‹ Shakspeare, ses œuvres et ses critiquesChapitre 53 sur 139 · Third part of king Henri VI, act. m, sc · texte numérisé non relu

Third part of king Henri VI, act. m, sc

Eli effet, tous les personnages qu’il a intérêt à tromper tombent successivement dans les pièges qu’il leur tend. Son coup d’essai, c’est de feindre l’amour et même d’en inspirer, lui boiteux et bossu, et à qui? à la veuve du dernier prince de Galles, à la jeune femme qu’il a précipitée du trône et dont il assassiné le mari et le beaupère. Il rencontre lady Anne au moment où elle conduit à Çhertsey le corps du roi Henri VI, qui a été retiré de Saint-Paul, et, en face de ce cadavre, il interromptle cortège funèbre pour faire une déclaration à la princesse. Repoussé avec mépris d’abord, il ne se décourage pas, il insiste, et il parle si bien, qu’il finit par toucher ce jeune cœur qui s’était gonflé de colère à sou approche. Mais aussi comme il sait fasciner sa proie, quelle expression émue et attendrie il sait donner à son visage, quel air de sincérité à ses paroles ! On l’écoute, on le regarde, et peu à peu, à la réflexion, à la haine succède une sympathie involontaire. Sa voix tremble, ses joues se décolorent, il a des larmes dans les yeux. Comment ne pas le croire quand il s’écrie, comme s'il était dominé par une émotion plus forte que sa volonté : « Moi, qui n’ai pas pleuré quand Rutland fut tué ni quand Warwick m’annonça la mort de mon père, maintenant je verse des pleurs? » Savoir exprimer les meilleurs sentiments, feindre de les éprouver sans en ressentir aucun, rester toujours maître de soi-même quand on paraît le plus touché, n’avoir ù la bouche que des mots de bonté, de bienveillance et de tendresse, parler, en effet, comme le plus doux et le plus sensible des hommes, quand on ne se nourrit que de haine et d’ambition , telle est la comédie que joue Richard pendant toute sa vie et grâce à laquelle il trompe jusqu’au bout ses victimes.

SHAKSI’EARE.

Ceux dont il veut se défaire sont ceux qu’il caresse le plus et qu’il a le mieux persuadés de son amitié. 11 accuse sourdement son frère, le duc de Clarence, il attise contre lui la colère du roi ; mais en même temps il fait semblant de prendre sa défense, il regrette de le voir conduire à la Tour où lui-même l'a envoyé, il songe à le faire mourir et il lui promet de le délivrer. Il a si bien convaincu ce malheureux prince de sa bonne foi, que celui-ci, en se débattant entre les mains des assassins payés par Gloster , leur dit : « Si c’est la promesse d’un salaire qui vous fait agir, retirez-vous, et je vous adresserai à mon frère Gloster qui vous payera ma vie à plus haut prix qu’Edouard ne vous eût payé ma mort. Dites-lui que le jour où York, notre illustre père, étendit son bras victorieux sur ses trois fils pour les bénir et nous commanda, de toute la chaleur de son âme, de nous aimer les uns les autres , il était loin de prévoir cette tache faite à notre amitié. — Dites cela à Gloster et vous le verrez pleurer et s’attendrir. » Le témoignage des assassins ne peut détruire sa confiance en son frère. « C’est lui-même qui nous envoie, répondent-ils. — C’est impossible, reprend Clarence, car il a pleuré mon malheur, il m’a pressé dans ses bras, et m’a juré, avec des sanglots, de tout faire pour obtenir mon élargissement. 1 »

Quand le roi désire réconcilier Richard avec les parents de la reine, Richard s’y prête de bonne grâce, il paraît tout disposé à faire la paix et il leur tend la main au moment même où il est décidé à se débarrasser d’eux et à les accuser de la mort de Clarence. « Je ne connais pas, dit-il joyeusement, un seul Anglais vivant contre

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