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SA VIE ET SES ŒUVRES

Un jour que Byron, en veine de littérature, causait avec Sheliey, et lui avouait naïvement que jusqu'alors il n'avait écrit que pour les femmes, mais qu'à quarante ans, âge où leur influence meurt de sa belle mort, il changerait de tactique, et montrerait aux hommes ce dont il était capable, Sheliey lui ré pondit : « Faites-le dès aujourd'hui; n'écrivez rien que ce que la conviction de la vérité peut vous inspirer d'écrire ; vous devez donner des conseils aux sages et non en demander aux fous. Le temps renversera le jugement du vulgaire. La critique contemporaine ne représente que la dose d'ignorance que doit combattre le génie. »

Le temps s'est chargé de donner raison à Sheliey; il a renversé le jugement du vulgaire, et la poésie de Sheliey vivra aussi longtemps que la langue anglaise.

Il y a plus de trente ans que la critique en Angleterre constatait la profonde influence de son génie sur les poètes contemporains : « l'imitation de Shelley est visible, disait un de ses historiens en 1850, dans la plupart des poètes éminents de ce siècle. » Depuis, cette influence s'est encore accrue et accentuée; il suffit, pour s'en convaincre, de citer les noms de Tennyson, des Browning, et de Swinburne.

Pendant que ce nom grandissait de l'autre côté de la Manche, où il devenait le synonyme de poésie, pendant que ses chants trouvaient des traducteurs en Allemagne, en Italie, en Espagne et en Amérique, la France ignorait à peu près tout de lui ; ou si de temps en temps les Revues lui consacraient en passant un souvenir, ces articles superficiels ne renfermaient guère qu'une biographie plus ou moins romanesque du poète ou de vagues généralités sur son génie ^; son œuvre restait à peu près lettre fermée et morte, et l'un des plus grands penseurs du siècle apparaissait comme un Chatterton de deuxième ou de troisième catégorie, un rêveur extravagant et stérile, bon tout au plus à fournir quelques fleurs aux Keepsakes de nos voisins.

Depuis quelque temps, le moment semble venu pour la France de rendre justice à l'auteur à'Alastor,

1. Il faut faire une exception en faveur de l'Êtiide de M. Odysse Barot dans l'ancienne Revue contemporaine, nov. et déc. 1867. Cette étude, malgré ses inexactitudes et ses lacunes, estle travail le plus sérieux qui ait été fait jusqu'ici en France sur Shelley.

du Prométhée délivré, diEellas, des Ce?ici, et de tant d'autres chefs-d'œuvre dont un seul suffirait pour asseoir à jamais une réputation poétique. De toutes parts, dans le monde lettré, l'attention s'éveille enfin sur ce poète plus grand que Byron, et qui n'avait pas encore trouvé en France un traducteur, quand on ne comptait plus ceux de Childe-Harold ou de Dû)i Juan '.

11 faut avouer qu'à l'époque oii nous vivons, le dessein de faire connaître à la France un poète tel que Shelley peut paraître quelque peu téméraire, et qu'il faut à l'éditeur d'une Traduction complète de ses Poésies une certaine dose de hardiesse et de courage. Sans parler de son titre de poète, celui-ci est un génie tellement exceptionnel, tellement à rencontre du siècle, tellement étranger aux préoccupations positives, utilitaires et réalistes qui l'absorbent, que l'on s'expose à s'entendre dire : qu'avons-nous à faire de pareils rêveurs ? Un Milton ou un Shakespeare révolutionnaire et humanitaire, à quoi cela peut-il bien servir? Progrès intellectuel et moral, règne de

1 . Depuis que la critique française semble prendre plus au sérieux Shelley et son œuvre, d'excellents Essais ont paru sur son caractère, son génie et quelques parties de son œuvre, tels que : un article de M. Schuré dans la Revue des Deux Mondes, 1er février 1877, un excellent chapitre de M. Darmesteter, dans ses Essais de littérature anglaise, et une étude approfondie des Cenci dans le livre de M. Sarrazin : Poètes modernes de V Angleterre. — On eût pu attendre de M. Taine, dans son Histoire de la Littérature anglaise, une étude plus digne du génie de Shelley et de son influence si considérable sur la poésie anglaise de notre siècle.

la justice et du droit, amour de tout ce qui souffre et pleure dans le monde, le beau, le bien, le divin, l'idéal dans la nature, dans l'art et dans la société, nous avons fait table rase de toutes ces niaiseries, de toutes ces insanités !

Evidemment, ce n'est pas à ces Béotiens du xix" siècle que Shelley s'adresse. Il est, plus qu'aucun autre, de cette race d'hommes (anachronismes vivants), qui, ne trouvant dans tout ce qui les entoure aucune réalité digne d'être chantée, d'un coup d'aile surhumain, se mettent d'emblée en dehors des conditions et des conventions du monde visible, l'œil uniquement fixé sur le monde de la pensée, de l'esprit, sur ces idées éternelles, mille fois plus réelles, mille fois plus vivantes pour eux que la fantasmagorie éphémère des phénomènes de l'espace et du temps, parce qu'elles sont les lois primordiales de l'être humain, le divin dans l'homme et qu'elles le conduisent en dépit de lui-même à ses mystérieuses destinées. Plus heureux que d'autres poètes, peutêtre aussi bien doués que lui, s'ils avaient eu sa foi, jamais il n'a laissé dériver sa barque aux écueils du doute et du désespoir; il est l'antipode du sceptiticisme, de la misanthropie, de lamélancolie solitaire et stérile, le porte-voix indomptable de la foi, de l'espérance et de l'amour. « Donnez-moi un point d'appui, s'écrie-t-il avec Archimède, et je soulèverai le monde. » Et, convaincu que ce point d'appui ne saurait se trouver dans rien de fragile et de périssable, il l'a cherché dans la seule puissance qui échappe aux atteintes des choses et du temps, la puissance

invincible de l'esprit et de la volonté humaine, cette émanation de l'Esprit universel de la Nature qui est Dieu. C'est dans ce sens qu'on peut dire qu'il est le plus spiritualiste, le plus idéaliste, le plus religieux des poètes. Son athéisme ou son panthéisme, comme on voudra l'appeler, n'est qu'un acte de foi à ce que son âme sent de divin en elle-même en communion avec la Nature. S'il est, dans ce sens élevé, le plus religieux des poètes, il en est aussi le plus inspiré, dans toute la force du mot; et si le nom de r.ates peut s'appliquer à un poète moderne, c'est à lui. Ce qu'il chante, il le voit, le perçoit et le sent; l'esprit, comme il aimait à le répéter, devenant semblable à ce qu'il contemple, il se transforme en ses propres conceptions; l'Esprit de la Nature s'incarne en lui ; il y a en lui du voyant et du prophète; il est quelquefois un écho de Job, d'isaïe et du Christ ^

Dans cet état d'inspiration, l'abstraction devient

1. Hogg, le condisciple et le biographe de Shelley, a excellemment dit dans ce sens : « Shelley est le seul poète moderne dont les vers semblent uniformément inspirés ; aucun poète moderne n'est aussi complètement, aussi universellement que lui sous l'influence de l'inspiration. Les plus jeunes, les plus hâtives, les moins achevées, les plus informes et les plus irrégulières de ses poésies ont, au milieu de leurs nombreux défauts, quelque chose de surhumain. Elles semblent sortir de la bouche non d'un mortel, mais 'de celle d'un dieu ou d'un démon. Les poètes ses contemporains ont sans doute de bons, d'excellents ouvrages . Mais le roulement des roues d'une brouette ne saurait se comparer au pas d'un cheval de course, aux bonds d'une antilope, au vol d'un aigle, quelque admirablement conduite qui soit d'ailleurs la brouette par une robuste et habile main. »

SIIELLEY

vision, l'allégorie se fait réalité; la métaphysique se transforme en une mythologie vivante, « un Panthéon splendide, comme dit Macaulay, plein de formes belles, majestueuses et animées, riche en visions aussi glorieuses que les Dieux qui vivent dans le marbre de Phidias, ou les vierges qui nous sourient dans les tableaux de Murillo. L'e?prit de Beauté, le principe du Bien, le principe du Mal, cessent d'être des abstractions : ils prennent forme et couleur. Ce ne sont plus de simples mots, mais des formes intelligibles, de belles humanités^ des objets d'amour, d'admiration ou de crainte. »

Un idéalisme passionné et vivant, tel est le premier trait de la poésie de Shelley.

Le second, plus frappant en lui que dans aucun autre poète de notre temps, c'est une chaleur et une tendresse de cœur, un amour de l'humanité, qui n'a guère d'accents équivalents que dans Shakespeare, amour qui va jusqu'à l'héroïsme, au sacrifice, au martyre. Ainsi que l'a très bien remarqué un de nos jeunes poètes ^ qui a plus d'une analogie d'inspiration avec Shelley, « l'un et l'autre (Shakespeare et Shelley) ont sucé le lait de la tendresse humaine, ils embrassent dans leur profonde sympathie tous les âges et tous les peuples ; aucune religion ne peut les contenir, ils débordent de nature et d'humanité. »

Un seul mot résume toute la morale poétique et

1. Maurice Bouchor : Notice sur Shelley. (Revue des chefsd'œuvre, 10 février 1884,) et un article du Passant, 5 janvier

philosophique de Shelley: l Amour ; mais l'amour dans sa plus haute et plus idéale acception, l'amour, tel que l'ont compris Platon, Jésus et Dante, l'attraction universelle des êtres, le rayonnement de l'éternelle beauté dans l'âme de l'homme, le dernier mot de la vie ; l'amour, tel que l'entendait dernièrement un des rares Platoniciens de ce siècle, lorsqu'à propos d'un dialogue incompris des Pharisiens de notre temps, il écrivait en s'inspirant de Phèdre et du Banquet: « l'Amour est le véritable Orphée... Je suis persuadé qu'il occupera une grande place dans la philosophie de l'avenir. » Le jour où les poèmes de Shelley seront, je ne dis pas populaires, mais compris et goûtés des esprits délicats et purs, le desideratum de M. Renan ne sera pas loin d'être réalisé.

Michelet, dans son beau livre de la Mer, distingue deux sortes de tristesse ou de mélancolie, celle des femmes et celle des forts, — celle des âmes trop sensibles qui pleurent sur elles-mêmes, et celle des cœurs désintéressés qui pour eux acceptent le sort et bénissent toujours la nature, mais en même temps sentent les maux du monde, et puisent dans la tristesse même les forces pour agir ou créer.

On peut dire que l'âme de Shelley a été mordue par ces deux espèces de tristesse, mais ce qui domine en lui, c'est la seconde, cette mélancolie héroïque, née de la sympathie avec toutes les misères de l'humanité, et du désespoir de ne pouvoir y apporter un remède.

Gomme tous les grands esprits amoureux du pro-

grès et du bonheur de l'humanité, Shelley a rêvé pour le monde un nouvel âge d'or, une palingénésie universelle, dont l'aurore luira le jour où l'homme, se dépouillant de sa nature d'emprunt, redeviendra véritablement homme.

Profondément touché delà vue du mal sur la terre à l'âge même oi^i tout sourit ordinairement dans la vie, Shelley s'est dit, que toute l'activité de l'esprit humain devait tendre à le diminuer, sinon à l'éliminer de la face du monde, à faire, comme il aimait à le répéter, de cette terre un ciel : — que si les religions, les philosophies traditionnelles et les institutions politiques étaient incapables de produire ce résultat, c'est qu'elles s'éloignaient systématiquement des grands principes moraux et naturels qui sont à la base de toute conception vraiment humaine et progressive ; — qu'à la poésie seule appartenait par conséquent ce rôle de créer à nouveau, pour ainsi dire, l'entendement et le cœur humain dévoyés, défigurés parle préjugé, l'habitude, et une servile obéissance, fruits empestés de l'égoïsme; — que la poésie seule, c'est-à-dire l'inspiration, (qui n'est en somme que le retentissement de la grande voix de la nature dans l'âme du poète), pouvait remonter à cette source pure et sans mélange, d'oii découlent lesidées de vérité, de justice et d'amour, seules capables de diriger l'humanité vers le bonheur ; — que si l'esprit du bien avait pu résister dans le monde aux assauts incessants de l'esprit du mal, (c'est-à-dire : à la tyrannie, à l'autorité sous toutes ses formes : foi, coutume, éducation), que si, en un mot, l'humanité

avait le droit de ne pas désespérer d'elle-même, elle le devait aux. seuls poètes, aux vrais sages, qui, s'élevant au dessus de leur siècle, au dessus des institutions passagères de la religion et de la politique, avaient de temps en temps ramené l'esprit humain à la contemplation de cet ordre naturel, indestructible et éternel, où gisent les seules lois fécondes pour l'amélioration et le bonheur de l'homme. Tels ont été les créateurs du langage, de la musique et de tous les autres arts. Tels ont été Job et les prophètes, Homère, Eschyle et Platon, Dante, Shakespare et Rousseau. Tel je serai, si je suis poète, s'est dit Shelley. Et il s'est tenu parole. Aussi sa poésie, si pleine des idées modernes, filles de la révolution, est-elle encore plus pleine de la sagesse antique, comme un écho de tous les grands poètes et de tous les grands penseurs de tous les temps, dont il est le frère et le continuateur. Sa poésie, selon une définition de Byron qui semble empruntée à Shelley, est véritablement « la conscience d'un monde passé etd'un monde à venir. »

Quant à l'histoire de Shelley, inséparable 'de celle de ses œuvres, qui ne sont pour la plupart que l'autobiographie morale de son âme, nous l'avons cherchée avant tout dans Shelley lui-même, dans ses poésies, dans ses nombreux écrits ou fragments en prose S dans ses lettres surtout, dont nous regrettons

1. H. B. Forman : Thp Prose works of P. S.Shellei/, 4 v. gr. in-8, 1880. M. Forman a édité aussi les Œuvres poétiques de

vivement de ne pouvoir citer que de trop rares extraits ; enfin dans les souvenirs et mémoires que lui ont consacrés sa femme et les rares amis qui ont vécu dans son intimité.

Nous n'avons pas dédaigné les biographies de seconde main, surtout lorsque, comme celles de Mac- Carthy ' ou de Rossetti-, elles joignent la plus scrupuleuse exactitude historique au respect de leur sujet et à l'impartialité de la critique.

Mais que dire d'un lourd et venimeux pamphlet en deux énormes volumes in-4° de près de 1000 pages, oîi M. Jeaffreson, fatigué d'entendre appeler Shelley le juste, a voulu sous ce titre (( Le réel Shelley ^ » se faire l'écho de toutes les calomnies, de toutes les rancunes, de toutes les haines du cant anglican contrelui?Il faudrait pour leréfuter deux volumeségaux aux siens ; et qui pourrait en supporter la lecture ? Nous nous contenterons de donner en passant quelques échantillons de cette puérile et gigantesque, critique, tout en regrettant qu'un véritable talent se soit employé à une si triste besogne. Le gros livre de M. Jeaffreson ne prouve qu'une chose, c'est combien

Shelley, 4 v. gr. in-S, 1882. Il faut joindre à cette magnifique édition celle des Œuvres poétiques donnée par M. Rossetti, 3 V. in-8, 1881, le dernier mot de la critique philologique sur le poète.

1. Shelley's Early Life, from Original Sources, by Denis Florence Mac-Garthy, 1872.

2. Memoir of Slielley, en tête du 1" vol. de son édition des poésies de SlifiUey.

3. The Real Shelley, vues nouvelles sur la vie du poète, par J. G. Jeaffreson, auteur du Real Lord Byron, 2 v. ia-4, 1883,

Shelley a frappéjuste, en attaquant cette hypocrisie intolérante du fanatisme anglican qui n'a jamais su ni rien apprendre, ni rien oublier.

S'il y a dans le caractère et la vie de Shelley quelques ombres et quelques taches, elles se fondent et disparaissent dans l'irradiation de son génie, et l'on peut lui appliquer le bénéfice de ces sages observations qu'il a faites lui-même au sujet des grands poètes ses prédécesseurs, et que M. Jeaffreson aurait dû méditer avant d'écrire :

« Prêtons l'oreille un momentà l'opinion populaire; réunissons en nous pour un instant les caractères incompatibles d'accusateur, de témoin, de juge et d'exécuteur ; décidonssans jugement, sans témoins et sans formes que ceux, qui « siègent où nous n'osons porter notre vol », ont obéi à des motifs répréhensibles. Supposons qu'Homère était un ivrogne, Virgile un flatteur, Horace un lâche, le Tasse un fou, lord Bacon un péculateur, Raphaël un libertin, Spenser un poète lauréat. La postérité leur a rendu ample justice. Leurs erreurs ont été pesées, et elles ont paru comme de la poussière dans la balance; si leurs péchés « ont été comme l'écarlate, ils sont maintenant blancs comme neige » ; ils ont été lavés dans le sang du médiateur et rédempteur, le temps... Ne jugez pas, si vous ne voulez pas être jugés ^ »

On peut appliquer à Shelley mieux qu'à aucun autre ces belles poroles que Berlioz écrivait en songeant à lui-même :

1. Défense de la poésie, t. III de notre traduction, appendice II.

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« Il y a dans l'humanité certains êtres doués d'une sensibilité particulière, qui n'éprouvent rien de la même façon ni au même degré que les autres, et pour qui l'exception devient la règle. Chez eux, les particularités de nature expliquent celles de leur vie, laquelle à son tour explique celles de leur destinée. Or, ce sont les exceptions qui mènent le monde ; et cela doit être, parce que ce sont elles qui paient de leurs luttes et de leurs souffrances la lumière et le mouvement de l'humanité. »

Le livre de M. Jeaffreson nous faisait attendre avec plus d'impatience la Vie de Shelleij par M. le professeur Dowden, comme devant être le dernier mot de la critique historique sur Shelley. Notre attente n'a point été trompée. Qu'il nous soit permis d'exprimer à M. Edward Dowden toute notre reconnaissance pour l'envoi, au lendemain de leur publication, des deux volumes de sa biographie de Shelley ^ Grâce à son livre, nous avons pu remplir plus d'une' lacune dans notre premier travail, et nous faire une opinion plus arrêtée sur certains points de l'histoire du poète qui prêtaient à l'incertitude et à la controverse. Le nombre et l'importance des sources originales oii M. Dowden a pu puiser, les nouveaux matériaux de toute sorte qu'il a su si bien mettre en œuvre font de sa Vie de Shelley une étude définitive, qui pourra tenir lieu de toutes les autres, et que devra néces-

1. The Life of Verey Bijsshe Shelley, by. Edward Dowden, professer of english literature in tlie University of Dublin, injwo volumes. London,Kegan Paul, Trench et G" 1886.

sairement consulter quiconque à l'avenir s'occupera de notre poète. En la lisant, il nous est venu un regret, celui de ne pouvoir substituer à notre propre travail une simple traduction de cet excellent livre. On retrouvera du moins en substance dans le nôtre tous les trésors d'information qu'il ajoute à l'histoire de Shelley et de son génie. A ces sources, si nombreuses et si variées qu'elles ont déjà fourni la matière d'une ample bibliographie, il faut ajouter les documents de toutes sortes dont nous sommes redevables au zèle enthousiaste de la société Shelléienne de Londres. Cette société, digne pendant de celles de Shakespeare et de Spenser, ne néglige rien pour ajouter chaque jour une nouvelle révélation à l'histoire de son poète, un nouveau rayon à son auréole.

Shelley pensait que les poètes ne pouvaient être traduits que par leurs pairs, et dans un rythme calqué sur le rythme original ; c'est ainsi que luimême a essayé, et avec le plus grand succès, de traduire en vers anglais des passages favoris de ses grands modèles: Homère, Euripide, Dante, Caldéron, Goethe.

En attendantqu'un poète digne de Shelley le traduise en vers, marchant du reste sur des traces lumineuses \ nous avons pensé faire œuvre méritoire

l. Nous voulons parler des excellentes traductions de poèmes détachés qui ont paru dans ces derniers temps et nous ont servi de modèles : les Ce?ici et VHellas, traduits par madame Tola Dorian ; VAlastor, par M. Sarrazin; une partie delà Tîeme Mab par F. V. Plugo, et quelques petits poèmes détachés, par M. Maurice Bouchor.

en essayant de transporter dans notre ingrate et sourde prose, sinon la musique etTharmonie intraduisibles, au moins le mouvement, la chaleur, ou la délicatesse de la pensée, et quelque chose de l'éclat, de la vigueur, de l'étrangeté et delà hardiesse originale de l'expression. Shelley sans doute nous eût pardonné lui-même de détruire ainsi sa divine musique, en pensant qu'un plus grand nombre d'âmes humaines pourraient, à l'aide de notre traduction, participer aux trésors de sagesse et de tendresse qu'il eût voulu répandre dans le monde entier.

Nous sommes heureux de témoigner toute notre reconnaissance à ceux qui pour rendre cette traduction moins imparfaite, ont mis à notre service, avec un zèle au-dessus de tout éloge, le secours de leurs conseils et de leurs lumières. Ils ont bien voulu accepter la dédicace de quelques-uns de? chefs-d'œuvre de Shelley ; mais nous savons que leur plus douce récompense sera d'avoir contribué à vulgariser un poète qu'on ne peut lire sans l'aimer, et qu'on ne peut aimer sans vouloir à son exemple devenir plus généreux, plus humain et meilleur.

F. Rabbe.

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