I. MUR NC.E
Ton amour? .Non, mon enfant, mais Ion idolàlrie.
ROMÉO
Va tu m'as dit d'ensevelir cet amour.
LAURENCE
Je ne t'ai pas dit d'enterrer un amour pour en exhumer un autre.
ROMÉO
Je t'en prie , ne me gronde pas : celle que j'aime à présent me rend faveur pour faveur, et amour pour amour; l'autre n'agissait pas ainsi.
LAURENCE
Oh ! elle voyait bien que ton amour déclamait sa leçon avant même de savoir épeler. Mais viens, jeune vola,ge , viens à moi ; une raison me décide à t'assister : cette union peut , par un heureux effet , changer en pure affection la rancune de vos familles.
ROMÉO
Oh ! partons : il y a urgence à nous hâter.
Benvolio et Mercutio reparaissent le soir du même jour appelant Roméo pour le railler. La nourrice les rencontre; ils badinent avec elle dans un style qu'aucune obscénité ne peut égaler. — Elle demande à Roméo un entretien secret. Roméo lui dit de con-
r.OMtO KT JlLIETTi:. Ut
seiller à sa jeune maîtresse d'aller à confesse le soir, au coiifessiounal du pure Laurence!
1 Kt toi, bonne nourrice, tu attendras derrière le mur du monastère. Là, avant une heure, mon page ira te trouver et t'apportera une échelle de cordes. Ce sont les haubans par lesquels je dois, dans la nuit, monter au hunier de mon bonheur. >>
Vï.
La nourrice, édifiée sur la bonne intention de Roméo, s'éloigne pour remplir sa commission. Juliette, impatiente de le revoir, s'entretient seule avec elle-même.
u L'horloge frappait neuf heures, (juand j'ai envoyé la nourrice; elle m'avait promis dT-tre de retour en une demi-heure... Peut-être n'a-t-elle pas pu le trouver!... Mais non... Oh! elle est boiteuse! Les messagers d'amour devraient être des pensées plus promptes dix fois que les rayons du soleil f|ui dissipent l'ombre au-dessus des collinos nrbuleus(^s. Aussi l'amour est-il traîné par d'agiles colombes ; aussi (^upidon a-t-il des ailes rapides comme le vent. Maintenant le Sf^lcil a atteint le sommet suprême de
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sa course d'aujourd'hui; de neuf heures à midi il y a trois longues heures, et elle n'est pas encore venue ! Si elle avait les allections et le sang brûlant de la jeunesse, elle aurait le leste mouvement d'une balle; d'un mot je la lancerais k mon bien-aimé qui me la renverrait d'un mot. Mais ces vieilles gens, on les prendrait souvent pour des morts, à voir leur inertie, leur lenteur, leur lourdeur et leur pâleur de plomb. »
La nourrice excite par des délais comiques qui tiennent plus de la farce que de la tragédie l'impatience de Juliette, puis elle lui rend son message.
(( Allez à confesse dans la cellule du père Laurence, un mari vous y attend pour faire de vous sa femme. Ah bien! voilà ce fripon de sang qui vous vient aux joues : bientôt elles deviendront écarlates à la moindre nouvelle. Courez à l'église; moi, je vais d'un autre côté chercher l'échelle par laquelle votre bienaimé doit grimper jusqu'au nid de l'oiseau, dès qu'il fera nuit noire. C'est moi qui suis la bète de somme, et je m'épuise pour votre plaisir; mais, pas plus tard que ce soir, ce sera vous qui porterez le fardeau. Allons, je vais dîner; courez vite à la cellule... »
Le père, averti par Roméo, attend Juliette au confessionnal; il entraîne Roméo et son amante et les unit secrètement.
Pendant que l'union mystérieuse s'accomplit de-
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vaut rKplise et que Roméo prépare son ascension nocturne à la fenêtre de sa jeune épouse, iino nouvelle rixe éclate dans les rues de Vérone entre les Capulet et les Montai;ue. Tybalt insulte Roméo qui supporte patieniniont l'outrage en pensant à Julictic, parente de Tybalt; mais le fougeux Tybalt lue Merrutin. l'ami de Roméo. A ce spectacle, Roméo, attaqué de nouveau jiar le meurtrier, se met en garde et tue involontairement Tybalt. Le prince de la Scala accourt et s'informe. — Renvolio lui raconte, non le meurtre, mais l'accident par lequel l'épée de Roméo a tué Tybalt. Le prince, sans en entendre davantage, condamne Roméo à l'exil perpétuel.
Juliette, dans sa cbambre nuptiale, attend, ignorant ces événements, l'beure où Roméo viendra monter par l'échelle de cordes au balcon. L'amour et l'enthousiasme élèvent .ses pensées jusqu'au lyrisme le plus exalté, et .ses expressions, empruntées à la mythologie, langue sacrée de l'Italie à cette époque, sortent tout à fait du naturel.
.11 I.IKTTK.
Retournez au galop, vous, coursiers aux pieds de flamme, vers \p logis de Phébus: déjà un rocher comme IMiaéton vous aurait lancés dans l'ouest et aurait ramené la nuit nébuleuse... Ktends ton épais rideau, nuit vouée à l'amour, que les yeux «le la rumeur se ferment ot que Roméo bondi.ssr dans mes
9Î SHAKSI'EARE.
bras, ignoré, inaperçu! Pour accomplir leurs amoureux devoirs, les amants y voient assez à la seule lueur de leur beauté; et, si l'amour est aveugle, il s'accorde d'autant mieux avec la nuit... Viens, nuit solennelle, matrone au sobre vêtement noir, apprends-moi cà perdre, en la gagnant, cette partie qui aura pour enjeux deux virginités sans tache; cache le sang pudique qui se débat dans mes joues, avec ton noir chaperon, jusqu'à ce que le timide amour, devenu plus hardi, ne voie plus que chasteté dans l'acte de l'amour! A moi, nuit! Yiens, Roméo, viens : tu feras le jour de la nuit, quand tu arriveras sur les ailes de la nuit, plus éclatant que la neige nouvelle sur le dos du corbeau. Viens, gentille nuit; viens, chère nuit au front noir, donne-moi mon Roméo, et, quand il sera mort, prends-le et coupe-le en petites étoiles, et il rendra la face du ciel si splendide que tout l'univers sera amoureux de la nuit et refusera son culte à l'aveuglant soleil... Oh! j'ai acheté un domaine d'amour, mais je n'en ai pas pris possession, et celui qui m'a acquise n'a pas encore joui de moi. Fastidieuse journée!...
La, nourrice interrompt ce dithyrambe à l'amour en annonçant à Juliette que Roméo vient de tuer son parent Tybalt.
Le poète met ici dans la bouche de Juliette toutes les exclamations amphigouriques que les poètes italiens du temps prêtaient à leurs personnages sous le