Roméo et Juliette, act. iii, sc
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lève-toi, jeune homme ! Elle vit, ta Juliette, pour l’amour de laquelle tu mourais tout à l’heure ; en cela tu es heureux. Tybalt voulait te tuer et tu as tué Tybalt ;.en cela tu es encore heureux. La loi, qui te menaçait de la mort, devient ton amie et se change en exil ; en cela tu es encore heureux. Un déluge de bonheurs pleuvent sur toi ; la fortune te sourit dans son plus bel appareil ; mais toi, comme une jeune fdle mal élevée et maussade, tu rejettes ta fortune et ton amour. Prends garde , prends garde ; car ceux qui sont ainsi meurent misérables'. » La passion est .vaincue et c’est la raison qui l’emporte. Celle-ci n’a pas seulement à lutter contre la jeunesse ; elle lutte contre les sentiments extrêmes, quel que soit l’ûge de ceux qui les éprouvent , et elle ne fait pas plus grûce à la douleur désordonnée des parents de Juliette qu’aux désespoirs amoureux de Roméo. Quand le vieux Capulet croit que sa fille est morte, lui qui l’a traitée rudement et qui est cause de cette mort apparente , il pousse des cris perçants et joint ses lamentations à celles de sa femme et de la nourrice. « Silence ! dit le moine, n’avez-vous pas de honte ? Le ciel et vous , aviez une part dans cette belle jeune fille ; maintenant le ciel la possède tout entière et c’est ce qu’il y a de mieux pour elle. La part d’ elle-même qui vous appartenait, vous ne pouviez pas la préserver de la mort ; mais le ciel garde la sienne dans une vie éternelle. Ce que vous recherchiez surtout pour elle, c’était un accroissement de fortune; car votre ciel à vous , c’était son élévation. Et vous pleurez maintenant, maintenant que vous la voyez élevée au-dessus des nuages, aussi haut que le ciel lui-même Oh ! dans votre affection, comme vous aimiez mal votre 1. Roméo et Juliette, act. iii, 8C. 3.
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enfant, si vous perdez la raison parce qu’elle est heureuse ! La mieux mariée n’est pas celle qui vit le plus longtemps, mais c’est celle qui meurt jeune »
Les romantiques allemands n’approuvent pas , en général, les raisonnements de firère Laurent ; ils lui opposent l’argumentation de Roméo et ils prennent contre lui le parti de la passion. “A léurs yeux la passion est sainte ; elle excuse et justifie tout. Aussi considèrent-ils les deux amants comme les victimes d’une fatalité aveugle. C’est un point de vue très-différMit de celui de Shakspeare qui a soin de tnontrer que Roméo et Juliette sont eux-mêmes les ouvriers de leur propre destinée et que leurs infortunes ne sont que la conséquence de leur amour. Ils ont cédé à l’entraînement de la jeunesse ; ils se sont aimés , malgré tous les obstacles qui les séparaient, malgré l’inimitié de leurs familles et la volonté de leurs parents ; ils portent la peine de leur folie. Telle est la loi morale qui résulte clairement du drame. On n’a pas compris la pensée fondamentale de la pièce, quand on Ta remaniée en Angleterre et que, pour plaire au public, on a laissé vivre Roméo et Juliette. C’est à la fois détruire le pathétique et dénaturer la conception générale du poète.'
Cette tragédie eut certaineipent un grand succès, quand elle fut représentée, telle que Shakspeare l’avait composée et écrite, en <596. On sait que Burbadgejouait le rôle, de Roméo. Au dix-huitième siècle, Garrick la remit sur la scène, en y introduisant quelques changements qui indiquent le peu de respect que témoignent les acteurs ahglais pour l’œuvre du maître. Comme il était chargé du rôle de Roméo, après avoir rempli d’a-