DE RICHARD III
Richard III est l’un de ces hommes qui ont fait sur leur temps cette impression d’horreur et d’effroi toujours fondée sur quelque cause réelle, bien qu’ensuite elle porte à exagérer les réalités. Hollinshed le met au nombre de « ces personnes mauvaises qui ne vivront une heure exemptes de faire et exercer cruauté, méchef et outrageuse façon de vivre. » Sans doute, et la critique historique en a fourni la preuve , la vie de Richard a été chargée de plusieurs crimes qui ne lui ont pas appartenu ; mais ces erreurs et ces exagérations, fruit naturel du sentiment populaire, expliquent, sans la justifier, la bizarre fantaisie qu’a eue Horace Walpole de réhabiliter la mémoire de Richard, en le déchargeant de la plupart des crimes dont on l’accuse.
DRAMES HISTORIQUES
C’est là une de ces questions paradoxales sur lesquelles s’échauffe l’imagination du critique qui s’en est laissé saisir , et où la plus ingénieuse discussion ne sert ordinairement qu’à prouver jusqu’à quel point l’esprit peut s’employer à embarrasser la marche simple et ferme de la vérité. Sans doute il ne faut pas juger un personnage de ces temps de désordre d’après les habitudes douces et régulières de nos idées modernes, et beaucoup de choses doivent être mises sur le compte de cet entourage d’hommes et de faits au milieu desquels apparaissent les caractères historiques ; mais lorsqu’à l’époque où a vécu Richard III , après les horreurs de la rose rouge et de la rose blanche, la haine publique va choisir un homme entre tous pour le présenter comme un modèle de cruauté et de perfidie, il faut assurément qu’il y ait eu dans ses crimes quelque chose d’extraordinaire, ne fût-ce que cet éclat que peut y ajouter la supériorité des talents et du caractère qui, lorsqu’elle s’emploie au crime , le rend à la fois plus dangereux et plus insultant.
L’opinion généralement établie sur Richard a pu contribuer au succès de la pièce qui porte son nom : aucun peut-être des ouvrages de Shakspeare n’est demeuré aussi populaire en Angleterre. Les critiques ne l’ont pas en général traité aussi favorablement que le public ; quelques-uns, entre autres Johnson, se sont étonnés de son prodigieux succès ; on pourrait s’éton-
ner de leur surprise si l’on ne savait, par expérience, que le critique, chargé de mettre de l’ordre dans les richesses dont le public a joui d’abord confusément, s’affectionne quelquefois tellement à cet ordre et surtout à la manière dont il l’a conçu, qu’il se laisse facilement induire à condamner les beautés auxquelles, dans son système, il ne sait pas trouver une place convenable.
Richard 111 présente, plus qu’aucun des grands ouvrages de Shakspeare, les défauts ^communs aux pièces historiques qui étaient avant lui en possession du théâtre; on y retrouve cet entassement des faits, cette accumulation de catastrophes, cette invraisemblance de la marche dramatique et de l’exécution théâtrale, résultats nécessaires de tout ce mouvement matériel que Shakspeare a réduit, autant qu’il l’a pu, dans les sujets dont il disposait plus librement, mais qui ne pouvait être évité dans des sujets nationaux d’une date si récente, et dont tous les détails étaient si présents à la mémoire des spectateurs. Peutêtre en doit-on admirer davantage le génie qui a su se tracer sa route dans ce chaos, et diriger à travers ce labyrinthe un fil qui ne s’interrompt et ne se perd jamais. Une idée domine toute la pièce, c’est celle de la juste punition des crimes qui ont ensanglanté les querelles d’Yoïk et de Lancaster. Exemple et organe à la fois de la colère céleste, Marguerite, par les cris de
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sa douleur, appelle sans cesse la vengeance sur ceux qui ont commis tant de forfaits, sur ceux même qui en ont profité ; c’est elle qui leur apparaît quand cette vengeance les a atteints ; son nom se mêle à l’effroi de leurs derniers moments ; c’est sous sa malédiction qu’ils croient succomber autant que sous les coups de Richard, sacrificateur du temple sanglant dont Marguerite est la sibylle, et qui lui-même tombera, dernière victime de l’holocauste, emportant avec lui tous les crimes qu’il a vengés et tous ceux qu’il a commis.
Cette fatalité ui, dans Macbeth, se révèle sous la figure des sorcières, et dans Richard III sous celle de Marguerite, n’est cependant en aucune façon la même dans les deux pièces. Macbeth, entraîné de la vertu dans le crime, offreà notre imagination l’image effrayantede lapuissance de l’ennemi de l’homme, puissance soumise cependant au maître éternel et suprême qui, du même coup dont il décide la chute, prépare la punition. Richard, agent bien plus direct, bien plus volontaire de l'esprit du mal, semble plutôt jouter avec lui que lui obéir ; et dans ce jeu terrible des pouvoirs infernaux, c’est comme en passantque s’exerce la justice du ciel jusqu’au dernier moment où elle éclatera sans équivoque sur l’insolent coupable qui s’imaginait la braver en accomplissant ses desseins.
. Cette différence dans la marche des idées sepeintdans
tous les détails du caractère et de la destinée des personnages. Macbeth, une fois tombé, ne se soutient que par l’ivresse du sang où il se plonge toujours davantage; et il arrive à la fin fatigué de ce mouvement étranger à sa nature, désabusé des biens qui lui ont coûté si cher, et ne puisant que dans l’élévation naturelle de son caractère la force de défendre ce qu’il n’a presque plus le désir de conserver. Richard, inférieur à Macbeth pour la profondeur des sentiments autant qu’il lui est supérieur par la force de l’esprit, a cherché, dans le crime même, le plaisir d’exercer des facultés comprimées, etde fairesentir aux autres une supériorité ignorée ou dédaignée. Il trompe à la fois pour réussir et pour tromper, pour s’assujettir les hommes et pour se donner le plaisir de les mépriser; il se moque de ses dupes et des moyens qu’il a employés pour les duper ; et à la satisfaction qu’il ressent de les avoir vaincus, s’allie celle d’avoir acquis la preuve de leur faiblesse. Cependant ce qu’il en découvre ne suffît pas encore à la tyrannie de ses volontés; la bassesse ne va jamais toutà-fyit aussi loin qu’il l’a conçu, et qu’il a eu besoin de le concevoir : obligé de sacrifier ensuite ce qu’il a d’abord corrompu, il faut que sans cesse il séduise de nouveaux agents pour abattre de nouvelles victimes. Mais arrive enfin le moment où ses moyens de séduction ne suffisent plus à surmonter les difficultés qu’il
s’est créées, où l’appât qu’il peut présenter aux passions
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des hommes n’est plus de force à surmonter l’effroi qu'il leur a inspiré sur leurs intérêts les plus pressants ; alors ceux qu’il avait divisés pour les faire succomber l’un par l’autre se réunissent contre lui. 11 se sentait trop fort pour chacun d’eux, il est seul contre tous, et il a cessé d’espérer en lui-même; il se rend justice alors, mais sans s’abandonner, et, par un dernier effort, il se brise contre l’obstacle qu’il s’indigne de ne pouvoir plus vaincre.
La peinture d’un pareil personnage, et des passions qu’il sait mettre en jeu pour les faire servir à ses intérêts, offre un spectacle d’autant plus frappant qu’on voit clairement que l’hypocrisie de Richard n’agit que sur ceux qui ont intérêt à s’en laisser aveugler : le peuple demeure muet à ces lâches appels par lesquels on l’invite à s’unir aux hommes en pouvoir qui vont donner leur voix pour l’injustice; ou si quelques voix inférieures s’élèvent, c’est pour exprimer un sentiment général d’éloignement et d’inquiétude, et faire entrevoir, à côté d’une cour servile, une nation mécontente. L’attente qui en résulte, le pathétique de quelques scènes, la sombre énergie du caractère de Marguerite, l’inquiète curiosité qui s’attache à ces projets si menaçants et si vivement conduits, achèvent de répandre sur cet ouvrage un intérêt qui explique la constance de son succès.
Le style de Richard III est assez simple et, si l'on en
excepte un ou deux dialogues, il offre peu de ces subtilités qui fatiguent quelquefois dans les plus belles pièces deShakspeare. Dans le rôle de Richard, l’un des plus spirituels de la scène tragique , l’esprit est presque entièrement exempt de recherche.
Ce drame comprend un espace de quatorze ans, depuis 1471 jusqu’en 1485.
Il paraît avoir été représenté en 1597 : on avait, avant cette époque, plusieurs pièces sur le même sujet.
HENRI VIII
Quoique Johnson mette Henri VIII au second rang
des pièces historiques, avec Richard III, Richard II et
le roi Jean , cet ouvrage est fort loin d’approcher
du moindre de ceux auxquels l’assimile le critique. Le
désir de plaire à Élisabeth, ou peut-être même l’ordre
donné par cette princesse de composer une pièce dont
sa naissance fût en quelque sorte le sujet, ne pouvait
suppléer à cette liberté qui est l’âme du génie. L’entreprise de mettre Henri VIII sur la scène en présence de sa fille, et de sa fille dont il avait fait périr la mère, offrait une complication de difficultés que le poète n’a pas cherché à surmonter. Le caractère de Henri est complètement insignifiant; ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est l’intérêt que le poète d’Élèabetli a répandu
HENRI VIII
sur Catherine d’Aragon; dans le rôle de Wolsey, surtout au moment de sa chute, se retrouve la touche du grand maître : mais il paraît que, pour les Anglais, le mérite de l’ouvrage est dans la pompe du spectacle qui l’a déjà fait reparaître plusieurs fois sur le théâtre dans des occasions solennelles. Henri VIII peut avoir pour nous un intérêt littéraire, celui du style que le poète a certainement eu soin de rendre conforme au langage de la cour, tel qu’il était de son temps ou peu d’années auparavant. Dans aucun autre de ses ouvrages, le style n’est aussi elliptique; les habitudes de la conversation semblent y porter, dans la construction de la phrase, cette habitude d’économie, ce besoin d’abréviation qui, dans la prononciation anglaise, retranchent des mots près de la moitié des syllabes. On n’y trouve d’ailleurs presque point de jeux de mots, et, sauf dans un petit nombre de passages , assez peu de poésie.
HenriVIII fut représenté, à ce qu’on croit, en 1601, à la fin du règne d’Élisabeth, et repris, à ce qu’il paraît, après sa mort, en 1613. 11 y a lieu de croire que l’éloge de Jacques I er , encadré à la fin dans la prédiction qui concerne Élisabeth, fut ajouté à cette époque, soit par Shakspeare lui-même, soit par Ben Johnson à qui l’on attribue assez généralement le prologue et l’épilogue; c’est, à ce que l’on croit, à cette reprise, en 1613, que les canons que l’on tire, à l’arrivée du roi chez Wolsey,
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mirent le feu au théâtre du Globe qui fut consumé en entier.
La pièce comprend un espace de douze ans, depuis 1521 jusqu’en 1533. On n’en connaît, avant celle de Shakspeare, aucune autre sur le même sujet
Un caractère commun éclate dans tous ces drames historiques de Shakspeare, c’est le sentiment profondément national et populaire qui anime le poêle ; sur les événements et sur les personnages qu’il reproduit, il pense et sent comme ses spectateurs, comme les plus simples et les plus ignorants de ses spectateurs ; il ne se soucie ni de la vérité, ni de la justice ; il n’a pas la moindre prétention de redresser les erreurs ou d’épurer les passions publiques ; il s’y livre sans réserve, car il les partage et il y compte pour son succès. Ce moraliste si profond et si sensé, ce grand connaisseur du cœur humain, ce peintre si vrai des caractères les plus divers, c’est en même temps le patriote anglais le plus passionné et le plus aveugle ; il a pénétré, tour à tour avec une intelligence et une indépendance admirables, dans l’âme de Hamlet, de Roméo, de Macbeth, d’Othello ; mais dès qu’il touche à l’histoire de son pays
HENRI VIII
en rapport avec d’autres pays, tonte indépendance et toute impartialité d’esprit l’abandonnent; en toutes choses et sur toutes les personnes, il croit et juge absolument comme John Bull.
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LE MARCHAND DE VENISE
Le fond de l’aventure qui fait le sujet du Marchand de Venise se retrouve dansles chroniques ou dans la littérature de tous les pays, tantôt en entier, tantôt dépouillé de l’épisode très-piquant qu’y ajoutent les amours de Bassanio et de Portia. Un jugement pareil à celui de Portia a été attribué à Sixte V qui , plus sévère, condamna, dit-on, à l’amende les deux contractants, pour les punir de l’immoralité d’un pareil marché. En cette occasion il s’agissait d’un pari, et le juif était le perdant. Un recueil de nouvelles françaises, intitulé Roger- Bontemps en belle humeur, raconte la même aventure, mais à l’avantage du chrétien, et c’est le sultan Saladin qui est le juge. Dans un manuscrit persan qui rapporte le même fait, il s’agit d’un pauvre musulman
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de Syrie avec qui un riche juif fait ce marché pour avoir les moyens de le perdre et parvenir ainsi à posséder sa femme dont il est amoureux ; le cas est décidé par un cadi d’Émèse. Mais l’aventure tout entière se trouve consignée, avec quelques différences, dans un très-ancien ouvrage écrit en latin et intitulé : Gesta Romanorum, et dans le Pecorone de ser Giovanni, recueil de nouvelles composé avant la fin. du quatorzième siècle et par conséquent très-antérieur à Sixte V, ce qui rend tout-à-fait improbable l’anedocte rapportée sur ce pape par Grégoire Léti.
Dans la nouvelle de ser Giovanni, la dame de Belmont n’est point une jeune fille forcée de soumettre son choix aux conditions prescrites par le singulier testament de son père, mais une jeune veuve qui, de sa propre volonté, impose une condition beaucoup plus singulière à ceux que le hasard ou le choix fait aborder dans son port. Obligés de partager le lit de ladame, s’ils savent profiter des avantages que leur offre une pareille situation, ils obtiendront avec la possession de la veuve sa main et tous ses biens. Dans le cas contraire, ils perdent leur vaisseau et son chargement, et repartent sur-le-champ avec un cheval et une somme d’argent qu’on leur fournit pour retourner chez eux. Peu effrayés d’une pareille épreuve, beaucoup ont tenté l’aventure, tous ont succombé; car, à peine dans le lit, ils s’endorment d’un profond sommeil, d’où ils
LE MARCHAND DE VENISE
ne se réveillent que pour apprendre le lendemain que la dame plus matinale a déjà fait décharger le navire, et préparer la monture qui doit reconduire chez lui le malencontreux prétendant. Aucun n’a été tenté de renouveler une entreprise si chère, et dont le mauvais succès a découragé les plus vifs aspirants. Le seul Gianetto (c’est dans la nouvelle le nom du jeune Vénitien) s’est obstiné, et, après deux premières déconvenues, il veut risquer une troisième aventure : son parrain Ansaldo , sans s’inquiéter de la perte des deux premiers vaisseaux dont il ignore la cause, lui en équipe un troisième, avec lequel Gianetto lui promet de réparer leurs malheurs. Mais épuisé par les précédentes entreprises, il est obligé, pour celle-là, d’emprunter à un Juif la somme de dix mille ducats, aux mêmes conditions que celles qu’impose Shylock à Antonio. Gianetto arrive, et, averti par une suivante de ne pas boire le vin qu’on lui présentera avant de se mettre au lit, il surprend à son tour la dame qui, fort troublée d’abord de le trouver éveillé , se résigne cependant à son sort, et s’estime heureuse de le nommer le lendemain son époux. Gianetto, enivré de son bonheur, oublie le pauvre Ansaldo jusqu’au jour fatal de l’échéance du billet. Un hasard le lui rappelle alors -, il part en diligence pour Venise, et le reste de l’histoire se passe comme l’a représentée Shakspeare.
On conçoit aisément la raison et la nécessité des
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divers changements qu’il a fait subir à cette aventure ; elle n’était cependant pas tellement impossible à représenter de son temps sur le théâtre qu’on ne puisse croire qu’il a été induit à ces changements par le besoin de donner plus de moralité à ses personnages et plus d’intérêt à son action. Aussi la situation du généreux Antonio , la peinture de son caractère si dévoué, courageux et mélancolique à la fois, ne sontelles pas l’unique source du charme qui règne si puissamment dans tout l'ouvrage. Les lacunes que laisse cette situation sont du moins si heureusement remplies qu’on ne s’aperçoit d’aucun vide, tant l’âme est doucement occupée des sentiments qui en naissent naturellement. Il semble que Shakspeare ait voulu peindre ici sous leurs différents points de vue les premiers beaux jours d’un heureux mariage. Le discours de Portia à Bassanio, au moment où le sort vient de décider en sa faveur, et où elle se regarde déjà comme son heureuse épouse, est rempli d’un abandon si pur, d'une soumission conjugale si touchante et si noble à la fois, que son caractère en acquiert un charme inexprimable, et que Bassanio, prenant dès cet instant la situation supérieure qui lui convient, n’a plus à craindre d’être rabaissé par l’esprit et le courage de sa femme, quelque décidé que soit le parti qu’elle va prendre l’instant d’après; on sait maintenant que, le moment de la nécessité passé, tout rentrera dans
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l’ordre, et que les grandes qualités qu’elle saura soumettre à son devoir de femme ne feront qu’ajouter au bonheur de son mari.
Dans une classe subordonnée, Lorenzo et Jessica nous donnent le spectacle de ce tendre badinage de deux jeunes époux si remplis de leur bonheur qu’ils le répandent sur les choses les plus étrangères à euxmêmes, et jouissent des pensées et des actions les plus indifférentes, comme d’autant de portions d’une existence que le bonheur envahit tout entière. Cet entretien de Lorenzo et de Jessica, ce jardin, ce clair de lune, cette musique qui prépare le retour de Portia, de Bassanio, et l’arrivée d’Antonio, disposent l’âme à toutes les douces impressions que fera naître l’image d’une félicité complète, dans la réunion de Portia et de Bassanio au milieu de tous les amis qui vont jouir de leurs soins et de leurs bienfaits. Shakspeare est presque le seul poète dramatique qui n’ait pas craint de s’arrêter sur le tableau du bonheur ; il sentait qu’il avait de quoi le remplir.
L’invention des trois coffres, dont l’original se trouve aussi en plusieurs endroits, se trouve, à peu près telle que l’a employée Shakspeare, dans une autre aventure des Gesta Romanorum, si ce n’est que la personne soumise à l’épreuve est la fille d’un roi de la Pouille qui, par la sagesse de son choix, est jugée digne d’épouser le fils de l’empereur de Rome. On voit par-là que ces Gesta
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Homanorum ne remontent pas précisément aux temps antiques.
Le caractère du juif Shylock est justement célèbre en Angleterre.
Cette pièce a été représentée avant 1598. C’est ce qu’on sait de plus certain sur sa date. Plusieurs pièces sur le même sujet avaient déjà été mises au théâtre ; il avait été aussi le fond de plusieurs ballades.
En 1701, M. Granville , depuis lord Lansdowne, remit au théâtre le Marchand de Venise, avec des changements considérables, sous le titre du Juif de Venise. On l’a joué longtemps sous cette nouvelle forme.