V. nos é(udi*8 sur let Contemporaim de Shakspearc
lontiers et ses grandes vues politiques, n’eût point été une véritable Anglaise, si elle n’avait daigné quelquefois dérider son visage. Elle faisait décapiter Marie Stuart et le comte d’Essex ; mais cette môme bouche qui prononçait des arrêts de mort souriait aux bons mots de Tarleton, son fou, le comique le plus amusant et le plus gai de l’époque.
Tel était le goût public au moment où se formait le théâtre. De tout ce que les auteurs dramatiques prirent aux mœurs de la société contemporaine, rien n’était plus répandu et ne leur fut plus imposé par l’opinion que les scènes bouffonnes qu’ils intercalèrent dans leurs œuvres. Il leur arriva même souvent de ne pas tirer ces plaisanteries de leur propre fonds, et de se borner à reproduire les quolibets habituels des clowns ou fous populaires, que les spectateurs avaient déjà entendus bien des fois, mais qu’ils ne se lassaient pas d’applaudir. Un passage à'Hamlet nous apprend qu’à cet égard une grande liberté était laissée aux acteurs, et que ceux-ci improvisaient quelquefois des calembours ou des aparté plaisants au milieu des scènes sérieuses.
Néanmoins, pendant que le théâtre héritait des traditions du moyen âge, des idées tout opposées pénétraient en Angleterre avec la connaissance des chefs-d’œuvre de l’antiquité. Contre les tendances générales s’élevait l’opinion de quelques esprits délicats qui venaient de lire les tragiques grecs et latins. Nous ne connaissons pas assez, en France, les efforts que firent, au seizième siècle, les lettrés pour naturaliser dans la Grande-Bretagne le goût classique. Dès le règne de Henri VIII on commence à étudier les anciens et les Italiens, avec le désir de les imiter. En 1520, la cour assista à la représentation d’une pièce
de Plaute traduite. Ën 4566, Gasooigne, kaducteur des Suppositi de l’Arioste, fait jouer, sous le üü^è deJocaste, les Phéniciennes d'Euripide. La même année se termine la traduction complète des œuvres de Sénèque le tragicpie, à laquelle avaient travaillé en commun Jasper Heyv^ ood, fils de John, Studley, Nevyle, Nuce et Newton. Cette étodedu théâtre antique, qui signale l’époque de la raaaissance sm^aise, n’eut pas uniqiiement pour but de satisfaire la ' curiosité générale qu’excitait la découverte des monuments littéraires de la Grèce et de Rome; elle était aus» destinée, dans la pensée des sa\’ants, à développiar le sens critique de la nation et à proposer aux écrivains des modèles très-différents de ceux que leur offrait le moy^ âge.'
On voit que l’art dramatique, en imgleterre, hésite, à son début, entre les influences qui le sollicitaient en > sens contraires. D’une part, la foule lui demandait de continuer, en la lajeunissant, la tradition des Moralités; de l’autre, le petit groupe des esprits cultivés voulait le renfermer dans le cadre sévère et régulier du drame ancien. Les premières tragédies pmrtent la trace de cette double tendance. Ferrex et Porrex, ou GorboduCj quoique écrit par un membre de l’aristocratie lettrée, associe à l’imitation de l’antiquité le souvenir des anciens divertissements populaires. Le ton en est constamment tragique, comme celui d’une pièce de Sénèque; mais chaque acte est précédé d’une pantomime, comme cela avait toujours lieu lorsque des acteurs ambulants donnaient une représentation en plein air pendant les fêtes publiques ' . Richard Edwards, dans son drame de Damm