‹ Shelley, sa vie & ses œuvresChapitre 35 sur 110 · SHELLEY A EDINBURGH · texte numérisé non relu

SHELLEY A EDINBURGH

ses amis. Le souper en effet eut lieu, et faillit devenir tragique. Les joyeux amis du landlord ayant fait mined'envahir à minuitle domicile conjugal, Shelley, vivement froissé, saisit ses pistolets elles en menaça, s'ils osaient prendre une pareille liberté. Le mariage fut célébré le 28 août, « entre Percy Bysshe Shelley soi-disant fermier, Sussex, » porte l'acte lui-même, « et miss Harriet Westbrook, fille de M. John Westbrook, London. »

Quand Hogg arriva, tout était terminé. La police de sir Timothy l'eut bientôt instruit de ce grand événement. On devine sa colère; le premier effet en fut de couper de nouveau les vivres au séducteur. Shelley attendit en vain les cinquante livres qui devaient lui être versées en septembre; ce fut à l'oncle Pilfold qu'il dut de pou\oir payer ses dettes, « et ne pas rester enchaîné, comme il le dit, à la boue et au commerce d'Edinburgh. w Puis le père de Shelley se répandit en lamentations auprès du père de Hogg; car il était présumable « que Bysshe, parti avec une jeune femme a Edinburgh, s'arrêterait à York, et Dieu sait ce qui peut arriver d'une rencontre entre votre jeune homme et le mien ! »

L'arrivée de Hogg mit le comble au bonheur de Shelley, et les cinq semaines que le trio passa à Edinburgh furent une félicité paradisiaque. Hogg fut ébloui à la vue de la jeune beauté de Clapham ; sa plume, pour la peindre, ne trouve pas de couleurs assez brillantes, de touches assez suaves. « Si elle était agréable à entendre, dit-il, elle n'était pas moins charmante à voir; elle était toujours jolie,

toujours étincelante, toujours dans l'éclat de sa fleur; pas une ombre, pas un pli, pas un cheveu hors de sa place. » 11 sortait souvent seul avec elle, visitait avec elle le vieux palais d'Holyrood, ou l'admirable colline d'Arthur's Seat. Il était scandalisé de voir les habitants de la métropole du Nord rester insensibles aux charmes de sa compagne : « personne ne la remarquait, dit-il; elle était fluette, de formes minces et délicates, mais pas assez décharnée pour le marché écossais. »

Après le déjeuner, qui souvent se composait pour Shelley d'un de ces rayons de miel vierge qui faisaient ses délices, la matinée se passait en études littéraires, Shelley traduisant un Traité de Buffon (probablement les Epoques de la ISaturc) pendant que Harriet traduisait un roman de madame Gottin, Claire d Alhe ^ L'après-midi était consacré à la promenade, et au retour, une petite servante écossaise, avec ce rude et inharmonieux accent du Nord qui faisait frémir Shelley, annonçait que le thé était servi. Le thé se passait en conversations philosophiques ; puis la voix claire et melliflue de Harriet se délectait dans la lecture de Télémaque ou de Bélisaire -. Malgré les charmes que donnaient à Féne-

1 . Les romans de madame Gottin, qui eurent tant de vogue au commencement de ce siècle surtout parmi les femmes, étaient alors dans toute la fraîcheur de leur nouveauté. « Harriet, dit Hogg, traduisit les deux volumes exactement et correctement, et éciivit le tout sans un brouillon, sans une tache, sur le plus doux, le plus blanc, le plus beau papier, avec sa petite, soignée, coulante et lisible écriture féminine. »

2, Elle avait, dit Hogg, la diction la plus distincte que j'ai jamais entendue.

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