MACBETH ET LENOX
Qu'y a-t-il?
MACDDFF.
Le chaos vient de faire son chef-d'œuvre. Le meurtre le plus sacrilège a ouvert de force le temple sacré du Seigneur et en a volé la vie qui l'animait.
Que dites-vous? la vie?
LEIVOX.
Voulez-vous parler de Sa Majesté?
MACDUFF
Entrez dans la chambre et aveuglez-vous devant une nouvelle Gorgone... Ne me dites pas de parler : voyez, et alors parlez vous-mêmes. ( sortent Macbeth et Lenox.) ÉveiUez-vous ! Éveillez-vous! Sonnez la cloche d'alarme... Au meurtre! trahison! Banquo! Donalbain! Malcolml éveillez-vous! Secouez sur le duvet ce sommeil, contrefaçon de la mort, et regardez la mort elle-même. . . Debout, debout, et voyez une image du jugement dernier... Maicolm! Banquo! levezvous comme de vos tombeaux et avancez comme des spectres pour être à l'avenant de cette horreur!...
Sonnez la cloche. (La cloche sonne.)
Entre Lady MACBETH.
LADY MACBETH
Que se passe-t-il? Pourquoi cette fanfare sinistre convoque-t-elle les dormeurs de la maison? parlez ! parlez !
31ACDUFF.
douce dame ! vous -n'êtes pas faite pour entendre ce que je puis dire... Ce récit, fait aux oreilles d*une femme, la tuerait en y tombant... (Bntre Banquo.) Banquo ! Banquo ! notre royal maître assassiné !
LADY MACBETH
Ouel mallieur ! hélas ! dans notre maison !
BAXQLO.
Malheur trop cruel n'importe où I
MACBETH
Que ne suis-je mort une heure avant cet événement ! J'aurais eu une vie bénie ! de ce moment il n'y a plus rien de sérieux dans ce monde mortel! tout n'est que hochet I la grâce et la gloire sont mortes ! le vin de la vie est tiré ; cette cave n'a plus que de la lie à offrir !
a A cheval! à cheval! » s'écrient les deux fils et Iq<
MACBETH. 2r.7
amis de Duncan. « Allons réfléchir avant d'agir, l'un en Angleterre l'autre en Irlande , sachons quels desi seins couve cette trahison ! »
Et chose étrange, vient annoncer Técuyer du roi, les chevaux de Duncan, ces mignons de leur race, sont redevenus sauvages^ ont brisé leurs stalles, et se sont échappés , résistant à toute obéissance comme s'ils allaient faire la guerre à l'homme.
Macbeth est proclamé roi !.. .
A ce premier crime en succède un second : la mort de Banquo invité par Macbeth à sa table et assassiné par ses ordres en sortant la nuit du palais. Mais le fils de Banquo se sauve et le crime est perdu, car les sorcières ont prédit le titre de roi à la race de Banquo. <( J'ai entamé , mais non tué le serpent I mais puissions-nous voir craquer la machine des choses et s'effondrer les mondes plutôt que de manger toujours dans la crainte et de dormir toujours dans le trouble de ces rêves terribles qui nous agitent la nuit. Oh 1 j'envie Duncan, il est dans son tombeau, il y dort bien!... Sois tranquille, chère poule, » dit-il à sa femme, « les choses que le mal a commencées se consolideront par plus de mal encore. »
S58 8HAKSPEARE.
lY
Au jnilieu d'an festin qu'il donne aux seigneurs de sa cour, le remords le saisit sous la forme d'un accès de démence pendant lequel il s'accuse de ses meurtres. Sa femme frémit et prétexte la maladie qui le possède par moments : les convives épouvantés se retirent. Les trois sorcières reparaissent, et au milieu de leurs sortilèges un cri sans nom sort de terre et rassure Macbeth en termes équivoques : nul homme né d'une femme ne pourra le tuer. Jamais Macbeth ne sera vaincu tant que la grande forêt de Bimam ne marchera pas vers la colline de Dunferlane. Macbeth exulte comme Saûl à ces prédictions des pythonisses modernes.
Cependant il veut savoir encore si les fils de Banque seront rois... Les sorcières lui déclarent la longue suite des rois fils et petits-fils de Banquo. Elles s'évanouissent.
MACBETH
Que cette heure funeste reste à jamais maudite dans le calendrier !
Macbeth apprend la fuite de MacduiT, un des compagnons des fils de Duncan , qui marchent contre
MACBETH. 259
lui pour venger leur père et pour ressaisir le royaume. Il veut faire égorger lady MacdufF et, ses enfants.
Avant l'arrivée des meurtriers, lady Macdulf s'entretient avec son fils.
LADY MACDUFF
Cher petit, votre père est ûiort , comment allez- ATOus vivre ?
l'enfant.
Comme les oiseaux, mère !
LADY MACDUFF
Quoil de yers et de mouches ?
l'enfant.
Je veux dire , de ce que je trouverai ; comme eux.
LADY MACDUFF
Pauvre oiseau I tu ne craindrais jamais le filet, ni la glu, ni les pièges, ni le trébuchet !
l'jenfant.
Pourquoi les craindrais-je , mère ? Us ne sont pas faits pour les pauvres oiseaux. Mon père n'est pas mort, quoi que vous disiez.
LADY MACDUFF
Si, il est mort. Comment remplaceras-tu un père ?
l'enfant.
Et vous, comment remplacerez-vous un mari ?
LADY MACDUFF
Ah 1 je puis en acheter vingt au marché.
l'enfant.
Alors, vous ne les achèterez que pour les revendre.
LADY MACDUFF
Tu parles avec tout ton esprit, et, ma foi, avec assez d'esprit pour ton âge.
l'enfant.
Est-ce que mon père était un traître, mère ?
LADY MACDUFF
Oui, c'en était un.
l'enfant.
Qu'est-ce que c'est qu'un traître?
LADY MACDUFF
Eh bien I c'est'quelqu'un qui fait un faux serment.
macbeth. 2ci
l'enfant.
Et ce sont des traîtres tous ceux qui font ça ?
LADY MACDUFF
Quiconque le fait est un traître et mérite d'être pendu.
l'enfant.
Et tous ceux qui font un faux serment méritentils d'être pendus ?
LADY MACDUFF
Tous.
l'enfant.
Qui est-ce qui doit les pendre ?
LADY MACDUFF
Eh bien I les honnêtes gens.
l'enfant.
Alors les faiseurs de faux serments sont des imbéciles ; car ils sont assez nombreux pour battre les honnêtes gens et les pendre.
LADY MACDUFF
Que Dieu te vienne en aide, pauvre singe I Qui te tiendra lieu de père ?