SCÈNE VIII
bu» FRÈRE LAURENCE, „ M at u ,™i„.
LAUREKCB.
L'aube aux yeux gris couvre de son sourire fa nuit
p'iuiarîujie, ei diapn; de lignes lumineuses les nuées d'Orient; l'ombre e'nupi.'tW-r, eli;iiLr.i;l;tiit e'umirie un ivrogne, s'éloigne de la route du jour devant les roues du Titan radieux. Avant que le soleil , de son regard de flamme, ait ranimé le jour cl séché la limite; rosée de la nuit, il faut que j<( ivin plisse toi tu cage d'osier de plantes pernicieuses et de Heurs au suc précieux. La terre, qui est la mère des créatures, est aussi leur tombe : leur supiilcre est sa matrice même. Les enfants de toute espèce sortis de son liane, nous les trouvons sunuit si mamelle inépuisable ; la plupart sont eloués de nombreuses vertus; pas un qui n'ait son mérite, et pourtant tous différent! Oh I combien efficace est la grAce qui réside dans les lierbes, dans les plantes, dans les pierres et dans leurs rrualitrs intimes! il n'est rien sur la terre de si humble qui ne rende à la terre un service spiVhl ; il n'est rien non plus de si bon qui , détourne: de mm légitime; usngu, ne devienne rebelle à son origine et ne tombe dans l'abus. La vertu même devient vice, étant mal appliquée, et le vice est parfois ennobli par l'action. Uni™ tunto.)
Le calice enfant ele cette faible fleur recèle un poison et un cordial puissants : respirci-la, elle stimule et l'odorat et toutes les facultés; goûtez -la, elle frappe de mort et le cœur et tous les sens. Deux
l'homme comme dans la plante, la grâce et la rude volonté ; et là où la pire prédomine , le ver de la mort a bien vite dévoré la créature.
lion jour, père.
lUm-tlirih- '■ HuiiHe nulinalr; nm salue si don— cernent? — Jeune iils, c'est sifrne de quelque désordre d'esprit, quand on dit adieu sitôt à son lit. Le souci fait le guet dans les yeux du vieillard, et le
jeunesse ingambe repose, le cerveau dégagé, là régne le sommeil d'or. Je conclus donc de ta visite matinale que qi inique ^ruve |>i.'['tuH>a(iijn t'a mis sur
pied. Si cela n'est pas, je devine que notre Roméo ne s'est pas couché celte nuit.
ROMÉO
Cette dernière conjecture est la vraie ; maïs mon repos n'en a été que plus doux.
LADRESCR.
Dieu pardonne au pécheur! Ëtais-tu donc avec ■ Rosaline?
sa
SIIAKSI'KUIK.
Avec Rosaluiel Ohl non, mon père spirituel : j'ai oublié ce nom , et laus les maux attachés à ce nom.
l.tUR£M-.K.
Voilà un bon fils... Mais où as-lu été alors 1
ROMÉO
Je vais te le dire et l'épargner de nouvelles questions. Je me suis trouve à la infime fête que mon ennemie : tout à coup celte riiuemie m'a blessé, et je l'ai blessée à mon tour : notre guérison à tous deux dépend de tes secours et de ton ministère sacré. Tu le vois, saint homme, je n'ai pas de haine; car j'intercède pour mon adversaire comme pour moi.
Parle clairement, mon clier fils, et explique -toi sans détour : une confession équivoque n'obtient qu'une itli.-:(hli!'.:i>M cr|iiivnqui\
Apprends-le donc tout net, j'aime d'un amour profond la fille charmante du riche Capulet. Elle a fixé mon cœur comme j'ai fixé le sien ; pour que notre union soit complète, il ne nous manque que d'être unis par toi dans le saint mariage. Quand , où et
comment nous nous sommes vus, aimés et fiancés, je le le dirai chemin faisant; mais, avant tout, je l'en prie , consens à nous marier aujourd'hui même.
l'ar saint François ! quel changement! Cette Rosaline que tu aimais tant, est -elle donc si vite délaissée? Ah! l'amour dus jeunes gens n'est pas vraiment dans le cœur, ii n'est que dans les yeuï. Jcm Maria! que de larmes pour Rosaiine ont inondé les joues blêmes! Que d'eau saico prodiguée en pure perle pour assaisonner un amour qui n'en garde pas même l'arrière -goût! Le soleil n'a pas encore dissipé les soupirs dans le ciel : les gémissements passés tintent
eiinin: ;t mes neilles m'eilles. Tiens , il y a encore là, sur ta joue, la trace d'une ancienne larme, non essuyée encore ! Si alors tu étais bien toi-même, si ces douleurs étaient bien les tiennes, toi et tes douleurs vous étiez tout à Rosaiine; et te voilà déjà changé ! Prononce donc avec moi cette sentence : Lc3 femmes peuvent faillir, quand les hommes ont si peu de force.