‹ ShakspeareChapitre 96 sur 128 · Measure Jor measure, act. ii,8C · texte numérisé non relu

Measure Jor measure, act. ii,8C

SHAKSPEAHE.

nous montre que le poète veut réserver à une femme, comme il l’a fait dans d’autres drames, le plus beau rôle de sa pièce. Claudio a peur de mourir, il représente à Isabelle combien la mort est affreuse, et la jeune fille, malgré sa douleur, repousse] par vertu les supplications d’un frère qu’elle voudrait délivrer au prix de sa vie.

ISABELLE

Cette nuit même, U faut que je fasse ce que j’ai horreur de dire ou autrement tu meurs demain.

CLAUDIO

Tu ne le feras pas.

ISABELLE

Oh I s’il ne fallait que ma vie, je la donnerais pour ta délivrance aussi facilement qu’une épingle.

CLAUDIO

Merci, chère Isabelle.

ISABELLE

Prépare-toi, Claudio, à mourir demain.

CLAUDIO

Gui. Angelo (le juge) a donc en lui des passions qui le poussent à faire la figue à la loi, au moment où il voudrait la faire observer par force. Sûrement ce n’est pas un péché, ou c’est le moindre des sept péchés capitaux.

ISABELLF. '

lequel est le moindre?

CLAUDIO

Si c’était une faute condamnable , lui qui est si sage , comment voudrait-il, pour la jouissance d’un moment, être damné pour toujours? O Isabelle!...

ISABELLE. '

Que dit mon frère?

CLAUDIO

La mort est une chose épouvantable.

ISABELLE

Et la vie déshonorée en est une haïssable.

CLAUDIO

Oui, mais mourir 1 Mourir et aller nous ne savons oû ! Être étendu dans une froide sépulture et y pourrir) Ce corps sensible, cbaud et animé, transformé en argile pétrie! L’âme, autrefois éthérée, condamnée à sc baigner dans des flots brûlants ou à résider dans des régions où une glace épaisse vous saisit et vous enchaîne I Être emprisonné dans les vents invisibles et emporté par leur souffle avec une violence irrésistible autour de ce monde suspendu dans l’espace, ou subir un sort pire que les plus malheureux de ceux qu’une idée extraordinaire et vague rious représente hurlant de douleur! Oh ! c’est trop horrible! L’existence terrestre la plus pénible et la plus lourde que la vieillesse, la maladie, la misère et la prison puissent faire peser sur la nature humaine, est un paradis comparé à ce que nous craignons de la mort.

ISABELLE

Hélas! hélas!

CLAUDIO

Ma bonne sœur, laisse-moi vivre. Le péché que tu commettrais pour sauver la vie d’un frère, la nature l’absout si bien qu’il devient une vertu *.

Isabelle résiste et s’emporte même avec violence contre la lâcheté de son frère. Le ton qu’elle prend en cette occasion et la rudesse ordinaire de son langage expliquent pourquoi, malgré ses grandes qualités, elle n’est pas devenue une héroïne populaire. Quoiqu’elle soit aussi vertueuse et aussi malheureuse qu’Imogène ou Desdémone, son nom n’éveille pas les mêmes idées poéti(|ucs que les leurs. Il lui manque la grâce, qui est la source de la perfection chez les femmes et sans laquelle leur vertu n’inspire qu’une admiration froide. Elle ne

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