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pour l'être, et i! désirait régner, afin que les hommes de bien fussent bons sans obstacle. Agréable extérieurement, poli par la nature, courtois du fond du cœur, il devait être le modèle de la jeunesse et ia joie du monde.
« Sans passion dominante , l'amour qu'il avait pour Ophélia était un secret pressentiment des plus doux besoins. Son ardeur pour les exercices chevaleresques ne lui Était pas entièrement naturelle ; il fallait qu'elle fût excitée et enflammée parla louange accordée à d'autres et par le désir de les dépasser. Pur de sentiment, il reconnaissait vite l'honnêteté, et il savait apprécier cdu> paisible confiance dont jouit une âme sincère eu s'épanchant dans le cœur d'un ami. Jusqu'à un certain point, il avait appris à lionorer ce qui était bon , beau dans les arts et dans les sciences; la médiocrité, le vulgaire l'olTusqu aient, et si la haine pouvait prendre racine dans son âme, ce n'était que pour lui faire mépriser justement les êtres faux et changeants qui rampent dans une cour, et pour lui permettre de s'amuser d'eus arec l'aisance de la raillerie. 11 était calma dans son tempérament, franc dans sa conduite , ni ami de la paresse, ni trop violemment désireux d'emploi. Il semblait continuer à la cour la routine de l'Université. 11 avait plutôt In gatté 'i' 1 l'esprit que celle du cœur; il était bun compa^ncn, complaisant, courtois,
SHAKSPEAilE.
discret, capable d'oublier et de pardonner une injure, incapable pourtant de se joindre jamais à ceux qui franchissent les bornes do la justice, de la vérité, de la décence...
a lin agi nez- vous le prince tel que je vous l'ai peint ; son père meurt soudainement. L'ambition et l'amour du pouvoir ne sont pas les passions qui l'inspirent. Resté (ils de roi, il eût été satisfait; mais maintenant le voilà pour la première fois forcé de songer à la dilférence qui sépare un souverain d'un sujet. La couronne n'éiait pas héréditaire, et (hulu lant mie p!usJu:i!; il; occupation du trône par le père eût fortifié les prétentions d'un fils unique et assuré ses espérances de succession. Au lieu de cela, il se voit exclu par son oncle, en dépit de brillantes promesses, très- probablement pour toujours. I.e voilà maintenant ruiné, disgracié, étranger sur la scène môme qu'il regardait dès sa jeunesse comme son domaine héréditaire. Sun caractère prend ici sa première teinte de tristesse. 11 sent que maintenant il n'est pas plus, qu'il est moins qu'un simple seigneur ; il se présente comme le Serviteur île tous ; il n'est plus courtois et protecleur, il est besoigneui
« Il se souvient de sa condition passée comme d'un réve évanoui. C'est vainement que son oncle essaye de le consoler, de lui montrer sa situation sons un autre point de vue. Le sentiment de son néant nu peut plus le qu'il ter.
o Le second coup qui l'atteint l'a blessé, humilié plus profondément encore : c'est le mariage de sa mère. Le tendre et fidèle fils avait encore une mére quand son pére est mort. 11 espérait vivre dans sa
mais il perd aussi sa mére , et c'est quelque chose de pire que la mort qui la lui enlève ; l'image tutélaire qu'un enfant aime à se faire de ses parents n'existe plus. Plus de recours au mort, plus de prise sur la vivante. Elle aussi est femme, et elle a nom Fragilité !
■I Alors, pour ia piijmii'ir fois, il se seul u!|>ln>iiii. et il n'est plus de bonheur dans cette vie qui puisse compenser ce qu'il a perdu. Quoiqu'il ne soit naturellement ni rêveur ni triste, la rêverie et !a tristesse sont devenues pour lui une accablante obligation.
ti Figurez-vous ce jeune homme, ce fils de prince, vivant sous vos yeux, représentez- vous sa situation , et alors observez-le quand il apprend que l'ombre de son pére apparaît; lenez-vous près de lui dans cette nuit sinistre où le fantôme vénérable marche devant lui. Un frisson d'horreur parcourt tous ses membres; il parle à l'ombre mystérieuse, il la voit lui faire signe de la téte, il la suit et il écoute. La vois: lenible qui ;iccuse sun oncle retentit a son oreille : elle l'appelle à la vengeance en répétant cette prière drcliirauti! : u Souviens-toi de moi ! »
« Et quand le spectre s'est évanoui, qui avons-nous
sous les yeux? un jeune héros altéré de vengeance ? un prince légitime, heureux d'être appelé à punir l'usurpateur? .\on I Le trouble et la surprise ont saisi le solitaire jeune homme ; il devient amer contre les scélérats qui lui sourient, il jure de tic pas oublier l'esprit, et il conclut par celte exclamation significative : a Le monde est détraqué. 0 malédiction ! que je sois jamais né pour le remettre en ordre ! »
« C'est dans ces mots, il me semble, qu'est la clef de toute la conduite d'Ilamlet. Il eut clair pour moi que Shakspeare a voulu nous montrer une âme chargée d'une grande action et incapable de l'accomplir. Cette penséu , selon moi , domine toute la pièce- Un chêne est planté dans un vase qui ne devait porter que des fleurs charmantes ; les racines s'étendent et le vase est brisé. >.
11 est évident que l'idée de Shakspeare est une religieuse fatalité. « 11 y a, » dit-il lui-même dans un endroit du drame, « il y a une providence spéciale pour la catastrophe d'un passereau; si mon heure est venue, elle n'est pas à venir 1 si elle n'est pas à venir, elle est venue 1 Que ce soit à présent ou plus tard, soyons prêts ! u
Encore une fois, lisons la pièce.
ni
Les sentinelles qui veillent autour du palais causent familièrement entre elles d'une apparition qui les a (■ pou vautrés la nuit dernière.
ii C'était seulement la nuit derniùre ! alors que cette étoile là-bas qui va du pôle vers l'ouest avait terminé son cours puni- illuminer cette partie du ciel où elle resplendit maintenant. La cloche alors tintait
o Taisez-vous, » dit un autre soldat, « regardez I la voilà qui revient ! »