‹ ShakspeareChapitre 39 sur 128 · Richard lie third, act. iv, w. Z · texte numérisé non relu

Richard lie third, act. iv, w. Z

DRAMES HISTOItTQÜES. 45f

qui est le plus habitué aux exécutions sanglantes, soit tout à fait endurci et qu’il n’y reste pas quelques vestiges d’humanité. L’enfance exerce une sorte de séduction sur les natures les plus farouches. C’est là ce qui sauve le jeune duc de Bretagne. Hubert, qui le garde, se croyait, avant de le connaître, étranger à la pitié; il avait reçu, à mots couverts, l’ordre de se débarrasser de lui, et il se préparait, sans remoi^ls, à exécuter cette cruelle commission. Mais à peine a-t-il passé quelques jours auprès de l’enfant qu’il est déjà touché et que sa résolution faiblit. Le crime qui lui paraissait facile, de loin, et auquel le poussait son ambition , lui paraît horrible, de près. Cependant la volonté du roi est formelle et s’exprime de nouveau plus clairement que la première fois. Il y va, pour le geôlier, de sa fortune et même de sa vie, s’il n’obéit pas. L’assassinat le conduit aux honneurs et à la richesse, la compassion le perd. Aussi, quand il est mis en demeure d’agir, entre-t-il sur-le-champ dans le cachot, et veut-il sur-le-champ exécuter sa commission, pour ne pas se laisser le temps de la réflexion; H sait que, s’il attend, il faiblira. En effet, dès qu’il voit sa victime, il est déjà ébranlé, n Si je lui parle, se dit-il à lui-même, son innocent babil réveillera ma sensibilité endormie maintenant. Il faut me hâter et terminer promptement ma besogne » Il n’ose ni avouer ce qu’il médite ni le faire sans le dire, et il tend à son prisonnier l’ordre qu’il a reçu de lui crever les yeux. Pendant qu’il éprouve ainsi une première hésitation, le langage que le poète place dans la bouche d’Arthur est -bien fait pour remuer le cœur le plus féroce. Chaque parole pénètre

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