Midsummernighf's dream, acl.i, 8C
plétcr les plaisirs d’un jour de fête par un divertissement •délicat. Shakspeare lui offre ce qui convenait le mieux, à ses goûts, une rêverie spirituelle et poétique qu’il rapproche avec art des croyances populaires de l’Angleterre. Entre toutes les légendes meneilleuses qu’il peut découper en drames, il choisit à la fois les plus agréables et les plus nationales. H écarte l’appareil scientifique et pédantesque dont Spenser a entouré la féerie, et au lieu de combiner comme lui, dans un mélange savant mais un peu froid, les éléments de la poésie indigène avec ceux que lui fournissent la poésie italienne et l’érudition classique de la renaissance , il crée des êtres moins abstraits, plus familiers aux imaginations anglaises et par suite plus intéressants que les conceptions de son illustre prédécesseur. Il faut un effort d’esprit pour suivre le fil souvent obscur des abstractions de Spenser. Shakspeare , au contraire , ne présente que des images brillantes, des personnages simples et des scènes dont la fantaisie ne diminue pas la clarté. Aussi tous ceux qui lisent, dans la Grande-Bretagne, connaissentils le Songe (fune nuit d'été, tandis que le nombre des lecteurs de la Reine des fées décroît sans cesse.
Obéron et Titania, créations légères d’une imagination poétique, échappent à toute analyse et à toute définition précise ; dès qu’on essaye de tracer leurs portraits, on les défigure. Le naturaliste ne peut toucher le papillon qu’il saisit au vol, sans faire tomber la poussière dorée de ses ailes. Le critique aussi détruit le charme de ces figures idéales, lorsqu’il les soumet à l’observation minutieuse qui commente et explique tout. Laissons-les donc dans l’atmosphère impalpable où le poète les place. Fugitifs comme nos songes dont ils sont les génies, ils reflètent les
DBAMES FAÎTTASTIQÜES.
pensées mobiles -qni se succèdent dans noü'e cerveau pendant le sommeil. Il&ne se gouvernent pas plus eux-mémes que nous ne gouvernons les caprices du rêve. Aussi ne^ peuvent-ils atteindre ni la plénitude de la vie réelle ni l’élévation de la vie morale. Leurs actions ne s’expliquent ni par le raisonnement ni par le sentiment du bien et do mal. Ils se querellent sans motifs sérieux, pour un enfant que Titania ne veut pas céder à son époux, et ils se réconcilient aussi rapidement qu’ils se sont brouillés. Ils ne suivent d’autre loi que leur fantaisie, et cette fantaisie, qui ne cherche guère que des sensations, les promène à travers les mille merveilles de la nature et du monde extérieur. Leur domaine s’étend aussi loin que celui de la matière. Mars ils vivent surtout, comme des êtres délicats et voluptueux, au milieu dés plantes ou des fleurs parfumées. Leur vie se compose de jouissairces que leur donnent des sens plus subtils et infiniment moins grossiers que ceux des mortels. « Viensavec moi, dit Titania à son amant, je te donnerai des génies et des fées pour te sei’vir. Ils iront te chercher des Joyaux au fond de la mer. Endormi sur un lit de fleurs, leurs chants berceront ton sommeil. — Nourrissezle d’abricots et de groseilles, de grappes vermeilles, de figues vertes et de mûres, dit-elle à ses serviteurs. Dérobez aux abeilles leurs rayons de miel, et recueillez leurs cuisses enduites de cire '. » Avec ces festins d’oi-' seau-mouche, la danse et le chant sont ses meilleurs -• plaisirs.
De ces génies ailés et cosmopolites qui n’habHent aucun lieu déteroüné, qui vont de l’Inde à Athènes aussi • >