BOI1ÉO
Tu m'as souvent reproche mon amour pour Rosa-
Ton amour? Non, mon enfant, mais ton idolâtrie.
BHAKSPEAHBi
ROMÉO
lit tu m'as dit d'ensevelir cet amour,
LAUHENCE.
Je ne t'ai pas dit d'enterrer un amour pour en exhumer un autre.
iOMÉO.
Je t'en prie , ne me gronde pas : celle que j'aime à présent me rend faveur pour faveur, et amour pour amour ; l'autre n'agissait pas ainsi.
Oh I elle voyait bien que ton amour déclamait sa leçon avant infime de savoir épeler. Mais viens, jeune volage , viens à moi ; une raison me décide à ['assister: celte union peut, par un heureux effet , changer en pure affection la rancune de vos familles.
Oh I partons : il y a urgence à nous hâter.
Itenvolio et Merculto reparaissent le soir du même jour appelant ltoméo pour le railler. La nourrice les rencontre; ils badinent avec elle dans un style qu'aucune obscénité ne peut égaler. — Elle demande à Roméo un entretien secret. Roméo lui dit de cou-
nOMÉO ET IDLIBTTE. Itt seiller à sa jeune maiU'esse d'aller à confesse le soir, au confessionnal du père Laurence!
k Et toi, bonne nourrice, tu attendras derrière le mur du monastère. Là, avant une heure, mou page ira te trouver et t'apportera une échelle de cordes. Ce sont les haubans par lesquels je dois, dans la nuit, monter au hunier de mon honneur. »
La nourrice, édifiée sur la bonne intention de Roméo, s'éloigne pour remplir sa commission. Juliette, impatiente de le revoir, s'entretient seule avec elle-même.
« L'horloge frappait neuf heures, quand j'ai envoyé la nourrice; elle m'avait promis d'être de retour en une demi-heure.. . Peut-être n'a-l-elle pas pu le trouver!... Mais non... Oh! elle est boiteuse! Les messagers d'amour devraient être des pensées plus promptes dix fois que les rayons du soleil qui dissipent l'ombre au-dessus des collines nébuleuses. Aussi l'amour est-il traîné par d'agiles colombes; aussi Cupidon a-t-il des ailes rapides comme le vent. Maintenant le soleil a atteint le sommet suprême de
Si clic avait les affections et le sang brûlant de la jeunesse, elle aurait le leste mouvement d'une balle ; d'un mot je la lancerais i mon bien -aimé qui nie la renverrait d'un mot. Mais tes vieilles gens, on les prendrait souvent pour des morts, à voir leur inertie, leur lenteur, leur lourdeur et leur pâleur de plomb. »
La nourrice excite par des délais comiques qui tiennent plus de la farce que de la tragédie l'impatience de Juliette, puis elle lui rend son message.
" Allez à confesse dans la cellule tin père Laurence, un mari vous y attend pour faire de voua sa femme. Ali bien! voilà ce fripon île s:ui« qui vous vient aux joues : bientôt elles ih\ ieinlmnt écadales à la moindre nouvelle. Coure?, à l'église; moi, je vais d'un autre coté chercher l'échelle par laquelle votre bienaimé doit grimper jusqu'au nid de l'oiseau, dés qu'il fera nuit noire. C'est moi qui suis la béte de somme, et je m'épuise pour votre plaisir; mais, pas plus tard que ce soir, ce sera vous qui porterez le fardeau, liions, je vais dîner; courez vite à la cellule... »
Le père, averti par Roméo, attend Juliette au confessionnal; il entraîne Bornéo et son amante et les unit secrètement.
Pendant que l'union mystérieuse s'accomplit de-
vant l'Église et que Roméo prépare son ascension n<«*i'iiTi- n U i-iiJli- <l- m fvmtf ty-ntw. un* o,»ivelle rixe éclate dans les rm-s de Vérone entre les rapide t cl les Montant;. Tybuli insulte Roméo qui supporte pattciiiiiii-iit l'outrage i>o pensant à Juliette, parente île Tybalt; mais le fougeu\ Tylialt lue Merculin, l'ami de Roméo. A ce spectacle. Roméo, attaqué de nouveau par le meurtrier, se met en garde et tue involontairement Tj'balt. Le prince do la ficala accourt et s'informe. — Benvolio lui raconte, non le meurtre, mais l'accident par lequel l'épéc de Bornéo a tué Tybalt. Le prince, sans en entendre davantage, condamne Roméo à l'exil perpétue!.
Juliette, dans sa chambre nuptiale, attend, ignorant ces événements, l'heure où Itoméo viendra monter par l'échelle tir. cordes au balcon. L'amour et l'enthousiasme éléveni ses pensées jusqu'au lyrisme le plus exalté, et ses expressions, empruntées a la mythologie, langue sacrée de l'Italie à cette époque, sortent tout à fait du naturel.
JULIETTE
Retournez au galop, vous, coursiers aux pieds de flamme, vers le logis de Phébus; déjà un cocher comme l'haéton vous aurait lancés dans l'ouest et aurait ramené la nuit nébuleuse... Étends Ion épais rideau, nuit vouée à l'amour, que les ycu* de la rumeur se ferment et que Roméo bondisse dans mes
01 SIIAKSI'ËAHE.
bras, ignoré, inaperçu! Pour accomplir leurs amoureux devoirs, les amants y voient assea à la seuli! lueur de leur beauté; et, si l'amour est aveugle, il s'accorde d'autant mieux avec la nuit... Viens, nuit solennelle, matrone au sobre vêterneut noir, apprends-mot à perdre, en la gagnant, celte partie qui aura pour enjeux deux virginités sans tache; cache le sang pudique nui se débat dans mes joues, avec ton noir chaperon, jusqu'à ce que le timide amour, devenu plus hardi, ne voie plus que chasteté dans l'acte de l'amour! A moi, nuit! Viens, Roméo, viens : tu feras le jour de la nuit, quand tu arriveras sur les ailes de la nuit, plus éclatant que la neige nouvelle sur le dos du corbeau. Viens, gentille nuit; viens, chère nuit au front noir, donne-moi mon Roméo, et, quand il sera mort, prends-le et coupe-le en petites étoiles, et il rendra la face du ciel si splendide que tout l'univers sera amoureux de la nuit et refusera son cnlte à l'aveuglant soleil... Obi j'ai acheté un domaine d'amour, mais je n'eu ai pas pris possession, et celui qui m'a acquise n'a pas encore joui de moi. Fastidieuse journée!...
La nourrice interrompt ce dithyrambe à l'amour en annonçant à Juliette que Bornéo vient de tuer son parent T y bail.
Le poète met ici dans la bouche de Juliette toutes les exclamations amphigouriques que les poètes italiens du temps prêtaient à leurs personnages sous le
nom de toncettii ils faisaient de l'esprit au lieu de faire du sentiment, par des contrastes de mots que le public, aussi corrompu qu'eux-mêmes, avait la simplicité d'admirer!
« Gracieux tyran I démon angélîquel corbeau aux plumes de colombe! agneau ravisseur de loups! méprisable substance d'une forme divine ! Juste l'opposé de ce que tu semblés être justement, saint damné, noble misérable! 0 nature, à quoi réservais-tu l'enfer, quand tu reléguas l'esprit d'un démon dans le paradis mortel d'un corps si exquis? Jamais livre contenant aussi vile rapsodie fut-il si bien relié! 01) ! que la perfidie habite un si magnifique palais! »
La douleur vraie la rappelle cependant au sens commun quand elle apprend le bannissement de son amant :
« Roméo est banni! Prononcer seulement ces mots, c'est faire mourir à la fois pére, mère, Romeo et Juliettel Roméo est banni! Il n'y a ni fin ni limites, ni mesure ni bornes! il n'y a pas de cri pour exprimer culte douleur-là! Ramasse ces cordes, ù nourrice I Je vais au lit nuptial , et au lieu de Roméo c'est le sépulcre qui sera mon époux! »
(Il n'est pas nécessaire de dire encore ici quo ce n'est pas dans ces termes que Juliette s'exprime. Le
SIIAKSPKAHË.
corps de garde rougirait des images cl des paroles employées p;ir la vierge de Vérone à quatorze ans.)
« Oh ! trouve Roméo," dit-elle à la nourrice, (i remets cet anneau à mon fidèle chevalier, el dislui de venir me faire ses adieux ! »
La nourrice court a la cellule du père Laurence , y cherche Roméo, lui apprend l' arrêt de bannissement
Le moine le raisonne; il se roule désespéré à. terre. La nourrice lui donne l'anneau de mariage el un rendez-vous. Un dialogue effréné d'un côté, sensé de l'autre, s'établit entre le moine, la nourrice et lui ; la passion déborde et passe du désespoir à
Ali ! le bannissement! Par pitié, dis la mort! L'exil a l'aspect plus terrible, bien plus terrible que la mort. Ne dis pas le bannissement!
Tu es désormais banni de Vérone. Prends courage; le monde est grand et vaste.
Hors des murs de Vérone, le monde n'existe pas;
c'est la mort. Donc le bannissement, c'est la mort sous un faux nom. En appelant la mort bannissement, tu me tranches la tête avec une hache d'or, et tu souris au coup qui me tue!
0 péché mortel I 0 grossière ingratitude ! Selon notre loi, ta faute, c'était la mon; mais le bon prince, prenant ton parti, a tordu la loi, et à ce mot sombre, la mort, a substitué le bannissement. C'est une grâce insigne, et lu ne le vois pas.
C'est une torture, et non une grâce! Le ciel est là où vit Juliette : un chat, un chien, une petite souris, l'être le plus immonde, vivent dans le paradis et peuvent la contempler, mais Roméo ne le peut pas. La mouche du charnier est plus privilégiée, plus comblée d'honneur, plus favorisée que Roméo; elle peut saisir les blanches merveilles de la chère main de Juliette, et dérober une immortelle béatitude sur ces lèvres qui, dans leur pure et vestale modestie, rougissent sans cesse, comme d'un péché, du baiser qu'elles se donnent! Mais Roméo ne le peut pas, il est exilé. Ce bonheur que la mouche peut avoir, je dois le fuir, moi; elle est libre, mais je suis banni.
NOUKO ET JULIETTE.
Oh ! je le voÎ3 bien, les fous n'ont pas d'oreilles !
ROMÉO
Comment en auraient-ils, quand les sages n'ont pas d'yeux!
tÀllIIENCE.
Laisse-moi discuter avec toi sur ta situation.
Tu ne peux pas parler de ce que tu ne sens pas. Si tu étais jeune comme moi et que Juliette fût ta bien-aiméc, si, marié depuis une heure, tu avais tué Tybalt, si tu étais éperdu comme moi et comme moi banni, alors tu pourrais parler, alors tu pourrais t'arracher les cheveux, et te jeter contre terre, comme je fais en ce moment, pour y prendre d'avance la mesure d'une tombe I m •'•tiUn i uns. op fnpp» * n
LAURENCE
Lève-toi, on frappe... Bon Roméo, cache-toi.
BOMÉO.
Je ne me cacherai pas, à moins que mes douloureux soupirs ne fassent autour de moi uu nuage qui me dérobe aux regardsl (on encan.)
SHAKSPHAHK.
Kntends-tu comme on frappe?... Qui est là?... Itoméo, lève-toi, tu vas être pris... Attentiez un moment... Pelxmt! i:ours;i mon laboratoire!... (on rnpi».)
Tout a l'heure!... Mon Dieu! — quelle démence!...
J'y vais, j'y vais! UiUni a !• pour.) Qui donc frappe si fortî D'ofi venez-vous? que voulez-vous?
Laissez-moi entrer et vous connaîtrez mon message. Je viens tle la part de madame Juliette.
Soyez la bienvenue, alors, (émis i* inmn.1
LA NODHIICE.
0 saint moine, oli ! dites-moi, saint moine, où est le seigneur de madame, où est lloméo?
LAURENCE
Là, par terre, ivre de ses propres larmes.
LA NOURRICE
Oh I dans le même étal qui' ma maîtresse, juste dans le même état.
1IOME0 ET JULIETTE.
sympathie) lamentable situation!
rant, pleurant et sanglotant!... is« pnciunt .u. s.™™.)
Uebout, debout! Leveï-vous, si vous files un homme. Au nom de Juliette, levez-vous, debout! Pourquoi tomber dans un si profond désespoir?
Ali! monsieur! ah! monsieur!... Voyons, la mort est au bout de tout,
Tu as parlé de Juliette! en quel état est-elle? Estce qu'elle ne me regarde pas comme un assassin endurci, maintenant que j'ai souillé l'enfance de notre bonheur d'un sang si proche du sien? Où est-elle? et comment est-elle? Que dit ma mystérieuse compagne de notre amoureuse misère?
LA NOUBRIGE.
Oh! elle ne dit rien, monsieur; mais elle pleure;
1(3 SH AKSPEAUE.
et alors elle se jette sur son lit, et puis elle se redresse et appelle Tybalt; et puis elle crie : Roméo! et puis elle retombe.
ROMÉO
11 semble que ce nom, lance p,ir quelque fusil meurtrier, l'assassine, comme la main maudite qui répond à ce nom a assassiné son cousin I... Oh t dismoi, prêtre, dis-moi dans quelle vile partie de ce stjuelelte est logé mon nom; dis-le-moi, pour que je nielle k sac ce bideux repaire! (il un m roignird
Reliens ta main désespérée! Es-tu un homme 1 ta forme crie que tu en es un; mais les larmes sont d'une femme, et ta sauvage action dénonce la furie déraisonnable d'une béle brute. 0 femme disgracieuse qu'on croirait un homme, bfile monstrueuse qu'on croirait homme et femme, tu m'as étonné!... Par notre saint ordre, je croyais ton caractère mieux trempé. Tu a3 tué Tybalt et tu veux te tuer! tu veux tuer la femme qui ne respire que par toi, en assouvissant sur loi-mCme une baine damnée! Pourquoi insultes-lit à la vie, au ciel et à la terre? La vie, le ciel et ia terre se sont tous trois réunis pour ton
tu fais honte à ta beauté, à tou amour, à ton esprit.
H011É0 1ÏT JULIETTE.
Usurier, tu regorges de tous les biens, et tu ne les emploies pas à ce légitime usage qui ferait honneur à ta beauté, à ton amour, a ton esprit. Ta nohle beauté n'est qu'une image de cire, dépourvue d'énergie virile : ton amour, ce tendre engagement, n'i'.'t i[n';m uii;=(Tahi<! parjur'!, qui lue relit! 'pu; lu avais fait vœu de chérir; ton esprit, cet ornement de la beauté et de l'amour, n'en est die/, toi que le guide égaré : comme la poudre dans la calebasse d'un soldat maladroit, il prend feu par ta propre ignorance et te mutile au lieu de te défendre. Allons, relève-loi, homme! Elle vit, ta Juliette, cette chère Juliette pour qui tu mourais tout à l'heure: n'es-tu pas heureux î Tybalt voulait t'egorger, mais lu as tué Tybalt : n'es-tu pas heureux encore? La lot qui te menaçait de la mort devient ton amie et change la sentence en exil : n'es-tu pas heureux toujours? Les bénédictions pleuvenlsur ta tête : la fortune te courtise sous ses plus beaux atours; mais toi, maussade comme une fille mal élevée, tu fais la moue au bonheur et a l'amour. Prends garde, prends garde! c'est ainsi qu'on meurt misérable. Allons, rends-toi près de ta bien aimée, comme il a été convenu : moule dans sa chambre et va la consoler; mais surtout quitte-la avant la fin de la nuit, car alors tu ne pourrais plus gagner Hantoue ; et c'est là que tu dois vivre jusqu'à ce qui' imus trouvions le moment favorable pour proclamer ton mariage, réconcilier vos familles, obtenir le pardon du prince et te rappeler
lOt SHAKSPEÀHE.
ici. Tu reviendras alors plus heureux un million de fois que tu n'auras été défilé au départ... Va en avant, nourrice, recommande-moi à ta maîtresse, et dis-lui de faire coucher son monde de bonne heure; le chagrin dont tous sont accablés les disposera vite au repos. Roméo te suit.
Vrai Bicul je pourrais rester ici toute la nuit à écouter vos bons conseils. Oh ! ce nue c'est nue la
Mon seigneur, je v vous allez venir.
Va, et dis il ma bien-aimée de s'apprêter à ma gronder.
anneau qu'elle m'a dit de lus donner. Monsieur, accouri'ï vile, dépêchez-vous, ir il se fait tard. In nourri™ .on.)
Partez. Bonne nuit. Mais faites-y attention, tout
ROJtlïO ET JULIETTE. Il»
votre sort en dépend, quittez Vérone avant la fin de la nuit, ou éloignez- vous à la pointe du jour sous un déguisement. Restez à Maiiloue: votre valet, que je
incidents heureux pour vous qui surviendront ici... Donne-moi ta main; il est tard : adieu; bonne nuit.
ROMÉO
Si une joie au-nVssiis de touio joie ne m'appelait ailleurs, j'aurais un vif chagrin à me séparer de toi si vile. Adieu, (m wnnuj
Ici , la scène immortalise toute la poésie de la nuit dans li' délire, de lu passirm. ShiiLsprave ii'uiït-il n:m que cotte scène, il serait encore Shakspeare! — le combat entre la mort et la vie.
Le théâtre représente la chambre à coucher de Juliette, à l'aube indécise du matin. Roméo se dispose à partir. Juliette le relient :
Quoi 1 veux-tu donc partir, le jour n'est pas proche encore! c'était le rossignol et non l'alouette dont ta
SilAKSPEAII K.
voix perdait ion oreille craintive. Toutes les nuits, il chante sur le grenadier, là-bas. Crois-moi, amour, c'élait le rossignol.
C'était l'alouette, la messagère du matin, et non le rossignol. Regarde, amour, ces lueurs jalouses qui dentellent le bord des nuages à l'orient! Les (lambeaux de la nuit sont éteints, et le jour joyeux se dresse sur la pointe du pied au sommet brumeux de la montagne. Je dois partir et vivre, ou rester et mourir.
Celte clarté là-lws n'est kl chrlft du jour, je le sais bien, moi; c'est quelque météore que le soleil exhale pour te servir de torche cette nuit et éclairer ta marche vers Mantoue. Reste donc, tu n'as pas besoin de parlir encore.
.Soit ! qu'on me prenne, qu'on me mette à mort; je suis content, si lu le veux ainsi. Non, cette lueur grise n'est pas le regard du matin, elle n'est que le pale reflet du front de Cynthia; ci ce n'est pas l'alouette qui frappe de notes si hautes la voûte du ciel au-dessus de nos têtes. J'ai plus le désir de rester que la volonté de partir. Vienne la mort, et elle sera bienvenue!.. . Ainsi le veut Juliette... —
ROMEO ET JULIETTE
Comment êtes-voas, mon âme? Causons, il n'est pas jour.
C'est le jour, c'est le jour! Fuis vile, va-t'en, pars : c'est l'alouette qui détonne ainsi, et qui lance ces notes rauques, ces strettes déplaisantes. On dit que l'alouette prolonge si doucement les accords; cela n'est pas, car elle rompt le nôtre. On dit que l'alouette et le hideux crapaud ont changé d'yeux : oh ! que n'ont-Hs aussi diangt de voix, puisque cette voix nous arrache effarés l'un à l'autre et te chasse d'ici par son hourvari matinal! — Oh! maintenant pars. Le jour est de plus en plus clair.
ROMÉO
De plus en plus clair!... de plus en plus sombre est notre malheur, (bm™ u nourrie .>
LA NOURRICE
Madame !
Nourrice?
LA NOUBUICE.
Madame votre mère va venir dans votre chambre. Le jour parait; soyez prudente, faites attention.
108 SHAKSPKÀRE.
JULIETTE
Allons, fenêtre, laissez entrer le jour et sortir ma Adieu, adieul un baiser et je descends, du ••en.
Te voilà donc parti? amour, seigneur, épotll, ami ! 11 me faudra de tes nouvelles à chaque heure du jour, car il y a tant de jours dans une minute! Oh ! à ce compte-là, je serai bien vieille quand je reverrai mon Romeo.
ROMÉO
Adieu ! je ne perdrai pas une occasion, mon amour, de t'envoyer un souvenir.
JULIETTE
Oh I crois-tu que nous nous rejoindrons jamais?
Je n'en doute pas; et toutes ces douleurs feront
0 Dieul j'ai dans l'âme un présage fatal. Mai:
ROMÉO ET JULIETTE
liant que tu es en bas, lu m'apparais comme un mort au font) d'une tombe. Ou mes yeux me trompent, ou
Crois-moi, amour, tu me semblés bien pâle aussi. L'angoisse aride boit notre sang. Adieu! adieu!
JULIETTE
0 fortune! fortune! tout le monde te dit capricieuse! Si tu es capricieuse, qu' as-tu à faire avec un homme d'aussi illustre constance? Fortune, sois capricieuse, car alors tu ne le retiendras pas longtemps, j' espère, et tu me le renverras.
LADT C4PDLET, d U Dihen.
Holà! ma fille! étes-vous levée?
Qui m'appelle? est-ce madame ma mère? Se serai tclle couchée si lard ou levée si tôt? Quel étrange motif l'amène?
Son père et sa mere entrent et lui font part de leur résolution de la marier, le jeudi suivant, à
110 SHAKSPËAItB.
l'âris. Elle résiste ; ils insistent, l'injurient, la menacent. La nourrice , avec les sentiments bas et versatiles de sa condition, change de parti et lui conseille Je préférer le beau et noble Paris à l'époux éternellement absent qu'elle a servi tout à l'heure.
Juliette indignée apostrophe sévèrement sa nourrice et court à la cellule du pere Laurence. Elle lui montre le poignard dont elle est décidée à se frapper, s'il tic la soustrait pas à l'union sacrilège avec l'âris que lui impose son pore.
» Arrête, ma fille, » lui dit le moine épouvanté de son désespoir, u j'entrevois encore une espérance possible : mais le moyen nécessaire à son accomplis* sèment est aussi (ksi^pi re que le mal que nous voulons empêcher. Si, plutôt que d'épouser le comte Paris, tu as l'énergie de vouloir to tuer, il est probable que tu oseras affronter l'image de la mort pour repousser le déslioimeuv, toi qui, pour y échapper, veux provoquer la mort elle-même. Eh bien, si lu as ce courage, je te donnerai un remède, a
JULIETTE
Oh! plutôt que d'épouser Paris, dis-moi de m'élancor des créneaux de celte tour là-bas, ou d'errer sur le chemin des bandits; dis-moi de me glisser où rampent des serpents; enchalne-moi avec des ours rugissants; enferme-moi, la nuit, dans un charnier,
ROMÉO ET JULIETTE. III
sous un monceau d'os de morts qui s'eiitre-choquent, de moignons fétides et de crânes jaune3 et décharnés; dis-moi d'aller dans une fosse fraîche remuée, m' enfouir sous le linceul avec un mort : ordonne-moi des choses dont le seul récit me faisait trembler, et je les ferai sans crainte, sans hésitation, pour rester l'épouse sans tache de mon doux bien-aimé!
LAURENCE
Écoute alors : rentre à la maison, aie l'air gai et dis que tu consens à épouser Paris. C'est demain mercredi. Demain soir, fais eu sorte de coucher seule; que ta nourrice ne couche pas dans ta chambre ; une fois au lit, prends celte fiole et avale la liqueur qui y est distillée. Aussitôt dans toutes les veines se répandra une froide et léthargique humeur : le pouls suspendra son mouvement naturel et cessera de battre ; ni chaleur, ni souffle n'attestera que tu vis. Les roses de tes lèvres et de tes joues seront flétries et ternes comme la cendre; les fenêtres de les yeux seront closes, comme si la mort les avait fermées au jour de la vie. Chaque partie de ton être, privée de souples t-l il'acliou, ,-wa roide, inflexible et froide comme la mort. Dans cet état apparent de cadavre tu resteras juste quarante-deux heures, et alors tu t'éveilleras comme d'un dons sommeil. Le matin, quand le fiancé arrivera pour hâter ton lever, il te trouvera morte dans ton lit. Alors, selon l'usage
SHAKSPBAHE.
de noire pays, vôlue de ta plus bulle parure, et placée clans un cercueil découvert, tu seras transportée à l'ancien caveau où repose toute la famille des Capulet. Cependant , avant <|ue lu sois éveillée, Itatueo, instruit de notre plan par mes lellres, arrivera; lui et moi nous épierons Ion réveil, et cette nuit-là même Roméo t'emmènera à liant oue. lit ainsi tu seras sauvée d'un déshonneur imminent, si nul caprice futile, nulli- fnueiir friii initie n'abat ton courage au moment de l'exécution.
Donne! oli! donne! ne me parle pas de frayeur.
Tiens, pars! Sois forte et sois heureuse dans la résolution. Je vais dépêcher un religieux à Mautoue, avec un messager pour ton mari,
JULIETTE
Amour, donne-moi ta force, et cette force me sauvera. Adieu, mon père! (m »i«i»nnU
L'intrépide jeune fille reste à la maison, se couche, prend la fiole... Un soupçon la saisit :
« Et si c'était un poison que le moine m'eût subtilement administré pour me faire mourir, afin de ne
Ï10WKO ET JV METTE.
pas être déshonoré par ce iiisiriik^e, lui qui m'a déjà mariée a Roméo ! J'ai peur de cela ; mais non , c'est impossible : il a toujours été reconnu pour un saint homme... Et si, une fois déposée dans le tombeau, je m'éveillais avant le moment où Romeo doit venir me délivrer? Ah! l'effroyable chose I Ne pourrais-je pas être étouffée dans ce caveau dont la bouche hideuse n'aspire jamais un air pur, et mourir sufloquée avant que Roméo n'arrive? On même, si je vis, n'est-il pas probable que l'horrible impression de la
effet, ce caveau es! l'rincirii réceptacle où depuis bien des siècles sont entassés les os de tous mes ancêtres ensevelis; où Tybalt sanglant et encore tout frais dans la terre pourrit sous son linceul ; où, dit-on, a certaines heures de la nuit, les esprits s' assemblent 1... Hélas! hélas! n'est-il pas probable que, réveillée avant l'heure, au milieu d'exhalaisons infectes et de gémissements pareils à ces cris de mandragores déracinées que des vivants ne peuvent entendre sans devenir fous... Oh ! si je m'éveille ainsi, est-ce que je ne perdrai pas la raison, environnée de toutes ces horreursî Peut-être alors, insensée, voudrai-je jouer avec les squelettes de mes ancêtres, et arracher de son linceul Tybalt mutilé, et, dans ce délire, saisissant l'os de quelque grand parent comme une massue, en broyer ma cervelle désespérée ! Oh ! tenez ! il me semble voir le s|>ectre lie mon cousin poursuivant Roméo qui lui a troué le corps avec la pointe de
111 SnAKSPEABE.
son épée... Arrête, Tybalt, arrête! (mu i-.ru, n èoi. t ■« itmi.) Roméo! Roméo I Roméo! Toici a boire! je boU à toi. » {flll« m Jeiir uii ma lit, doriiir. un ridenJ
Le malin se lève. On entre pour la réveiller, on la trouve morte. — Cris et larmes ! Le vieux Capulet lui-même se lamenle. La mort est sur elle comme une gelée précoce sur la douce fleur des champs I
u Le sépulcre est mon gendre, » dit-il à Péris, averti de la perte, o le sépulcre est mon héritier! le sépulcre a épousé ma fille. Moi, je vais mourir et tout lui laisser! Quand la vie se relire, tout est au sépulcre !
« — Rien qu'une panvre enfant, une pauvre chérienfant 1 rien qu'un seul être ponr me consoler, » sanglote la mére, « et la mort cruelle f arrache da
u — U jourl fl jour! 6 jour aureuT ! » crie la nourrice ; » jamais jour ne fut si sombre ! 0 jour dou-
n Rougissez, " dit-il , « de voire désespoir. Le ciel el vous, vous vous partagiez cette belle enfant; maintenant le ciel l'a tout entière I Votre part à vous, vous ne pouvez la garder de la mort ; mais le ciel la garde pour l'éternelle vie ! C'était le ciel pour vous de la voir s'élever, et vous pleurez, maintenant qu'elle s' élevé! Vivre longtemps mariée, ce n'est pas Otre bien mariée. La mieux mariée est celle qui meurt jeune ! Séchez vos larmes et attachez vos branches de romarin sur ce beau corps. Puis, selon la coutume, portez-la dans sa plus belle parure à l'église, car, bien que la faible nature nous porte à pleurer, les larmes de la nature font sourire la
Une scène déplacée et d'un scandaleux comique enire le domestique de la maison et les rnttsicieus, à la cérémonie lïnit'hre, interrompt cette lamentation désespérée et celle résignation pieuse. Son objet, manqué, est évidemment de montrer l'indifférence des étrangers aux douleurs de la famille des grands. Mais ici c'est la douleur de la nature tout entière à l'aspect d'une catastrophe de la vie, de la jeunesse, de la beauté et de l'amour. Tout le monde doit être attendri, ou bien il n'y a plus de tragédie, il n'y a plus de nature domaine sympathique. Aussi celle scène fait-elle horreur et n'est nullement comique.
C'est utio île ces fautes île goût qu'il ne faut pas attribuât' :ï SliaksiMM.iv, mais à la populace dépravée dont il était force de captiver, par des moyens honteux, la faveur. Plaignons les grands hommes I
Roméo, seul, en montant dans sa chambre, éprouve un heureux pressentiment que les morts heureux donnent aux survivants qui ignorent leur sort comme un avant-goût céleste de leur réunion prochaine ; il se sent léger.
« Mes rêves, » dit-il à son réveil, « m'annoncent l'approche de quelque heureuse nouvelle. »
Kntre un messager de Vérone.
» Comment va madame Juliette? car si ma Juliette est heureuse, il n'existe pas de malheur I
ii — Elle est heureuse , » répond le messager, « car son corps repose dans le tombeau des Capulet , et son ame immortelle se réjouit avec les auges!... »
ii Est-il vrai '! » s'écrie Roméo en se dressant sur son séant ; « eh bien ! astres du ciel , je vous défie I
De l'encre, du papier, des chevaux de poste, je pars à 1'inslantt Pas d'hésitation ! n
Le messager obéit et sort. 11 sort lui-mum? pour aller acheter du poison.
« Oui, Juliette, je dormirai près de toi cette nuit. Cherchons le moyen... 0 destruction! connue tu t'olTres vite à la pensée de; lioiiiru t-s désespérés! Je me souviens d'un apothicaire qui demeure aux environs; récemment encore je, le remarquais sous sa guenille, occupé, le sourcil froncé, à cueillir des simples; il avait la mine amaigrie, l'âpre misère l'avait usé jusqu'aux os. Dans sa pauvre échoppe étaient accrochés une tortue, un alligator empaillé et des peaux de poissons monstrueux; sur ses planches, une ebétive collection de boites vides, de pots de terre verdâtres, des vessies et des graines moisies, des restes de ficelle et de vieux pains de rose étaient épars ça et là pour faire étalage. Frappé de cette pénurie, je me dis à moi-même ; « Si un homme avait besoin de « poison, bien que la vente en soit punie de mort a « Mantouc, voici un pauvre gueux qui lui en ven- « drail. » Oh! je pressentais alors mon besoin présent; il faut que ce besoigneux m'en vende... Autant qu'il m'en souvient, ce doit être ici sa demeure; comme c'est fête aujourd'hui, la boutique du misé' rable est fermée... Hola! l'apothicaire! a
lit SHAKSPUAKK.
L' apothicaire cède à la misère et lui vend la mort, sans craindre la punition des lois.
« Viens, cordial, viens, ■ s'écrie Roméo en pressant son libérateur dans son sein , cette ciguë des amants; « viens au tombeau de Juliette; c'est là que tu dois me délivrer 1 »
Pendant qu'il se liâte vers Vérone, tout s'explique dans la cellule du père Laurence. Le moine qu'il avait adressé à Roméo pour lui faire part du subterfuge de la feinte mort de Juliette revient annoncer que, retenu par un accident, il n'a pu accomplir son message et qu'il en a charge un «impie courrier.
Cependant, Paris, accompagné de sou page, vient, dans sa douleur pieuse, répandre en secret des fleurs virginales sur le tombeau de sa fiancée. Le moine, de son côté, inquiet du réveil de Juliette assoupie par le breuvage, y court pour assister il sa résurrection et poui 1 la recueillir, à défaut de Roméo, dans sa cellule et l'envoyer le lendemain à son
Itouiéu arrive enlin en secret et emprunte une
nOMEO ET JULIETTE,
pioche de son page pour enfoncer le sépulcre et s'y coucher mourant a côté de son amante morte, l'aria, étonné, reconnaît en lui le meurtrier de Tybalt; il l'injurie. Romeo en a pitié; mais il le tue parce que Piris veut s'opposer à son sacrilège.
» — Oli ! je suis tué, d dit l'iris en expirant. « Ouvre-moi le tombeau, et dépose-moi près de Juliette. «
Sur ma foi je le ferai. — Examinons cette ligure. — Quoi! un parent de mon ami Mcrculio? le noble
Mon àme bouleversée n'y a pas fait attention. Il me contait, je crois, que Paris devait épouser Juliette, ll'a-t-il dit cela ou l'aï-je rOvcî Cl P ™à pu t. b«. i. »d>n< i« Mrii.l Oli l donue-moi ta main, toi que l'apre adversité a inscrit comme moi sur son livre! Je vais l'ensevelir dans un tombeau triomphal... — lin tombeau? Ob ! non. jeune victime, c'est un louvre splendide, car Juliette y repose, et sa beauté fait de ce caveau une salle de fête illuminée. (il<w p ™o pin. im i, ««mmmU Mort, repose ici, enterré par un mort. — Oue de fois les hommes à l'agonie ont eu un accès de joie, un éclair avant la mort, comme disent ceux qui les soignent 1... Ah ! comment comparer ceci à un
femme ! La mort qui a sucé le miel de ton haleine n'a
pas encore eu de pouvoir sur ta beauté : elle ne t'a pas conquise-, la flamme de la branlé est encore toute cramoisie sut- tes lèvres ei sur tes joues, et le pâle drapeau de la mort n'est pas encore déployé là...
dans ton linceul sanglant! Oh! que puis-je faire de plus pour toi? De cette même main qui faucha la jeunesse, je vais abattre celle de ton ennemi, Pnrdonnemot, cousin, (m™«»t nu pu.) Ah! chère Juliette, pourquoi es-lu si lîî'Ilf r-ncore ? Dnis-je croire que le spectre de la Morl t*sl amoureux et que l'affreux monstre décharné te garde ici dans les ténèbres pour te posséder!... Horreur! Je: veux rester prés de toi et ne plus sortir de ce sinistre palais de la nuit, ici, ici. je veux l'ester avec ta chambrière, la vermine ! Oh ! c'est ici que je veux fixer mon éternelle demeure et soustraire au joug des étoiles ennemies cette chair lasse du monde... (Ttiwrit w ™r T .» ™iira™i.) Un dernier regard, mes yeux! bras, une dernière étreinte! et vous, lèvres, vous, portes de l'haleine, scellez par un baiser légitime un pacte indélini avec le sépulcre accapareur! (smmmt n miij Viens, amer conducteur, viens, âcre guide. Pilote désespéré, vite I lance suites brisants ma barque épuisée par la tourmente ! A ma bien-aimée! lu t*it te P „iion.) Oh ! l'apothicaire ne m'a pas trompé : ses drogues sont actives... Je meurs
Fbèbe LAORENC
Saint François me soit cm aide! ijue de fois celte nuit mes vieil* pieds se sont heurtés à des lomhcs !
(I! roDcooln S.ttu«ar «end» . UrnJ Qlti 6-St Iftî
Un ami! quelqu'un qui vous connaît bien.
Soyez béni I... Dis-moi, mon bon ami, quelle est cette torche là-bas qui prête sa lumière inutile au\ larves et aux crânes sans yeu\? 11 me semble qu'elle brûle dans le monument des Capulct.
En effet, saint prêtre; il y a là moi) maître, quelqu'un que vous aimez.
LAURENCE
Qui donc ?
BALTHAZAB..
Roméo.
SUAKSPEARB,
LAUBENCE.
Combien de temps a-t-il été là ?
BALTHUR,
Une grande demi-heure.
Viens avec moi au caveau.
BALTHAZAH.
Je n'ose pas, messire. Mon maître croit que je suis parti ; il m'a menacé de mort en termes elfrayanls, m ji; lurtnis ii l'îpitir ses actes.
LAURBNCE.
Reste donc, j'irai seul... L'inquiétude nie prend : vil ! je crains bien quelque mallieur.
Comme je donnais ici sous cet if, j'ai rêvé que mou maître se battait avec un autre homme et que mon maître le tuait.
LAURENCE, alliai m !• umlinii.
Roméo ! [DirifMnt l> lumiira du u lialinu »ui l'mtria du Km.bcui.1 Hélas! hélas! quel est ce sang qui tache le seuil de pierre de ce sépulcre? Pourquoi ces épées
abandonnées ol ^uiijaiiu^ prajuiient-elles leur lueur sinistre sur ce lieu de paix? lu w <ia°» b mouiuou.) Roméo! Oh! qu'il est paie!... Quel est cet autreî fiuoi, Paris aussi ! baigné dans son saiig ! Oh ! quelle heure cruelle est donc coupable de cotte lamentable catastrophe?... tëeuitui Julmie.) Elle remue! piiiti»
JULIETTE
0 frère charitable, oit est mon seigueur? Je nie rappelle bien en quel lieu je dois être : m'y voici... Mais où est Roméo ? iiun, lus.)
LAURENCE
J'entends du bruit... Ma lille, quitte ce nid de mort, de contagion, de sommeil contre nature. L'n pouvoir au-dessus de nos contradictions a déconcerté nos plans. Viens, viens, partons ! Ton mari est là gisant sur ton sein, et voici Paris. Viens, je te placerai dans uue communauté de saintes religieuses; pas de questions! le guet arrive... Allons, viens, chère
JULIETTE
Va, sors d'ici, car je ne m'en irai pas, moi. Qu'est ceci ? Une coupe qu'elreint la main de mon bien— aime! C'est le poison, je le vois, qui a causé sa fin
une goutte amie pour m'aider :i le rejoindre !... Je veux baiser tes lèvres : peut-être y trouverai-je un reste de poison dont le baume me fera mourir... (au* rombruu,) Tes lèvres sont chaudes 1
PREMIER GARDE, derrière 1„ IWll.e.
Conduis-nous, page... De quel côté î
JULIETTE
Oui, du bruit! Hilton s-nous donc! [sii.i„ nnl i, ,™en>rd do aomia.) 0 heureux poignard! voiei ton fourreau... (mie <u> rtsppE.i Houille-toi là el laisse-moi mou-
Voîlà l'endroit, là où la torche brûle.
Le sol est sanglant. Qu'on fouille le cimetière! Aile*
plusieurs, et arrêtez qui vous trouverez, (p»
«nirnij Spectacle navrant! Voici le comte assassiné... et Juliette en sang!... chaude encore !... marte il n'y a qu'un moment, elle qui était ensevelie depuis deux jours!... — Allez prévenir le prince, courez chez
les Canulet, réveillez les Honlague... que d'autres aillent au \ recherches. ID'jmit. ganin umil Nous voyons bien le lieu où sont entassés tous ces désastres ; niais les causes qui ont donné lieu à ces désastres lamentables, nous ne pouvons les découvrir sans une enquête.
E«i,cnt iitii..,. Gardes, retint BALTHAZAB.