‹ Shakspeare et son œuvreChapitre 41 sur 46 · X SHAKSPEARE · texte numérisé non relu

X SHAKSPEARE

MIRANDA

Mon doux seigneur, vous me trichez.

FERDINAND

Non, mon cher amour; je ne le voudrais pas pour le monde entier.

UIRANDA.

Oui, même pour une vingtaine de royaumes vous pourriez me faire des chicanes, que je dirais encore que vous faites beau jeu.

ALONZO

Si ce tableau n'est qu'une vision de cette île, il me faudra perdre deux fois mon fils bien-aimé.

SÉBASTIEN

C'est le plus grand des miracles.

FERDINAND

Quoique les mers menacent , elles font grâce ; je

les ai maudites sans sujet. (Ferdinand s'agenoulUe devant Alon^o.)

ALONZO

Maintenant, que toutes les bénédictions d'un heureux père tombent sur toi! Lève- toi, et dis-moi comment tu es venu ici.

MIRANDA

merveille ! combien de créatures parfaites sont ici ! que le genre humain est beau ! glorieux nouveau monde, qui renferme de pareils habitants I

PROSPERO

Il est nouveau pour toi.

ALONZO

Quelle est cette jeune fille avec qui tu jouais? Il ne peut y avoir plus de trois heures que vous vous connaissez. Est-elle la déesse qui nous a séparés et qui nous réunit momentanément?

FERDINAND

Seigneur, c*est une mortelle; mais, par le doux bienfait de l'immortelle Providence , elle est à moi ; je l'ai choisie alors que je ne pouvais demander l'avis de mon père, car je ne croyais plus en avoir un. Elle est la fille de ce fameux duc de Milan, de la renommée duquel j'avais si souvent entendu parler, mais que je n'avais jamais vu lui-même jusqu'à ce jour. C'est de lui que je tiens une seconde vie , et cette jeune femme me donne en lui un second père.

ALONZO

Je suis le sien ; mais n'est-il pas étrange qu'il me faille demander pardon à mon enfant ?

PROSPERO

Arrêtez , seigneur ; ne faites pas peser sur notro souvenir le poids d'un mal qui nous a quittés.

GONZALO

J'étais oppressé par les larmes, sans quoi j'aurais déjà parlé. Abaissez vos regards, ô dieux, et faites descendre sur ce couple une couronne de bénédictions ; car c'est vous qui avez tracé la route qui nous a conduits ici.

ALONZO

Je dis amcn^ Gonzalo.

GONZALO

Le duc de Milan fut donc expulsé de Milan pour que sa race un jour donnât des rois à Naples ? Oh ! réjouissez-vous d'une joie plus qu'ordinaire; que ceci soit gravé en or sur des colonnes impérissables : « Dans le même voyage Claribel a trouvé un époux à Tunis, et Ferdinand, sop frère, trouve une femme sur une grève où il était perdu. Prospero recouvre son duché dans une île misérable , et nous tous nous sommes rendus à nous-mêmes quand aucun de nous ne s'appartenait plus. »

ALONZO, à Ferdinand et à Miranda.

Donnez -moi vos mains. Que le chagrin et la tris-

tesse remplissent à jamais le cœur qui ne vous souhaite pas le bonheur !

GONZALO

Ainsi soit-il ! Amen !

ARIEL reparaît avec LE MAITRE et LE BOSSEMAN, qui

le suivent ébahis.

GONZALO

Oh! regardez, seigneur; sire, regardez : voici encore plusieurs des nôtres. Je Tavais prophétisé, que, tant qu'il resterait un gibet sur la terre , ce drôle-là ne serait pas noyé. Maintenant, blasphémateur, qui éloignais par tes imprécations la miséricorde de ton bord, quoi ! sur le rivage tu n'as plus un jurement? Es-tu muet sur terre?... Quelles nouvelles?

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