Née le 3 septembre ISn à Marlow. « tout le portrait de
fille de Byron, furent régulièrement baptisés à l'Eglise de Saint-Giles-in-the-Field, et le 11, Shelley voyait pour la dernière fois la terre d'Angleterre.
Une utre avie va commencer pour Shelley. Sous le ciel radieux de l'Italie, « ce paradis des exilés et des parias , » comme il l'appelle , son génie , affran • chi de toutes les haines et de tous les ressentiments, va prendre son vol hardi et libre dans les sphères sereines du pur idéal; en perdant de vue les rivages d'Angleterre, Shelley semble perdre de vue la terre; au contact journalier des chefs-d'œuvre de l'Italie, son goût s'affine, ses conceptions s'élèvent et s'épurent; il devient beau et grand comme l'antique, dont il se pénètre dans la contemplation des ruines, dans le commerce assidu de la statuaire, dans l'étude approfondie de Platon et d'Eschyle, dans le culte amoureux de tous les arts. Ses facultés \ont s'épanouir avec ses sens et son corps sous les chaudes effluves de cette lumière ensoleillée; nous aurons alors le poète incomparable du Prométhée, de VEplpsi/c/iidion, de VAdonaïs et de Y Hellas.
Il a raconté lui-même cette transformation, cette éclosion de son génie poétique dans ses Lettres d'Italie. Ces lettres, dont nous voudrions pouvoir donner des extraits plus étendus, occupent, de l'avis des meilleurs juges, une place à part dans la littérature épistolaire du siècle. Si elles n'ont pas le brillant, la pétulance, l'humour et la verve endiablée de celles de
son papa, » dit miss Hose dans ses Souvenirs de Mailow.
Byron, elles offrent en retour des qualités plus sérieuses et plus solides, une passion plus profonde, un enthousiasme plus sincère, une franchise absolue de sentiment et de pensée. « Elles nous représentent exactement, dit très bien M. Garnett \ la façon dont le poète, comme poète, contemple la vie et la nature. Une grande partie du plaisir qu'elles produisent vient de leur accord intime avec les œuvres poétiques dont elles sont le commentaire involontaire. Elles prouvent que le monde idéal de Shelley était un monde réel pour lui, et que le niveau habituel de la vie de rhomme n'était pas au-dessous de celui du poète. »
Le 12 mars 1818, Shelley s'embarquait sur le Ladj/ Castlereagh pour Calais. Il emmenait avec lui sa femme, miss Clairmont, Elise la Suissesse, Milly, une jeune servante de Marlow, ses deux enfants^ William âgé de deux ans, et Clara de six mois, et la petite Allegra, âgée d'un an et deux mois. Il espérait par cette enfant, rarasner Byron à se réconcilier avec la mère. De Calais, la caravane traversa la France par Reiras, Langres, Dijon et Lyon, Shelley lisant tout haut Schlegel et Foliage, un poème nouveau de Hunt.
Le 28 mars, Shelley traversait le pittoresque passage des Echelles, et entrait dans les vallées des Alpes. *
La route tournante taillée dans les rocs escarpés
1. Lettres choisies de Shelley, Londres, 1882. Nous espérons publier prochainement la traduction des Lettres d'Italie, complément nécessaire de notre étude sur Shelley.
de la montagne qui mène à Chambéry, lui cause une vive impression : « ces rocs qui n'ont pas moins de mille pieds de hauteur verticale, se suspendent de temps en temps de chaque côté sur la route, et dérobent presque la vue du ciel. Le site ressemble à celui qui est décrit dans le Promethée d'Eschyle : vastes crevasses et cavernes dans des précipices de granit; montagnes dénudées couronnées de neiges et de glace; le bruit retentissant d'eaux invisibles dans l'intérieur des cavités; murailles de rocs dégringolants, qui ne peuvent être escaladés, comme il les décrit, que par le char ailé des Nymphes de l'Océan. »
Si le poète, déjà préoccupé de son Promethée^ cherche dans la grande nature alpestre des images proportionnées à son sujet, le philosophe humanitaire ne peut voir sans un profond sentiment de pitié la pauvreté et la misère des habitants de ces fertiles vallées; il lit « taillées dans le roc les histoires de cette misère. On aperçoit de temps en temps un vieillard boiteux et aveugle rampant hors d'un trou pratiqué dans la montagne, tout dégouttant de la fonte perpétuelle des neiges supérieures, comme au sortir d'une averse. « Ce contraste des hommes avec la nature, Shelley ne cessera de le remarquer sur son passage en Italie, tout disposé à l'exagérer ingénument, afin de pouvoir flétrir avec plus de raison et de liberté ce qui à ses yeux en est la seule cause véritable, la tyrannie des gouvernements. Mais les enchantements de la nature alpestre ont bientôt dissipé ces mélancoliques impressions ; pendant que la
caravane gmvit le Mont-Genis, Shelley ne se sent pas de joie, il chante tout le long du chemin :
(( Combien le ciel est négligé des hommes, et les Dieux sont pendus à chaque arbre! Mais pour les perdre, ce beau monde n'en sera pas plus malheureux! » et se laissant aller à sa veine humoristique, il appelle les montagnes le corps de ballades Dieux, et la Jungfrau, leur mademoiselle Milanie K
A sa descente des Alpes sa poitrine se dilate, ses sensations s'aiguisent et s'exaltent sous l'influence de la beauté du pays et de la sérénité du ciel ; mieux que jamais il sent qu'il dépend de ces choses pour la vie ; avec quelles délices il entend à Suse pour la première fois sortir de la bouche d'une jolie femme Italienne « le clair, le parfait langage d'Italie, après cette cacophonie nasale et abrégée des Français! » Les premiers objets qu'il rencontre sur cette terre bénie le charment et l'enchantent : c'est l'arc d'Auguste, à Suse, qui est comme la porte de l'Italie : « un arc en ruines de proportions magnifiques, dans le goût grec, debout sur un chemin revêtu de gazon vert parsemé de violettes et de primevères, au milieu de montagnes gigantesques, — et une femme blonde^ aux manières légères et gracieuses, quelque chose dans le style de l'Eve de Fuseli. «
Arrivé à Milan le 4 avril, Shelley y séjourna un mois; deux choses surtout l'y frappent: la cathédrale et l'Opéra. Mais le lac de Gomo a pour Shelley une bien plus vive attraction. Les beautés de ses bords,