Roméo et Juliette, act, ii, k
bord' celui de Mercutio , et qu’il voulait donner plus d’importance encore au personnage qu’il représentait, il le laissa vivre après la mort de Juliette , il exprima, avec un grand talent dramatique, les horreurs de son agonie, et il mit dans sa bouche un long discours, ainsi que l’avaient fait autrefois les nouvellistes italiens. En 1815, on donnait encore à Londres, au théâtre de Haymarket, la pièce de Garrick de préférence à celle de Shakspeare. A cette époque, c’étaient deux sœurs américaines qui faisaient Roméo et Juliette. On !
comprenait si peu l’œuvre du poète qu’on confiait à une femme le rôle de Roméo.
Du reste, celte tragédie, si admirée dans toute l’Europe, a subi plus d’une profanation. Après Garrick,
Gœthe, en voulant la remanier, l’a dénaturée. Il a transformé en bouffon avantageux le spirituel Mercutio, <
réduit à rien le rôle de la nourrice, et supposé, par une ^
singulière invention, que le comte Paris est amourê^ux de Juliette. La seule amélioration qu’il ait imaginée a été de terminer la pièce à la mort de Juliette, et de supprimer ainsi le long et inutile discours de frère Laurent. Mais les retouches, môme les meilleures, sont mauvaises. Il faut laisser aux productions des grands poètes leurs défauts et leurs beautés. Les uns ne servent pas moins que les autres i\ en marquer le caractère original. Roméo et Juliette est une œuvre de jeunesse ; si Shakspeare l’avait écrite plus tard, il en aurait sans doute élagué lui-même les çoncetti et les ornements de rhétorique, mais il y aurait peut- ^
être peint, avec moins de feu, les sentiments passionnés. \ ,
Tous ceux qui touchent à sa pièce, sous prétexte de la ,
corriger, ne peuvent en effacer une tache, sans affaiblir j
les vives couleurs de cette poésie juvénile et brûlante.