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sentiments chrétiens ; elle ne regrette rien de ce qu’elle a fait, elle se considère comme une victime injustement frappée , elle poursuit de sa vengeance ceux qui ont combattu contre elle, et elle ne vit que pour assister à la ruine de ses vainqueurs et pour s’en réjouir. Quoique bannie sous peine de mort, elle revient en Angleterre assister aux luttes intestines de la maison d’York. Shakspeare personnifie en elle la Némésis antique ; il lui donne des proportions plus qu’humaines et il la représente comme une sorte d’apparition surnaturelle. Elle pénètre librement dans le palais d’Edouard IV, elle y exhale sa haine en présence de la famille d’York et de ses courtisans. Nul ne songe à l’arrêter, quoiqu’elle soit exilée, et elle en sort sans obstacles , comme elle y est entrée. La même baguette magique, qui lui a ouvert une première fois les portes de la demeure royale, les lui ouvre encore quand Edouard est mort et que ses fils ont été assassinés à la Tour par l’ordre de Richard III. Elle est venue d’abord pour maudire ses ennemis ; elle vient maintenant pour recueillir les fruits de sa malédiction. Semblable à une Furie vengeresse ou à la Fatalité des anciens, elle a annoncé à chacun le sort qui l’attendait.
« Que votre roi meure, a-t-elle dit à toute la cour, qu’il meure, sinon par la guerre, du moins par la débauche, comme le nôtre a péri par le meurtre, pour le faire roi ! » Et, suivant sa prédiction, Edouard IV s’est éteint, épuisé par les voluptés. « Qu’Édouard, ton fils, a-t-elle dit à la reine Élisabeth, maintenant prince de Galles, en expiation du trépas de mon fils Édouard, alors prince de Galles, périsse à la ileur de l’âge, moissonné, comme lui, par une mort violente ! » L’enfant qu’elle désignait ainsi à la vengeance céleste a été poignardé. « Rivers et toi,
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Dorset, a-t-elle ajouté, vous étiez présents, et toi aussi, lord Hastings, quand mon fils fut frappé de poignards homicides. Je prie Dieu que nul de vous ne vive jusqu’au jour marqué par la nature, mais que vos jours soient tranchés par quelque accident imprévu » En effet, ils sont morts, condamnés par Richard.
Marguerite triomphe, ses vœux cruels ont été exaucés, et elle veut contempler de ses propres yeux les victimes de ses malédictions. Elle rencontre celles qu’elle cherchait, la duchesse d’York, mère d’Édouard IV, et la reine Élisabeth, sa femme; elle les voit plongées dans la douleur et elle entend les plaintes qu’elles exhalent ; à son tour elle prend la parole et elle leur dit : « Si la plus ancienne douleur est la plus digne de respect, cédez à la mienne le droit d'aînesse et que mes chagrins aient la prééminence sur les vôtres ! J’avais un Édouard ; un Richard l’a tué. J’avais un Henri; un Richard l’a tué. Tu avais un Édouard; un Richard l’a tué. Tu avais un Richard ; un Richard l’a tué... O Dieu juste, équitable dispensateur, combien je bénis ta justice! — Épousede Henri, répond avec dignité la vieille duchesse d’York, ne triomphe pas de nos malheurs ! Dieu m’est témoin que mes larmes ont coulé pour les tiens. — Pardonnez-moi, coutinue Marguerite, je suis affamée de vengeance, et maintenant qu’elle est sous mes yeux, j’en repais mes regards. » Elle s’enivre alors de la joie delà victoire, elle rappelle tout ce qu’a souffert la famille d’York, en échange de ses propres souffrances, et avec la cruauté implacable d’une haine de femme elle accable de son mépris la reine Élisabeth, qui est montée sur le trône à