‹ ShakspeareChapitre 87 sur 128 · MACBETH · texte numérisé non relu

MACBETH

, Le sujet de Macbeth est tiré également d’une époque barbare; ce qui permet au poète d’y peindre encore des mœurs féroces et d’y faire intervenir un merveilleux que ne comporterait pas une action plus moderne. Suivant la chronique d’Holinshed, que Shakspeare a suivie fidèlement, comme il le fait d’habitude, Duncan est monté sur le trône d’ Écosse en 1032; Macbeth et lui étaient cousins germains, fils de deux sœurs. Macbeth était brave, dit la chronique, mais cruel; Duncan, au contraire, d’humeur douce et pacifique. La faiblessfrde son gouvernement fut cause qu’une insnrreclion éclata dans les îles de l’Ouest, soutenues par l’Irlande. Macbeth offrit de réduire tes révoltés et il les vainquit en effet avec l’aide de Banquo, mais il fut impitoyable dans la victoire, il fit couper les tètes des ennemis morts et, quoiqu’il vendît très-cher leur pardon à ceux qui vivaient encore, il avait donné l’ordre de tuer tous ceux qu’on rencontrerait. Le poète n’a donc pas attribué à son héros plus de cruauté que ne lui en prête l’iiistoire. Deux fois encore l’Écosse fut sauvée par Macbeth ; il délivra Duncan assiégé dans Perlh par une nombreuse armée de Norvégiens, et il mit en déroute les Danois qui venaient secourir le roi de Norvège.

La chronique rapporte aussi la prédiction des sorcières qui annoncent à Macbeth qu’il sera Thane de Cawdor et" qu’il deviendra roi. Dans l’iiistoire, comme

SUAKSPEAREr.

dans la tragédie, c’est lady Macbeth qui pousse son mari au crime. Toute la scène du meurtre est empruntée à la même légende, où elle concerne néanmoins un personnage différent. On y voit les serviteurs du roi enivrés d’abord, puis endormis à l’aide d’un narcotique, et assassinés ensuite, comme des témoins dangereux. Macbeth régna après Duncan pendant dix-sept ans ; il commença son règne par des actes de justice et de fèrmeté ; il fit des lois sages pour consolider le pouvoir royal et diminuer celui des grands seigneurs ; mais, vers la fin de son règne, son ancienne cruauté se réveilla ; il était agité de craintes continuelles, il redoutait pour lui le sort de Duncan et il faisait mettre ù mort tous ceux qu’il soupçonnait de ne pas lui être dévoués. Alors les Écossais se soulevèrent, avec Tappuî de T Angleterre, attaquèrent leur tyran, le vainquirent et le tuèrent sur le champ de bataille.

Tous ces événements, qui s’accomplissent en dix-sept années, le poète les resserre dans les bornes étroites du drame. Il nous représente les trois phases successives de la vie de Macbeth, son crime, sa prospérité et sa punition. Ce que les Grecs eussent développé dans une trilogie, dans YOrestie, par exemple, i laquelle on a plus d’une fois comparé Macbeth, Sbakspeare le renferme dans une seule pièce. La multiplicité des éTénements (jue déroule le drame ne nous étonnera pas. Nous connaissons, ê cet égard, la liberté du théûtre anglais. D’ailleurs, il ne se rencontre ici aucun élément qui soit étranger à l’action. Tous les faits concourent au dénoûment, et il faut admirer Tai-t puissant avec lequel Sbakspeare a maintenu l’unité à travers les plus nombreuses péripéties.

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