‹ Shakspeare, ses œuvres et ses critiquesChapitre 50 sur 139 · I. King Hichurd the second, act. lit, ai · texte numérisé non relu

I. King Hichurd the second, act. lit, ai

n’a même pas celle de lutter contre elle. Il s’y résigne tout de suite, sans combat, non pas avec la virilité de la résignation chrétienne qui exige un effort de la volonté, mais avec l'affaissement d’une nature inerte qui s’abandonne elle-même, pour devenir le jouet des événements. Il a encore des éclairs de colère, il se fâche et il s’irrite contre ceux qui l’insultent, mais la pensée ne lui vient pas de sc soustraire à son sort par un acte énergique. Arraché brusquement à la sécurité qu’entraîne la possession paisible d’un trône, il -se replie sur lui-même et l’activité de son esprit, qui se laissait distraire par le spectacle du monde, se ramène à l’analyse des sentiments qu’il éprouve. Sa pensée indécise flottait au hasard ; elle se recueille maintenant sous le coup du malheur et se revêt d’une teinte mélancolique qui la rapproche d’une philosophie détachée des biens terrestres. Elle s’exprime alors, par un procédé familier à Shakspeare, sur le ton de l’ironie et avec une amertune qui n’épargne aucun des préjugés humains. Le roi trompé et trahi méprise tout ce que fait, tout ce que pense l’homme, cherche la vérité derrière les voiles dont l’hypocrisie sociale la couvre et arrache de son cœur, avec un douloureux plaisir, toutes les attaches par lesquelles il tient encore à l’existence. « Qu’on ne me parle plus de consolation ! s’écrie-t-il, quand il a appris que ses favoris ont été mis à mort. Nos biens, nos vies, tout ce que nous possédons appartient à Bolingbroke ; il n’est rien que nous puissions dire nôtre, rien si ce n’est la mort, et ce chétif morceau d’argile qui sert à recouvrir nos os. » Pendant qu’il parle, ses serviteurs l’écoutent avec le respect qu’on témoigne d’ordinaire aux souverains. « Couvrezvous, leur dit-il brusquement, et n’insultez pas à un être

de chair et de sang par les démonstrations d’un respect ridicule. Mettez de côté les honneurs traditionnels, l’étiquette et les cérémonies. Jusqu’à présent, vous vous ôtes mépris sur mon compte. Comme vous, je vis de pain, je ressens les besoins et la douleur ; je ne puis me passer d’amis. Soumis à toutes ces nécessités, comment pouvez-vous me dire que je suis roi ? 1 »

Quoique abattu par le malheur et incapable de résister à la main qui le frappe, il n’est point calme cependant. Il rougit quelquefois de son humiliation et il se juge luimême aussi sévèrement que peuvent le faire les témoins de sa faiblesse. Quand on vient lui demander de rendre à Bolingbroke tous ses biens et de révoquer l’arrêt prononcé contre lui, il le fait sans difficulté, mais il ajoute aussitôt : « O Dieu ! ô Dieu ! faut-il que ma bouche, après avoir prononcé contre cet homme un rigoureux arrêt de bannissement, le révoque aujourd’hui, avec des paroles bienveillantes ? Oh ! que ne suis-je aussi grand que ma douleur ou moins grand que mon nom? Oh! que ne puis-je oublier ce que j’ai été ? ou ne plus me rappeler ce qu’il faut maintenant que je sois? » Puis il ajoute, un instant après, avec un complet abandon de sa volonté : « A présent, que doit faire le roi ? Se soumettre. Le roi se soumettra. Veut-on le déposer ? Le roi s’y résigne. Veuton qu’il renonce au nom de roi ? Pour Dieu, qu’on le lui ôte ! Je suis prêt à échanger mes joyaux contre un rosaire... et mon vaste royaume contre un étroit tombeau2 ! »

Ces alternatives de résignation absolue et de résignation mêlée de regrets concourent, avec l’ironie qui s’y ajoute , à donner à Richard une physionomie atta-

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