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sa pensée, et les plus subtils détours du raisonnement; sachant cependant à propos passer du sévère au plaisant, comme on l'a dit de Raphaël, avec la grâce la plus charmante.
Byron lisait chaque jour à Shelley ce qu'il avait composé pendant la nuit : son Caïn, « cette vision apocalyptique, une révélation inconnue à l'humanité » ; Ciel et Terre, un de ses poèmes les plus travaillés, et dont Shelley aimait à déclamer la partie chorale comme un modèle d'harmonie lyrique ; The deformed transformed, celui des ouvrages de Byron que Shelley aimait le moins. Sur les critiques qu'il en fit, dit-on, Byron, pris d'un bel accès de ra,^e, le jeta au feu ; mais le poème renaquit plus lard de ses cendres.
Des discussions animées s'entamaient sur le mérite des poètes anciens ou modernes, Shelley défendant avec enthousiasme contre la critique étroite et dédaigneuse de Byron ses grands poètes favoris, Dante et Shakespeare. On abordait souvent les sujets scabreux de la philosophie et de la métaphysique religieuse. Byron se plaisait à exciter sur ce point la susceptibilité chatouilleuse de son ami « le Serpent » comme il l'appelait, et riait intérieurement de la candeur et du sérieux de ses héroïques convictions.
Un jour en décembre 1821, Shelley apprend qu'à Lucques un homme a été condamné au feu sous l'inculpation de sacrilège : « l'Espagnole, comme dit Byron, qui étend maintenant son jupon sur Lucques, vient de condamner un pauvre diable au bûcher,
pour avoir volé la boîte de pains à cacheter d'une église. Shelley et moi, comme il va sans dire, avons pris les armes contre cet acte de piété, et remuons le monde entier pour faire révoquer la sentence. » Dans le premier élan de l'indignation, se souvenant du bûcher de Laoïi et Cytha, Shelley était d'avis d'aller, Byron, Medwin et lui, enlever le patient au moment de l'exécution, pour le mettre en sûreté hors de la frontière toscane. Byron, moins ardent et plus pratique, lui suggéra un procédé moins dramatique et plus prudent, de simples représentations. Shelley en effet écrivit à ce sujet à lord Guilford, ministre anglais à Florence, et commença un Mémoire destiné au grand duc. L'intervention de lord Guilford eut son effet, et Shelley put écrire à lord Byron (13 décembre) :
« J'apprends ce matin que le dessein de brûler mon camarade serpent a été abandonné, et qu'il a été condamné aux galères. »
Shelley avait manqué une bille occasion de renverser les idoles des faux dieux, d'éteindre les bûchers, et de s'écrier comme le héros de la Révolte de V Islam :
« C'est moi qui suis Laon ! »