Kwÿ Richard the second, act. v, sc
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fonroit. Peut-être ncwicrissait-il déjà auparavant des projets ambitieux, peutr-étre sa popularité croissante avaitelle été la cause de sa disgrâce. Le roi avait remarqué, non sans jalousie, qu’il était poli et insinuant avec le peuple, qu’il saluait les moindres artisans et qu’d ne passait pas devant une marchande d’ huîtres sans s'incliner. Quoi qu’il en soit, il saisit avec empressenn;nt l’occasioB qui se présente à lui de revendiquer ses droits; prétextait le désir de se faire rendre justice, et appelé par les mécontents , il débarque sur fes côtes de la Grande-Bretagne , où il est reçu par une grande partie de la noblesse et surtout par la puissante famille des Perey, dont le chef est le comte de Nortliumberland.
Il sait qu’il ne peut pas compter sur la bienveillance de Richard II, etc’est à main armée qu’il réclame rbéritagc de son père.
Quoique proscrit et dépouillé de ses biens, il reçoit les hommages des grands seigneurs anglais avec la dignité et la confiance d’un souverain fiiUr. « Soyez les bienvenus, milords, leur diMl ; je n’ai ù vous offrir que $
de stériles remerciments. Mais le moment viendra où, devenu plus riche, je pourrai dignement récompenser votre zèle et vos efforts. » Aussitôt il entre eu campagne et il marche contre le roi, auquel il ne veut pas laisser le temps de rassembler ses forces. Il ne rencontre aucune résistance sérieuse ; il commence par demander à être remis en possession de ses domaines; puis, tout en protestant de son dévouement, il s’empare de la personne royale, et il obtient, sans paraître exercer de violence, que le faible monarque abdique en sa faveur. C’est une usurpation sans doute; mais, telle quela présente Shakspeare, c’est une usurpation atténuée par les circons-
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tances, provoquée par une injustice *et rendue presque nécessaire par l’incapacité de Richard II.
Bolingbroke met très-habilement de son côté l’apparence du droit; il se présente au nom du principe sacré de l’hérédité, il ne réclame que ce qui lui est dû, et, s’il obtient davantage, il veut le recevoir publiquement, c(»mme un don qui lui est fait et non comme une con- (Tssion qu’il arradie par la force. Au milieu de l’assemblée des seigneurs, on vient lui annoncer que Richard, de sa pleine volonté, l’adopte pour héritier et remet le .sceptre entre ses mains. Puis, comme quelques doutes .s’élèvent sur la sincérité de cette abdication : « Faites venir Richard, s’écric-t-il, afin qu’il abdique aux yeux de tous; de cette manière, aucun soupçon ne pourra s’attacher à nos actes. » Le nouveau roi tient à légitimer .son pouvoir aux yeux du peuple. Arrivé au trône par des moyens qui ne sont pas toujours honnêtes, il dissimule soigneusement Ja part qu’il a prise à sa propre élévation, pour nelaisser voir que la nécessité qui l’oblige à régner et la violence qui lui est faite en'quelque sorte par les événements. 11 ne hii suffit pas d’exercer l’autorité, il faut encore que cette autorité paraisse juste et qu’elle .soit sanctionnée par l’opinion. La meilleure manière, du reste, de faire oublier jusqu’à l’apparence de l’usurpation, c’est de remplir si bien les fonctions de roi, que nul ne soit tenté de regretter le prince légitime.
Bolingbroke, à cet égard, joue admirablennînt son rôle. Des qu’il a mis le pied sur le sol de l’Angleterre, il agit en roi, et il déploie toutes les qualités qui manquent à Richard II. Aussi résolu que son prédéces.seur est timide, il ne perd pas un jour pour entrer en campagne; il décide tout de suite en sa faveur la question de
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la supériorité des foi'ces; il réforme les'abus et il poursuit sans pillé tous ceux qui ont profité de la faiblesse du monarque régnant pour piller l’État. Il condamne à mort Bushy et Green, les favoris de Richard , dont le peuple demande depuis longtemps la tête; il ne le fait pas néanmoins avec passion, il conserve vis-à-vis d’eux les formes de la justice et 11 expose publiquement les raisons qui lui font un devoir de les frapper. 11 ne se venge pas ; il punit et il prend le peuple à témoin de la nécessité de cette punition.
La fermeté est un des traits les plus marqués 'du caractère de Henri IV. Il n’hésite pas à faire ce qu’il croit utile et il atteint ainsi à coup sûr le but qu’il s’est proposé. Mais, quoique ferme ou plutôt parce qu’il est ferme, il n’est pas cruel. Son énergie le préserve de ces cruautés que commettent souvent, par peur, les princes faibles, fl sait au contraire pardonner à propos, témoigner de l’indulgence aux coupables qui peuvent se repentir et respecter l’indépendance d’un adversaire qu’il sait honnête. Il fait grâce delà vie à son cousin Aumale, quia voulu le tuer, et il ne punit pas l’évêque de Carlisle d’avoir défendu, dans le conseil des lords, l'inviolabilité de Richard II. « Carlisle, voici ton arrêt, lui dit-il; Choisis quelque pieuse retraite, en outre de ceHe que tu possèdes, et vas-y passer le reste de tes jours. Pourvu- <jue tu vives en paix, tu mourras sans être inquiété ; car,' bien que tu te sois montré mon ennemi, j’ai vu briller en toi de glorieuses étincelles d’honneur*. »
A tout prendre, Henri IV, si on lui pardonne la manière dont il s’est emparé du pouvoir, est un excellent roi, fort habile politique, qui gouverne très -bien son
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royaume, et qui rend à la couronne d'Angleterre le prestige que lui avait fait perdre Richard IL M. Gei’vinus, qui cherche au fond des conceptions de Shakspeare une intention philosophique, croit que le poète a voulu prouver par le développement de ce caractère une thèse (ju’il avait déjà soutenue dans Henri VI, à savoir, la lutte du mérite et du droit. Richard a pour lui le droit, le principe d’hérédité et la possession ; Henri IV, le mérite. Shakspeare, qui est très-occupé, dit le critique allemand , à cette époque de sa vie , du contraste qu’offrent dans le monde la réalité et l’apparence, après avoir étudié cette idée sur la scène comique, la poursuit à travers l’histoire et en retrouve ici une application frappante. En juge impartial , il plaide alternativement la cause des deux adversaires, il défend d’une part l’inviolabilité des droits anciens et de l’autre le privilège du génie. Mais entre ces deux principes hostiles son choix n’est pas douteux. Malgré le plaidoyer qu’il place dans la bouche de l’évéque de Carlisle , il ne croit pas à l’inviolabilité, si elle n’est soutenue par le talent et par la vertu. Il n’y a de personne inviolable que celle qui accomplit ses devoirs , et le roi qui les oublie perd par sa négligence le caractère sacré que lui confère son rang. Telle est, suivant M. Gervinus, la doctrine révolutionnaire du poète. Aussi prend-il parti pour Henri IV qui, sans pouvoir prétendre au trône, mérite de s’y asseoir, contre Richard II qui , l’ayant reçu de ses ancêtres, ne mérite pas de le conserver. Si l’héritier de la royauté n’a aucune des qualités qu’elle exige, il déchoit de son rang par ce seul fait , et le citoyen qui les possède toutes en devient digne
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Cette situation aboutit en général à une révolution par laquelle le peuple, éclairé sur ses vrais intérêts et usant de son droit d’être bien gouverné, choisit celui qu’il croit le plus capable de régner. C’est ainsi que Bolingbroke est élu par la voix populaire. L’attitude des habitants de Londres, quand le roi déchu et le roi nouveau entrent dans la ville, témoigne assez de leur mépris pour le premier et de la confiance que leur inspire le second. C’est ce passage fameux qui renferme, au dii'e de M. Gervinus, la pensée de Shakspeare.
IX DUC b’york.
Le due, le grand BoÜngbroke, monté sur un ardeat et fougueux coursier, qui semblait connaître les pensées ambitieuses de son cavalier, s’avançait d’un pas lent, mais majestueux, pendant que toutes les langues criaient : « Dieu te protège, Bolingbroke l » Vous auriez cru que les fenêtres elles-mêmes parlaient, tant était grande la foule avide des visages jeunes et vieux qui, à travers les cbftssts, dardaient leurs regards carieux sur sa personne. On eût dit que toutes les murailles, chargées de persounages comme une tapisserie, criaient en même temps : « Que Jésus veille sur toit Sois le bienvenu, Bolingbrokel » Tandis que lui se tournait à droite et à gauche, la tête nue, s’inclinant plus bas que le cou de son orguelUeux coursier, et répondait : « Je vous remercie, axes coBcitoyens. • Et c’est ainsi qu’il coatiauait sa route.
LA DDcsEssavs’voas.
Bêlas! le raaUieureux Richard, comment mu‘chait-il pendant ce temps?
LE DUC d’tobk.
' De même qu’au théâtre les yeux des hommes, lorsqu’un acteur aimé du public quitte la scëoe, ne se portent qu'avec distraction sur cehii qui lui succède, et qu’on trouve son babil ennuyeux, de même, et avec plus de mépris encore, les yeux du peuple se chargeaient de dédain à la vue de Richard. Per-
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sonne ne lui criait : « Dieu a’ous proti'ge ! » Aucune bouche ~ Joyeuse ne lui souhaitait la bienvenue dans son royaume ; niais on jètait de la poussière sur sa tête sacrée; et il la secouait avec une douleur si gracieuse, on voyait si bien sur son visage lutter les pleurs et le sourire, qui témoignaient de sa triétessc et de sa patience, que si Dieu n’avait pas^ pour quelque grand projet, ejidurci le cœur des hommes, ils se seraient par force attendris, et la barbarie elle-même aurait eu pitié de lui*.
Le poète est plus sensible que le peuple anglais ; il a pitié de Richard II, mais, comme le peuple, il lui préfère Boliiigbroke.
Je ne nie pas que la théorie libérale que M. Gervinus attribue à Shakspeare et qui l’entraîne à des considérations politiques sur la révolution de 1848, ne résulte de ta pièce de Richard II. Mais elle est bien plus présente A la pensée du critique qu’eHe ne l'a jamais été à celle du poète. Le critique poursuit, en effet, des idées générales, tandis que le poète peint des sentiments. Shakspeare ne se propose pas d’avance de démontrer la supériorité du ramte sur le droit par une argumentation en règle ;* seulement il touche par le cété historique et tragique à cette grande question, il jette çà et là quelques aperçus lumineux qui l'éclairent, et, si IJon veut rester dans la vérité, il faut dire non pas qu’il a écrit sa pièce pour soutenu* une thèse , mais que sa pièce peut être invoquée à l’appui de cette thèse. Le génie poétique ne s’astreint pas à la , marche rigoureuse dur'aisonnement. Il y a cent passages, dans Richard II , qui n’ont aucun rapport avec l’idée qu’y découvre le savant critiqué.
Shakspeare ne s’explique fnê'rae pas sur certains faits de la vie de Bolingbroke, et, bien loin d’avoir conçu ce