‹ ShakspeareChapitre 53 sur 128 · King Richard tkethèrd, t · texte numérisé non relu

King Richard tkethèrd, t

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DRAMES HISTOMQOES.

lequel mon eœur ait pilns de ranctme qne n’en aarait l’enfant qni vient de naître. » Qui ne le croirait alors? Déjà on lui a entendu dire d’nn ton pénétré : « Quand on m’excite contre mes ennemis, je me prends à soupirer et je réponds que Die» nous ordonne de rendre le bien pour le mal. »

La crédulité de Hastings est un antre exemple de la confiance absolue qu’inspire le duc de Gloster à ceux qu’il veut tromper. Le duc arrive au conseil, le visage riant, l’air ouvert et gracieux; intérieurement il a déjà condamné Hastings à mort. Celui-ci, bien loin de prévoir son sort, fait l’éloge de la bonne humeur du iwrotecteur. « Il faut, dit-il, que Son Altesse soit occupée de quelque pensée qui lui plaise, pour nous avoir souhaité le bonjour avec tant de cordialité. A mon avis , il n’y a personne dans toute la chrétienté qui soit moins ea^ paWe que lui de déguiser son affection ou sa haine. On peut sur-le-champ lire sur son visage ce qu’il a dans le cœur, n n’a de mauvais vouloir contre personne dans cette assemblée, car si cela était, il l’aurait laissé voir dans ses traits *. » A peine a-t-il fini de parler, que Gloster entre et demande sa tête. C’est là un de ces contrastes qu’aime le poète et qui font ressortir un caractère par le brusque rapprochement de l’apparence et de la réalité.

La politique artificieuse de Gloster ne s'exerce pas seulement dans le cercle de sa famille et de ses relationsprivées. Pour obtenir la couronne, du vivant des fils d’Édouard, il a besoin de tromper la nation, et devant les délégués de la Cité de Londres il joue, en comédien consommé, une scène d’hypocrisie dans laquelle il a

i. King Richard the tkird, act. m, sn. 4.

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pour eompliccfle duc de Buckingham. Celui-ci amène au palais les bourge'ois qu’il a déjà harangués, auxquels il a parlé de la naissance illégitime des jeunes princes et vanté rex])énence, les services et les vertus de Gloster; il n’a pu encore obtenir d’eux qu’ils le choisissent pour roi , mais il les a disposés à le vouloir et il ne faut plus qu’un léger effort pour les décider. L’important, c’est «ju’ils ne soupçonnent pas l'ambition de Richard et qu’ils le croient désintéressé dans ses vues. Ils auraient peur d’un ambitieux, ils iront au-devant d’un homme modeste (jui conunencera par refuser leurs propositions. Il faut donc que Gloster se fasse prier et qu’il repousse, pendant (juelque temps, ce qu’il désire le plus au monde, le trône d’Angleterre. 11 est prêt à prendre le langage et l’attitude qui conviennent le mieux à la situation, et les rôles sont disU’ibués entre lui çt Buckingham. Celui-ci, au nom du peuple, presse son complice d’accepter la couronne; Gloster s’en défend, au nom de son repos et de ses habitudes religieuses. 11 a eu soin de se présenter aux bourgeois entre deux évê(jpes avec lesquels il paraissait s’entretenir, il s’est laissé surprendn^, un livre de prières à la main, et il baisse les yeux avec une sainte humilité quand on lui demande de consentir à régner. 11 n’est occupé que du service de Dieu, il ne se sent pas la force nécessaire pour gouverner, il avoue son incapacité et sa faiblesse; d’ailleurs, il y a un souverain légitime. 11 n'est donc point nécessaire d’en chercher un autre. Richard ne se défend que pour mieux se faire l>rier et Buckingham fait semblant d’avoir besoin de toute son éloquence pour le convaincre. « Hélas l s’écrie Gloster by|K,critement, pourquoi voulez-vous m’imposer le fardeau (le tant de soucis? Je ne suis pas fait pour le trône

drames, historkhjes. 199^

✓ • et la grandeur. Je vous en conjure, ne vous offensez pas

de mon refus ; je ne puis ni ne veux aecéder à votre demande. » Il finit cependant par céder, comme s’il était vaincu paries sollicitations pressantes de ses concitoyens, et il leur dit, en poussant un profond soupir: « Mmi cousin Buckingham, et vous, hommes prudents et graves, puisque vous voulez ubsolu ment m’imposer le fardeau (les grandeurs, il faut bien que je me résigne à le p()rter ; mais si la noire calomnie, le reproche odieux sont la conséquence de la violence que vous me faites, cette violence même sera ma justification et me lavera de toute tache et de tout blâme qui pourraient en résulter pour moi. Car Dieu sait, et vous pouvez voir vous -mêmes combien tout ceci était loin de mes désirs ^ »

. Gloster trompe ainsi tous ceux qu’il a besoin de séduire , femmes , frères , parents , grands seigneurs et bourgeois. Le public seul n’est pas trompé, parce qu’il connaît d’ avance les intentions secrètes du protecteur. On peut même dire qu’il les connaît trop bien. Sliakspeare nous révèle trop souvent la pensée de ce personnage, sous forme de monologue. IHui fait tracer en quelque sorte le programme de chaque période de sa vie avant de nous exposer ses actions, et il nous apprend ainsi d’un seul coup et brusquement ce qu’il nous serait plus agréable de découvrir peu à peu, en suivant le marche progressive du drame. Le monologue excellent pour peindre les luisitations de l’âme, la lutte des sentiments contradictoires, perd une partie de son mérite quand il n’est plus qu’une confidence brutale faite par le héros aux spectateurs, l’annonce des scènes qui vont se succéder, etl’ex-

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