ROM KO
Je voudrais être ton oiseau !
JII.IKTTE.
Ami, je le voudrais aussi; mais je le tuerais à force de caresses. Bonne nuit! bonne nuit! Si douce est la tristesse de nos adieux que je te dirais : bonne nuit! jusqu'à ce qu'il soit jour, (euc se retire. )
RoMi:n, soûl.
Que le sommeil se fixe sur tes yeux et la paix dans ton cœur! Je voudrais être le sommeil et la paix, pour reposer si délicieusement! Je vais de ce pas à la cellule de mon pt-re spirituel, pour implorer son aide et lui conter mon bonheur, (ii suri.)
SCEINt: VIII.
[La cellule de fn'-n) Laurf^nce. 1 ZntT- FRKRE LAI RKNCE, pon^int un panier.
i.Ai lu >(;e.
L'aul)e aux yeux gris couvre de son sourire la nuit
80 SHAKSPEARK.
grimaçante, et diapré de lignes lumineuses les nuées d'Orient; l'ombre couperosée, chancelant comme un ivrogne, s'éloigne de la route du jour devant les roues du Titan radieux. Avant que le soleil, de son regard de flamme, ait ranimé le jour et séché la moite rosée de la nuit, il faut que je remplisse cette cage d'osier de plantes pernicieuses et de fleurs au suc précieux. La terre, qui est la mère des créatures, est aussi leur tombe; leur sépulcre est sa matrice même. Les enfants de toute espèce sortis de son flanc , nous les trouvons suçant sa mamelle inépuisable ; la plupart sont doués de nombreuses vertus; pas un qui n'ait son méiite, et pourtant tous difl^èrent ! Oh ! combien efficace est la grâce qui réside dans les herbes, dans les plantes, dans les pierres et dans leurs qualités intimes! il n'est rien sur la terre de si humble qui ne rende à la terre un service spécial; il n'est rien non plus de si bon qui, détourné de son légitime usage, ne devienne rebelle à son origine et ne tombe dans l'abus. La vertu même devient vice , étant mal appliquée, et le vice est parfois ennobli par l'action. (Entre Roméo.)
LAURENCE, prenant une fleur dans le panier.
Le calice enfant de cette faible fleur recèle un poison et un cordial puissants : respirez-la, elle stimule et l'odorat et toutes les facultés; goûtez -la, elle frappe de mort et le cœur et tous les sens. Deux
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reines ennemies sont sans cesse en luiie dans riioninie comme dans la plante, la grâce et la rude volonté ; et là où la pire prédomine, le ver de la mort a bifn vite dévoré la créature.
no M i;o, lîonjour, père.
i.AURF \<:e.
Bcncdiritcl Quelle voi\ matinale me salue si doucement? — Jeune fils, c'est signe de quelque désordre d'esprit, quand on dit adieu sitôt à son lit. Le souci fait le guet dans les yeux du vieillard , et le sommeil n'entre jamais où loge le souci. Mais là où la jeunesse ingambe repose, le cerveau dégagé, là règne le sommeil d'or. Je conclus donc de ta visite matinale que quelque grave perturbation t'a mis sur pir'd. Si cela n'est pas, je devine que notre Roméo ne s'est pas couché cette nuit.
ROM i;n.
Cette dernière conjecture est la vraie ; mais mon repos n'en a été que |)lus doux.
r.Ai R.;\(,F..
Dieu pardonne au pécheur! Ktais-tu donc avec Rosaiine?
ss siiaksim: mu;.
Avec Rosaline! Oh! non, mon père spirituel : j'ai oublié ce nom , et tous les maux attachés à ce nom.
LAURENCE
Voilà un bon fils... Mais où as- tu été alors ?
RO.MÉO.
Je vais te le dire et t' épargner de nouvelles questions. Je me suis trouvé à la même fête que mon ennemie : tout à coup cette ennemie m'a blessé , et je l'ai blessée à mon tour : notre guérison à tous deux dépend de tes secours et de ton ministère sacré. Tu le vois, saint homme, je n'ai pas de haine; car j'intercède pour mon adversaire comme pour moi.
LAURENCE
Parle clairement, mon cher fils, et explique-toi sans détour : une confession équivoque n'obtient qu'une absolution équivoque.
ROMÉO
Apprends-le donc tout net, j'aime d'un amour profond la fille charmante du riche Capulet. Elle a fixé mon cœur comme j'ai fixé le sien; pour que notre union soit complète, il ne nous manque que d'être unis par toi dans le saint mariage. Quand, où et
HOMKO HT Jl LIRTTi:. «»
comment nous nous sommes vus, aimés et fiancés, je te le dirai chemin faisant; mais, avant tout, j»- l'en prie, consens à nous marier aujourd'hui même.
LAIRKNCE.
Par saint François! quel changement! Cette liosaline que tu aimais tant, est -elle donc si vite délaissée? Ah! l'amour des jeunes gens n'est pas vraiment dans le cœur, il n'est que dans les yeux. Jcsu Maria! que de larmes pour Rosaline ont inondé tes joues blêmes! (}u<' d'eau .salée prodiguée en pure perle pour assaisonner un amour qui n'en garde pas même l'arrière -goût! Le soleil n'a pas encore dissipé tes soupirs dans le ciel : tes gémissements passés tintent encore à mes vieilles oreilles. Tiens, il y a encore là, sur ta joue, la trace d'une ancienne larme, non essuyée encore ! Si alors tu étais bien toi-même, si ces douleurs étaient bien les tiennes, toi et tes douleurs vous étiez tout à Rosaline: et te voilà déjà changé ! Prononce donc avec moi cette sentence : Les femmes peuvent faillir, quand les hommes ont si peu de force.
ROMi;o.
Tu m'as souvent reproché mon amour pour Rosaline.