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JEUNESSE BB SHAJ^SPEAnE.
cène, il eut des épreuves personnelles à traverser et peut-être fut-ce le contre-coup de ses malheurs que ressentit Shakspeare, lorsqu’au commencement du dixseptième siècle, celui-ci composa Hamlet et laissa voir, par le choix de ses sujets dramatiques, une disposition à la mélancolie. Lord Southampton commit l’imprudence de désobéir à la reine sur une question que les.hommes ne soumettent pas en général au contrôle des puissances politiques, mais que le. despotisme féminin d’Elisabeth faisait entrer dans les attributions de la royauté. 11 aima, sans la permission de sa souveraine, miss Vernon, cousine du comte d’Essex. On lui défendit de l’épouser, il s’obstina, et, après .quelques aventures qui nous font connaître la violence de son caractère, après avoir pris à l’abordage un vaisseau espagnol , dans üexpétlition qu’Essex dirigea contre la flotte de Philippe II, après s’être battu en duel avec le comte de Northumberland et avoir frappé, dans l’antichambre môme de la reine, un de ses chambellans, il se maria, malgré la défense formelle qui lui en avait été faite. Élisabeth répondit à cette bravade en l’envoyant à la tour de Lcaidj*es, où il passa sa lune de miel. Il n’en sortit que pour conspirer avec Essex, il fut pris, condamné à mort, comme son chef, et, obtint pai’ grâce que sa peme fût commuée en une détention perpétuelle dont le délivra l’avénement de Jacques l".
Ces cinq années de vicissitudes et de malheurs qui commencent en 1398, date du mariage de lord Southampton, correspondent précisément à l’époque où l’ironie de Shakspeare devient plus amère et accuse, avec un accent plus douloureux, la méchanceté humaine. Sous le nouveau roi, le fougueux gentilhomme recouvre ses
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places, ses honneurs et un plus grand crédit que jamais. Cet heureux changement survenu dans la position de lord Southampton ne fut sans doute pas une des moindres causes du bonheur et de la tranquillité d’esprit que retrouva Shakspeare dans les dernières années de sa vie.
Il y eut toujours néanmoins entre les deux amis la différence des rangs, qu’il ne dépendait d’aucune bienveillance de combler, et que faisait ressortir davantage encore la constitution aristocratique de l’Angleterre. Le comédien Shakspeare ne pouvait, malgré son génie, s’estimer l’égal d’un des plus grands seigneurs du royaume. 11 semble qu’il en ait souffert, au moins au ^ début de leurs relations, et, q>armi les sentiments ^u’il épanche dans ses sonnets, on voit poindre un regret douloureux de la destinée humiliante à laquelle il est condamné. C’est alors qu’il s’écrie : « Disgracié par la fortune et les regards des hommes, je pleure tout seul sur ma condition proscrite, je trouble le ciel sourd de mes cris stériles, je jette les yeux sur moi et maudis mon sort'. » Ailleurs, il ajoute, sous l’influence' de la même ti'istesse : « Ne pleurez pas sur moi, quand je serai mort, plus-de temps qu’il n’en faut au glas sinistre de la cloche pour annoncer au monde que je me suis enfui de ce vil monde, pour demeurer avec les vers les plus vils... Que votre amour pour moi finisse avec ma vie même, de pei» qne le monde sage ne regarde vos gémissements et ne se moque de vous, à cause de moi, quand je n’y serai plus ’. »
Le grand poète sent peser sur sa tête le préjugé qui re-