Cijmbeline, act, iii, K
■ âHAKSPEABS.
de son injustice. D faut pour cela, qu’elle atteigne le hârre de Milford où elle doit s’embarquer. Mais en route, accablée de fatigue, mourant de faim , elle entre dans une cavame où elle rencontre trois inconnus. Ce sont ses deux frères etun vieux'seigneur qailes a enlevés autrefois à Cyntbeline pour se venger de lui. Elle ignore leur existence; eux ^ mêmes ne connaissent pas leur sœur. Cependant un penchant mutuel les rapproche, et, dès qu’ils se sont vus, ils s’aiment.
L’histoire de Guidérius et d’Arviragus, qui complique la marche générale de la pièce et qui paraît en déranger l’unité, se rattache par un lien plus sensible au développement du caractère d’Imogène qu’au reste de l’œuvre. Si l’on admet, comme je le crois, qu’ïmogène soit le centre de l’action, on établit sans peine tm rapport entre sa destinée et celle de ses frères/ C*est sous son patronage en quelque sorte et grâce à rmtérôt qu’elle nous inspire, que les deux jeunes gens nous intéressent à leur tour dès qu’ils entrent en scène. Si leurs aventui^ne se confondaient pas avec celles de leur sœur, le poète aurait beau nous les présenter sons des traits aimables, il aurait beau, même au demi^ moment, leur donner le rôle de libérateurs de la Graude-Bretagne, nous regarderions les scènes où ils paraissent comme de purs horsd’œuvre. C’est à elle que nous songeons en les voyant, et nous ne nous occupons d’eux que lorsqu’ils lui parlent ou lorsqu’ils parlent d’elle. D’ailleurs, leur admiration naïve concourt an dessein général de Shakspeare, en nous faisant mieux connaître la bonté et le charme de la jeune femme. La première fois qu’ils l’aperçoivent sous son costume d’homme, ils s’arrêtent comme si une vision céleste leur apparaissait. « Si je ne le, voyais man-
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ger nos provisions, dit Bélarius le vient seigneur, je le prendrais pour un sylphe,,. Par Jupiter, c’est un ange ou une merveille terrestre. Voyez cette divinité qui s’avance sous les traits d’un adolescent ! » Quand ils l’ont quittée, ils s’entretiennent de l’impression qu’elle a produite sur eux, et sa douce image se présente encore à leur esprit. « Comme il chante f quelle voix céleste ! dit Arviragus. — Avec quelle délicatesse il apprêtait nos mets ! répond Guidérius. Il découpait nos racines et en formait des chiffres élégants. Nos breuvages, préparés par ses mains, eussent rendu la santé à Junon 'malade. » De son côté, Imogène éprouve pour eux une sympathie involontaire. Au sortir de la cour où elle souffrait, et où on lui faisait un crime de ses souffrances , elle rencontre enfin des hommes humains et sensibles. « Ce sont de bienveillantes créatures , dit-elle. Dieu ! que de mensonges'j’ai entendus! Nos courtisans disent que hors de la cour tout est sauvage ; comme l’expérience me prouve le contraire * ! »
Le poète oppose ici, comme il l’a fait ailleurs, surtout" dans Comme il vous plaira, la simplicité de la vie pastorale aux \dces des cours. Il met du côté de l’homme élevé simplement les vertus mâles et les sentiments généreux. Au sein des bois, dans les montagnes sauvages où l’enfant de la nature dispute sa vie aux éléments et aux bêtes féroces, il n’avilit pas dans sa personne la dignité humaine; comme le courtisan , il ne vend pas sa liberté ix»ur acquérir des richesses , car n’ayant pas de besoins, il méprise l’or; il ne dépouille pas le faible, il