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Fameuse danseuse de Londres, fort admirée de Shelley

ses villas merveilleuses, Lanzi, Tremezzina, Sommariva, Pliniana, lui causent une impression qui n'est surpassée, dit-il, que par celle des lacs de Kilarnely ; il voudrait s'établir pour toujours dans un de ces lieux enchantés, la Pliniana, une villa à moitié en ruines, et oîi, des lauriers vraiment Cyfhiens de ses terrasses, on domine le plus beau paysage qu'il ait jamais rencontré. 11 dut renoncer à son désir pour complaire à Mary, qui ne goûtait pas aussi bien que lui « cette divine solitude de Como, » et dirigea ses pas vers Pise où le voisinage de la mer l'attirait.

Il quitta donc Milan bien à regret et traversa les Apennins, qui lui parurent beaucoup moins beaux que les Alpes, « une scène immense et indéterminée, où l'imagination ne peut trouver un abri ^ » En revanche les plaines de Parme lui offrirent l'aspect d'un véritable jardin, « d'un désert cultivé, où le blé et l'herbe des prairies croissent sous de hauts et épais arbres reliés l'un à l'autre par de réguliers festons de vignes. »

Après s'être arrêté seulement trois ou quatre jours à Pise, « une large et désagréable ville presque sans habitants, >■> il arriva autour du 10 mai à Livourne, où le retint pendant un mois la société de nouveaux amis auxquels il était recommandé par Godwin, les Gisborne. Mistress Gisborne surtout était faite pour charmer et enchaîner Shelley. Elle avait mené dès son enfance une vie assez

1. Shelley a rendu quelques-unes de ses impressions sur les : Apennins dans la pièce qu'on peut lire vol. III, p. 36.

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aventureuse. Née en 1770, fille d'un marchand anglais de Constantinople, elle avait été à l'âge de huit ans séparée de sa mère, et élevée par son père avec le plus grand soin, dans la libre société des marchands et des diplomates anglais de Constantinople. En 178.0, Jeremy Bentham, visitant le Bosphore, avait remarqué cette jeune fille de quinze ans, femme déjà faite, et manifestant des dispositions extraordinaires pour les arts. Il avait joué avec elle les sonates d'Eichner pour piano forte et violon. Peu de temps après, nous la retrouvons à Rome avec son père, prenant des leçons de peinture d'AngeUca Kaufraann. Le peintre anglais Barry fut si frappé de quelques-unes de ses esquisses, qu'il la pressa vivement de s'adonner exclusivement à la peinture. A Rome, elle épousa l'architecte Willey Reveley, qui l'emmena à Londres. Partageant [les idées libérales de son mari, elle se lia à Londres- avec tous les esprits avancés d'alors, et se mit avec enthousiasme sous la direction philosophique de Godwin et de yiary Wollstonecraft. A la naissance de Mary, elle la )rit chez elle, et la soigna comme sa fille. Bientôt devenue veuve, elle repoussa les offres de mariage de Godwin, et épousa en 1800 M. John Gisborne, puis se retira avec son nouveau mari et le fils qu'elle avait de son premier mariage, en Italie. M. Gisborne fit donner au fils de sa femme une brillante éducation scientifique ; à l'époque où Shelley trouvait la famille Gisborne installée à Livourne, Henry Reveley était un ingénieur de grand espoir ,passionnépour les nouvelles applications de la science, et surtout de la mécanique.

L'histoire de Maria Gisborne, ses relations avec Mary VVollstonecraft, sa beauté, son caractère, et surtout son indépendance de tous les préjugés religieux ou mondains ne pouvaient manquer de séduire l'âme inflammable du poète. Quant au mari, c'était un excellent homme, la placidité même, peu propre aux affaires dans lesquelles il n'avait jamais réussi, un curieux, un érudit, un lettré, capable de s'intéresser aux choses de la poésie, un enthousiaste de Caldéron, Il avait initié sa femme aux beautés du Magico prodigioso et des Autos; à leur école Shelley apprit à aimer cet autre Shakespeare, avec qui plus d'une fois il s'était rencontré sans le connaître, et qui va désormais partager le culte voué par lui à l'auteur de Macbeth et du Roi Lear.

Ces attachantes relations, devenues bien vite une vive amitié, une étroite intimité, firent oublier à Shelley les ennuis de cette grande ville de commerce, la plus indocte et la plus inattractive des cités d'Italie; en quittant Livourne, il emportait, avec les plus agréables souvenirs, le regret de se séparer de cette femme accomplie, qui lui inspirera une de ses poésies les plus originales, les plus en dehors de ses procédés ordinaires, un chef-d'œuvre d'hiwiour et de grâce, la Lettre à Maria Gisborne ^

Aux bains de Lucques, où il ne trouva que des Anglais, Shelley put en toute liberté s'abandonner à ses goûts studieux, et poursuivre l'exécution de ses plans poétiques. Il retrouve avec bonheur le silence

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