette danse finie, j'épierai la place où elle se tient, et je donnerai à ma main rude le bonheur de toucher la sienne ! Mon cœur a-t-il jamais aimé jusqu'ici? Dites-le, mes yeux. Non, car jusqu'à ce soir je n'avais jamais vu la vraie beauté. »

Tvbalt, qui a entendu ces exclamations involonlontaires et passionnées, désignant Roméo :

(( .le reconnais cette voix, » dit-il cà un page, (( ce doit être un Montagne. Va me chercher ma rapière ! Quoi! le misérable ose venir ici couvert d'un masque grotesque narguer et insulter notre iete? Oh! par l'antique honneur de ma i-ace, je ne crois pas qu'il y ait péché à l'étendre mort! — Ce doit être Roméo, » dit un des Capulet. « — C'est lui, c'est ce misérable Roméo, » affirme Tybalt.

Le vieux Capulet intervient et calme par de bonnes paroles l'indignation de ses partisans.

« Ae lui dites rien, » recommande-t-il à Tybalt, (( il a les manières du plus courtois gentilhomme , et à vrai dire Vérone est fière de lui comme d'un jeune homme vertueux et bien élevé; je ne voudrais pas pour toutes les richesses de cette ville qu'ici, dans ma maison, il lui fût lait une avanie. »

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Tyhalt, mécoiiteiil do riiKlulf;<'iice du vieux (^apiilet, son oncle, se retire en grommelant et en se promettant vengeance.

Homéo s'avance et prend la main de Juliette :

' Si j'ai profane avec mon indigne main cette châsse sacrée , je suis prêt à une douce pénitence. Permettez à mes lèvres, comme à deux pèlerins rougissants, d'eiïacer ce sacrilège par un tendre baiser. »

Jtl.IETTE.

lion pèlerin, vous êtes trop sévère pour votre main rpii n'a fait preuve jusqu'ici que d'une respectueuse dévotion : les saintes elles-mêmes ont des mains qui peuvent toucher les mains des pèlerins, et cet attouchement est un pieux baiser.

lUi.MI u.

Les saintes n'ont-elles pas des lèvres, et les pèlerins aussi?

Oui, des lèvres vouées à la pîière.

FJOM KM.

Oh! alors, chère s<'unf'', que les lèvres fassent ce que font les mains; les miennes te prient, exauce-les, de peur que leur foi ne se change en désespoir.

SHAKSl'ILAnL:.

JULIETTE

Les saintes restent immobiles tout en exauçant lesprières.

ROMÉO

Restez donc immobile , tandis que je recueillerai

l'efTet de ma prière, (n cucillc un baiser sur les Uvrcs de

Juliette.) Vos lèvres, dit -il, ont effacé le péché des miennes î

JULIETTE

Mes lèvres ont gardé pour elles le péché qu'elles ont pris des vôtres.

« Je vous remercie tous, honnêtes gentilshommes, » leur dit le vieux Capulet en les congédiant.

La nourrice interrogée par Roméo lui apprend que la jeune dame qu'il vient d'embrasser est la fille de la maison. Il s'éloigne éperdu de désir et de terreur.

Juliette, de son côté, passe à côté de sa nourrice, l'interroge rapidement et à voix basse sur Roméo.

« Son nom est Roméo : c'est un Montagne et fils de votre mortel ennemi. — Est-il marié? S'il est marié, » se dit-elle à elle-même, « mon cercueil pourrait bien être mon lit nuptial. 11 est né en moi

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un iM<»ii>irii»ni\ amour. j)ui.s(|u»' je dois aimer mon ennemi exécré. »

\jO cliunir, que Shakspeare emploie quelquefois pour l'intelligence de la situation, a|)pui<' par ses réflexions rimées le contraste de la haine des deux maisons et de la passion des deux amants.

La scène suivante nous montre Roméo errant la nuit sous un mur du jardin de Capulet. Il l'escalade, saute dans le jardin : il est aperçu par Renvolio et Mercutio, ses amis, qui prennent en plaisanterie sa nouvelle passion, et qui l'apostrophent à demi-voi\ d'un ton railleur.

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