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CARACTiftES HISTORIQUES. 299
caractère en vuq d’une théorie , il le développe d’après les données que lui fournit l’histoire.. 11 accepte certains événements dont il n’a pas trouvé la clef, il les -expose avec fidélité, sans chercher à les rattacher, je ne dirai pas à un principe fondamental , mais même à un type qu’il aurait choisi. Il ne nous dit pas, par exemple, il ne nous laisse même pas deviner pourquoi Bolingbroke, au commencementdel’action, a provoqué leduc de Norfolk et il ne nous apprend pas quel est celui des deux combattants qui lui parait avoir raison. Ce caractère politique est une énigme, répond M. Gervinus ; attendez, vous en trouverez la solution au dernier acte de Henri l V. Sans doute la fin de l’œuvre nous révèle quelques mystères curieux, mais elle ne jette aucun jour sur certains détails que le poète n’a pas inventés, qu'il n’était pas libre de choisir, et qu’il présente en historien , sans les commenter ni les approfondir. Il fait ici ce qu’il a fait souvent dans ses comédies. Quand un fait lui est donné, et qu’il ne sait ni ne devine pourquoi il s’est passé, il le prend, l’enregistre, comme un renseignement authentique, et ne s’inquiète de le mettre d’accord ni avec les caractères ni avec les situations. Il aime, en général, à découvrir la logique des événements, mais il ne s’abstient pas de les raconter quand elle lui échappe.
N’oublions pas, en lisant ses driimes historiques, qu’il suit la chronique, comme il a suivi ailleurs les nouvelles italiennes, et que son imagination, enchaînée par la réalité , ne peut combiner librement et savamment toutes les parties de l’œuvre , comme le croit la critique allemande. Il n’a pas été le maître d’expliquer toutes - les actions de Bolingbroke, car il y en a qui sont inexplicables. Ce qui est vrai et ce que M, Gervinus remaï qne
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SHAKfiPEAffE
avec raison, c’est que ce earac^re4e roi poi^ique est un des phi s intéressants et îles plus profonds qu’ait tracés Shakspeare.
fl en amis en rdief toutes les grandes qualités; mais ü n’en a pas non pins, il faut le dire, dissimulé les déliants. Ce penseur , qui <»‘oit à la supériorité du mérete sur la naissanoe et qui se plaît à montrer qu’il ^t juste qn’im prince mcapable soit remplacé par un prince habile , eonvient en même temps qu’un td résultat ne s’obtient pas sans quelque perfidie et sans violence.
L’abdication forcée et l’humiliation publique de Richard Il ne sont que le prélude d’un acte sanglant qui doit être commis an profit de Henri IV, Le nouveau roi n’est pas sûr de sa coin*onne tant que vivra rancir ; il ne veut c^endant pas le tner, mais il laisse tomberavec mtention une de ces paroles qui donnent la ment quand elles sont recueillies par un séide. « Ne trouverai-je pas un ami qui me délivrera de cette cramte vivante? » s’est-41 écrié devant Exton. Eaton comprend ce que désire son aidtre et va poignarder Riclm'd. Voilà les fruits ordinaires de l’ambition, pour lesquels le mérite même n’est pas une excuse suffisante. Chi aspire au pouvoir, on est digne d’y airiver, d, quand on s’en est emparé, on s’en sert bien, mais il a follu laisser sur sa rotde quelques victimes, et, quoi qu’on fasse, la fin ne justifie pas les moyens. L’ambitieux lui-même le sent et en souffre, s’il a l’àme généreuse, .
Aussi, Shakspeare, qui a donné, après tout, à Bolîngfcroke de grands sentiments, lui attribue-i-U des remords et une sorte de tristesse qui pèse sur toute sa vie depuis l'assassinat de Richard. 11 a souhaité le meurtre sans
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l’ordonner, et, une fois qu’il est accompli, H en a horreur. « Exton , je ne te remercie pas. Ta main fatale a commis un acte dont la honte planera sur ma tête et sur cette terre illustre. » Et comme Exton répond : f Sire, c’est d’après le désir exprimé par vous-même que j’ai agi, » il ajoute ; « Ceux qui ont besoin du poison n’aiment pas pour cela le poison, et je ne t’aime pas non plus. Vivant, je souhaitais sa mort; assassiné, je l’aime et je haisle meurtrier'.» Depuis ce temps, Henri IV exerce noblement l’activité de son esprit, il remplit, avçc une conscience sévère, ses devoirs de roi, mais il a perdu le bonheur. n a désiré le pouvoir, mais il est puni d’avoir voulu l’acquérir, même au prix du crime, par les soucis qüe lui causent les souvenirs du passé et les inquiétudes du présent. Sa physionomie naturellement grave s’assombrît chaque jour davantage, et porte l’empreinte des vives préoccupations qui l’assiègent. Il a un fils dont la vie déréglée l’inquiète ; il voit se former autour de lui une coalition des barons anglais, qui, après l’avoir porté au trône , ne sont pas contents des récompenses qu’ils ont obtenues. Il voudrait faire une croisade, afin de se laver de ses fautes ; mais chaque fois qu’il, veut partir, des obstacles imprévus le retiennent et il consume son existence en luttes stériles ou en projets <jui ne se réalisent pas.
L’état moral de cette ftme troublée est peint par le poète dans un de ces monologues qui lui servent à nous faire pénétrer jusqu’au fond de la conscience humaine. Henri IV accablé de fatigue et de soucis ne peut dormir et il invoqué le sommeil : c Combien de milliers de mes