‹ Shakspeare et son œuvreChapitre 39 sur 46 · ARIEL · texte numérisé non relu

ARIEL

A la lettre.

PROSPERO

Allons, suivez-moi. (a Miranda.) Ne me parle plus

pour lui. (Us sortent.)

L'ancien conseiller du roi de Naples, Gonzalo, fait, pour amuser ses compagnons, des utopies dignes de Platon ou de J.-J. Rousseau.

GONZALO

Si j'avais à planter cette île, monseigneur...

ANTONIO

Il y sèmerait des orties.

SÉBASTIEN

Ou des ronces et des mauves.

GONZALO

Si j'en étais roi, savez-vous ce que j'en ferais?

SÉBASTIEN

Vous échapperiez à l'ivresse, faute d'avoir du vin.

GONZALO

Dans ma république, je voudrais exécuter toute chose à l'inverse des autres États; je n'y admettrais aucune espèce de trafic, ni le nom de magistrat; l'usage des lettres n'y serait point connu; on y ignorerait la richesse ou la pauvreté. Point de maître et de valet, de contrats, d'héritages, de limites, de labourage; rien de tout cela. Je n'y voudrais ni métal, ni blé, ni vin, ni huile. Nul travail : tous les hommes seraient oisifs, et les femmes aussi ; mais elles seraient innocentes et pures. Point de souveraineté.

SÉBASTIEN

Et pourtant il voudrait en être Je roi.

ANTONIO

La fin de sa république en a oublié le commencement.

GONZALO

Toutes choses seraient produites par la nature sans labeur ni sueurs, et mises en commun. Je n'admettrais dans ma république ni trahison, ni félonie, ni épée, ni pique, ni poignard, ni mousquet, ni machines de guerre; mais la nature, prodigue de ses dons, produirait d'elle-même tout en abondance, pour nourrir mon peuple innocent.

SÉBASTIEN

Point de mariage dans sa république.

ANTONIO

Non, mon cher, tous fainéants, des coquines et des fripons.

GONZALO

Je voudrais gouverner avec une telle perfection, seigneur, que je surpasserais les temps de Fâge d'or.

SEBASTIEN

Vive Sa Majesté !

ANTONIO

Longue vie à Gonzalo!

Ils rient et ils s'endorment.

On voit que les utopies ne sont pas nées d*hier. C'est l'imagination appliquée au gouvernement des États. Quand les hommes n'en rient pas, ils y versent leur sang après leurs rêves.

L'énorme et monstrueux Caliban vient à rugir. Ils ne peuvent comprendre quel est cet être, homme ou poisson. L'un d'eux, Sébastien, pour se préserver de l'orage qui éclate, se glisse sous la tunique du monstre.

Ici, scène d'amour délicieuse entre Miranda et Ferdinand, pendant une absence de Prospero. Miranda est la goutte de rosée absorbée par le premier rayon de soleil qui la regarde.

Le roi de Naples, sauvé des vagues, est retrouvé. Caliban, qui conspire la mort de Prospero, son maître, est trompé par un faux complice. Ariel, le génie du bien, obéit en tout à Prospero.

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