Cymbeline, act. ii, sc
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DRAMES ROJfANESQUES. ’ 403
courir, ne pourrai-je, moi, y voler en un jour? » Ei comme son fidèle serviteur l’engage à réfléchir : « Pisanio, lui répond-elle, je ne regarde ni à droite ni à gauche. Je vais uniquement devant moi. Tout le reste pour moi est couvert d’un épais brouillard ’ .» C’est ici la passion qui parié, comme lorsque Juliette attend, avec une impatience fébrile, le retour de son mari, ‘mais la passion permise, légitime, celle qui, après s’être imposé le sacrifice d’une séparation, croit avoir le droit d’en être payée. Imogène a été sî malheureuse, si persécutée loin de Posthumus, qu’elle court chercher un refuge dans les bras de son défenseur naturel.
Néanmoins son épreuve^ n’est point encore achevée. Le bonheur dans l’amour ne s’obtient pas si facilement. Elle touche même, sans s’en douter, à la crise la plus cruelle de sa destinée. Le poète exagère à dessein ses espérances et ses désirs pour rendre sa déception plus douloureuse. Elle se berce de rêves charmants, lorsque tout à coup la réalité lui apparaît sous une forme terrible. C’est là un de ces contrastes éminemment dramatiques qui ébranlent une âme, et qui, par l’effet qu’ils ])roduisent sur elle, doivent à coup sûr émouvoir les spectateurs. Au lieu de trouver son mari à Milford, Imogène y trouve une lettre par laquelle Posthumus ordonne à Pisanio de la tuer, parce qu’elle a violé la foi conjugale. La secousse est si forte qu’elle reste d’abord anéantie. Puis elle revient à elle peu à peu, et elle songe avec horreur qu’on l'accuse d’infidélité. « Moi , adultère ! Qu’est-ce qu’être adultère? Est-ce se coucher pour veiller et penser à lui? Pleurer des heures entières ? Et si
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la nature succombe au sommeil, l’interrompre par un ri\e effrayant dont il est l’objet et pousser un cri en se réveillant? Est-ce là être adultère? Est-ce là?.... Moi, adultère ! J’en appelle à ta conscience, Jachimo, tu l’as accusé d’infidélité ; alors je t’ai regardé comme un scélérat ' » Voilà le cri de l’innocence indignée.
Mais il n’entre dans cette expression d’une douleur profonde aucun désir d'attendrir celui qui est chargé de la tuer. L’héroïne de Boccace demande la vie au serviteur de son mari. Imogène, au contraire, demande la mort comme une grâce. Ce trait seul marque la différence des deux caractères et la supériorité de l’amour, tel que le comprennent les poètes du Nord, sur les sentiments qu’expriment les écrivains du Midi. Pourquoi la femme de Posthumus vivrait-elle après son malheur ? La viç ne se compose pas pour elle de l’existence physique. La vie, c’est la tendresse partagée, c’est l’union de deux cœurs qui se sont donnés l’un à l’autre, c’est la confiance dans le présent et l’espérance dans l’avenir. Maintenant qu’elle a perdu le seul motif qu’elle avait de vivre, l’amour et l’estime de son mari, elle souhaite la mort.
mOGÈNE.
Allons, Pisanio, fais ton devoir ; exécute l’ordre de ton maître. Quand tu le verras, atteste-lui un peu mon obéissance. Regarde, je tire moi-môme ton épée. [Elle tire du fourreau l’épée de Pisanio.) Prends-la, et frappe cet innocent abri de mon amour, mon cœur. Ne crains rien; il est vide; il n’y reste que la douleur. Ton maître n’y est plus, lui qui, en vérité, en était toute la richesse. Exécute son ordre. Frappe! Tu pourrais être vaillant dans une meilleure cause, mais maintenant tu as l’air d’avoir peur. ^