‹ Shelley, sa vie & ses œuvresChapitre 83 sur 110 · S 11 ELLE V · texte numérisé non relu

S 11 ELLE V

VOUS contemplez le dôme incommensurable du ciel. »

Les cérémonies de la Semaine-Sainte, relevées encore celte année 1818 par la présence de l'empereur d'Autriche, le laissent assez indifférent. Cependant au retour d'une visite au Colisée, il assiste au fameux lavement des pieds, et à la distribution du macaroni par les cardinaux aux mendiants affamés. Le jour de Pâques, il admire les illuminations de la Coupole, et le feu d'artifice du château Saint- Ange, dont une pièce extraordinaire représente la restauration du mausolée d'Adrien,

Les relations de Shelley à Rome furent, comme partout, peu nombreuses. Les Italiens ne l'attiraient pas ; il n'est question dans les lettres de Mary que d'une seule Italienne, peintre, antiquaire et écrivain d'art, la signora Marianna Dionigi dont le salon était alors un centre de conversazioni lettrées et artistiques. En revanche, Shelley rencontra à Rome quelques Anglais distingués, lord Guilford, sir William Drummond, dont il prisait si hautement le mérite de penseur, miss Curran, la fille du Master of the Rolls, peintre distingué, qui devint l'amie de la maison, et fit les portraits de Shelley, de Mary, de Claire et du petit William. (Mai, 1819.)

Rome devait être ù la fois pour Shelley, comme il l'appelle, « le Paradis et le tombeau. »

Les derniers moments de son séjour dans la ville éternelle furent profondément attristés par la mort de ce cher petit William brusquement emporté par une maladie de quelques jours. (7 juin.) Shelley l'avait veillé pendant soixante heures d'agonie, sans

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fermer les yeux. « Nous eûmes à souffrir à Rome, dit Mary, une terrible douleur au sujet de notre fils aîné, qui par sa beauté et ses promesses méritait d'être l'idole de nos cœurs. Nous quittâmes la capitale du monde, impatients de quitter pour un temps un lieu trop étroitement uni avec sa présence et sa perte. » Père de cinq enfants, Shelley se trouvait ainsi sans enfants.

Il fut si frappé de ce coup qu'il désespéra de s'en relever et de recouvrer jamais quelque joie. Sa douleur s'exhala en strophes touchantes ^ sur l'enfant perdu qui n'est plus là pour «. remplir la maison de ses sourires. -> William fut enseveli dans ce cimetière protestant si poétiquement dépeint dans la lettre à Peacock, et où son père devait si tôt le rejoindre.

Le poète, dans sa douleur, songea aussitôt à quitter Rome, à quitter l'Italie, cette perfide. Italie qui lui prenait ce qu'il avait de plus cher, à retourner en Angleterre : cette m.ort ayant eu un contre-coup funeste sur sa santé, les docteurs voulaient l'envoyer en Afrique ou en Espagne ; il se décida à rester en Italie, et à aller chercher avec Mary quelque consolation auprès de ses bons amis de Livourne, les Gisborne.

Il emportait avec lui, comme le plus cher et le plus grand résultat de l'inspiration de Rome, les trois premiers actes du Prométhée.

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