‹ Si, étude sociale d'après demainChapitre 18 sur 22 · VI. — Services d'intérêt général · texte numérisé non relu

VI. — Services d'intérêt général

Service de l'hygiène 800 millions.

— de la défense du

territoire et travaux publics . . 500 — ;

— de la-justice et de

la sécurité intérieure 30 —

— de la marine et

des postes 400 —

— de l'instruction et

des beaux-arts 250 —

— des exploitations

diverses 200 —

— de la Banque de

France 100 —

— des invalidités —

(enfance, infirmités) 150 — 2.430 —

Solde destiné à rembourser les capitaux vérifiés et contrôlés et attribués à leurs anciens détenteurs par mesure d'apaisement et de conciliation 2.661 —

Total égal aux recettes 6 . 030 millions.

— Oh! la jolie page! m'écriai-je ! Donne-moi quelques détails sur ce solde d'apaisement et de conciliation.

— Figure-toi, me dit Santeny, que les propriétaires mécontents des évaluations portées sur leurs emphy-

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téoses, ont réclamé une indemnité. Les créanciers hypothécaires, dont nous avons annulé les titres, en ont fait autant; puis sont venus les avoués, les notaires, les huissiers, môme les juges, qui tous criaient : «Nous avons payé nos charges, môssieu »! Après eux les gens du gaz, des mines, des chemins de fer : grands, petits, à voies larges, à voies étroites; puis les omnibus, les fiacres; puis le Crédit foncier, le Crédit lyonnais, un tas de banques dont nous avions brisé le gagne-pain, les pauvres ! puis, les compagnies de vidange... d'eau... môme de vin!... enfin d'autres plus sérieux sont arrivés, les gens à cautionnements et les malheureux déposants aux caisses d'épargnes — ces deux dernières séries ont été admises d'emblée. Les autres on les a rognées, qui de 60 pour 100, qui de 80 pour 100, mais, avant tout, le terrain se déblayait admirablement au moyen de la question suivante :

— Quel âge avez- vous?

Si le réclamant avait soixante-dix ans révolus, il était immédiatement inscrit parmi les retraités civils, saréclamation servaitd'élémentd'informations pour le calcul de sa pension viagère, mais son capital était liquidé du même coup.

Sinon, on le mettait dans le tas des capitaux à rembourser, sans intérêt, et par fractions annuelles à prendre sur ce qui resterait disponible, après l'acquit de toutes les dépenses actives du budget.

Hé bien, le croirais-tu? après toutes les réductions les éliminations, etc.. nous avons encore eu la bonté d'admettre 32 milliards.

Seulement cela ne nous pèse guère.

Remarque, je te prie, que les 0 milliards du budget

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des dépenses sont soldés en bons d'impôt, sorte de lettre de change tirée sur les cotisations et les diverses exploitations. Or ce bon, s'il peut s'échanger contre de l'argent ou des billets de banque, ne s'échange contre de l'or que dans certaines circonstances définies.

De plus il ne vaut que pour l'année de son émission et en France... De sorte que, forcés d'utiliser leurs bons, tous mes braves gens se sont livrés à des dépenses extraordinaires, ont bâti des maisons — pour eux — ont acheté des mobiliers — c'est-à-dire ont donné aux échanges un branle considérable... Ce qui nous fait presque regretter que nous ayons bientôt fini de les payer.

— Bah ! du train dont vous allez, vous en avez encore pour cinq ou six ans... à peu près ! Or, pendant cette période de douze ou quinze ans, outre les besoins développés automatiquement par le bienêtre, d'autres seront nés — je parle des naissances qui accroissent la population, — et ces besoins-là, nouveaux, s'ajoutant aux précédents ou les remplaçant, plus que les autres peut-être sont destinés à se développer.

De sorte que, quand vous ne paierez plus les revenants d'antan, vous paierez les survenants d'hier, et vous n'en serez que plus riches !... Seulement, vois-tu, il y a quelque chose que je ne m'explique pas ; c'est, à côté du gros chiffre des amortissements dits : de conciliation, le chiffre vraiment ridicule des retraites. Quoi! 300 millions? seulement, 300 millions? Car enfin, voyons... la retraite civile est acquise à soixante-cinq ans, n'est-ce pas?

— Gela dépend; il y a des catégories, il faut

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compter soixante-cinq, soixante-dix et soixantequinze ans... D'ailleurs, voilà les chiffres.

Et dans une division du tableau budgétaire, je pus lire les chiffres suivants :

1° 266,589 tètes âgées de 75 à 80 ans. 2° 418,080 — 70 à 75 ans.

3° 608,960 — 63 à 70 ans.

Total : 1,294,229 têtes.

Or, ajoutai-je en leur donnant seulement 1,000 fr. à chacune, et tu le sais, ce chiffre est insuffisant, le budget devrait inscrire au moins 1 milliard 29! millions au chapitre de retraites civiles, au lieu de 300 millions.

— Ton raisonnement est juste! Mais tu oublies deux circonstances :

La première, c'est que, parmi les rentiers viagers qui sont inscrits aux trois sections des anciennes dettes, il y a un très grand nombre de gens remplissant les conditions d'âge dont nous venons de relever le chiffre.

La seconde c'est que le montant total des retraites ne figure pas au budget ; celui-ci ne contenant que les soldes ajoutés par la nation.

— Gomment cela?

— Le voici.

Le véritable budget des retraites civiles et des invalidités (enfance, infirmités), — (ce dernier inscrit à part pour 150 millions), — est alimenté par la masse des travailleurs valides, et prélevé sur les répartitions, dont tu connais le mécanisme.

Tu sais d'autre part que le minimum provisionnel de 1,000 francs est le quotient du total des moyens

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d'échange, par le nombre total des travailleurs valides ; par conséquent tu sais que les travailleurs valides absorbent, pour leur minimum, 15 milliards par an.

Maintenant, veux-tu avoir le total des échanges que représente cette provision?

— Je le sais. Il me suffit d'appliquer le principe que l'unité de monnaie satisfait toujours le triple d'utilités échangées, — par conséquent 15 milliards multipliés par trois, soit 45 milliards. Voilà le total échangé.

— Eh bien ! reprit Santeny, c'est sur ce total, qui, alors, comprend les répartitions, que l'on établit la part des retraités.

Prenons que cette part soit en moyenne de 2,000 fr. l'une; cela donnera, pour les 1,294,000 retraités, 2,588 millions, ce qui représente à peine 5,75 0/0 du total des utilités échangées.

— C'est donc à peu près, dis-je, comme lorsque | l'on prélevait un tant pour cent sur les salaires, sous

prétexte de caisse des retraites?

— Absolument non! La caisse des retraites était une façon de restreindre la circulation des monnaies, et de grever l'avenir, au moyen de l'intérêt composé; en outre, le montant de la retraite dépendait, strictement, du montant des accumulations annuelles. Aujourd'hui, rien de pareil : le minimum provisionnel est dans tous les cas intact; le prélèvement ne s'opère en réalité que sur les répartitions; quelle que soit sa quotité, il ne réduit ni n'accroît la retraite de l'individu, parce que cette retraite est calculée sur la moyenne réalisée pendant les cinq dernières années de son travail per-

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sonnel; enfin, il n'y a aucune charge imputée sur l'avenir, parce que les liquidations se font, chaque année, avec le produit de l'année, sans aucun report possible d'un exercice à l'autre. Tu vois, conclut Santeny , que, loin d'être comme autrefois, c'est précisément le contraire; sous le capital, c'était le féroce « chacun pour soi », né du : « comme on fait son lit, on se couche />; tandis que, sous le social, c'est le « chacun pour les autres ».

— A qui on fait le lit!... terminai-je.

— Gomme tu le dis très bien! Et maintenant, veux-tu serrer de plus près la vérité des chiffres? Eh bien, l'an passé, ce n'a pas été 15 millions, mais plus de 1(3 millions de travailleurs, ayant disposé, non de 15 milliards, mais de 18 milliards de moyens d'échange. D'où un total d'utilités échangées s'élevant à 54 milliards. Le nombre et le quantum des retraites ne s'étant pas augmenté dans la même proportion, il en est résulté que « le lit des autres » n'a coûté> cette année, que 4,80 0/0 environ, au lieu de 5,75.

— Sapristi! m'écriai-je, il y a un trou dans toi raisonnement.

— Lequel?

— La quantité des moyens et le nombre des travailleurs ayant augmenté inégalement, le quotient qui lixe le minimum provisionnel a dû augmenter aussi! Et comme, avec l'impôt et les frais de matière, il entre seul dans le coût de création des choses, le coût de la vie a dû s'élever aussi!

— Ton observation serait juste si on avait modifié le minimum. Mais on a évité cette inutilité, précisément pour ne pas troubler les habitudes et ne pas être obligé de relever le prix de toutes les

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' autres dépenses, les pensions comp?ùses, ce qui eût remis les choses exactement au point où elles étaient avant la modification.

En somme, ce que le travail a reçu en moins, comme provision, il l'a reçu en plus, comme répartition...

— Il vaudrait môme mieux, repris-je, que le minimum fût réduit de moitié, parce que, par comparaison, les nations qui ont des moyens monétaires inférieurs aux nôtres trouveraient encore plus réduit le coût de nos objets, ce qui les amènerait à s'approvisionner davantage à nos fabrications, et augmenterait nos échanges avec l'extérieur.

— Tu touches là, mon cher Maurice, au plus grave problème de l'avenir, à celui qui seul pourra supprimer les frontières. Le jour, en effet, où, dans l'univers décapitalisé, le minimum provisionnel affecté à l'individu, l'impôt et les frais de matière seraient partout identiques, ce jour-là, la division du travail serait mondiale, les prix égaux partout, et on n'aurait plus qu'à créer la gratuité des transports, pour que la facilité du travail devînt la seule base de sa répartition universelle.

Malheureusement, ce ne sera pas encore demain que nous verrons poindre l'aurore de ce paradis terrestre, et nos amis qui rêvent encore l'internationalisation immédiate du travail ont, certainement, très peu étudié les éléments de cet épineux problème.

— Aussi est-ce bien ce qui m'avait fait trembler quand, au fond du mir où je m'étais réfugié, j'ai appris que la France avait été socialisée. Je l'avais laissée tout affolée par le système des heures de tra-

vail devenues monnaie, et monnaie mondiale, encore ! suivant la formule de Marx ; et j'avais grand'peur que nos travailleurs, séduits par ce mirage d'un salaire plus élevé, auquel on avait oublié d'ajouter un pouvoir proportionnel d'acheter la vie, devenue, elle aussi, plus coûteuse, n'eussent adopté l'erreur du grand écrivain allemand, ce qui les aurait bien vite exposés aune réaction...

— Qui a triomphé en Allemagne, interrompit Georges.

— Et sans espoir de revanche?

— Malheureusement! je le crains!

— Eh bien, vois-tu, cela me désole et me console à la lois; parce que cela lait ressortir, plus forte et mieux établie, si c'était nécessaire, cette vérité: qu'il n'y a pas d'organisation collective durable quand elle n'a pas, pour fondement, la véritable théorie delà valeur.

Celte théorie, Marx a cru la formuler, et ne l'a que décrétée. C'était une folie !

On ne décrète pas la valeur, on la traduit. Car la valeur est à la fois, dans la nature des choses, qui ne dépend d'aucun décret humain ; dans les besoins de l'individu qui, variés à l'infini, le dominent au lieu d'être dominés par lui; dans les échanges mutuels qui, eux, ont pour mesure les espaces occupés et les quantités occupantes... tous éléments que la volonté humaine est incapable de modifier empiriquement, mais que la science sociale peut combiner, en appliquantes lois physiques delà matière et de la force.

Par cette application on découvre qu'il faut : uni-

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fier le coût de l'effort, sans toucher à la diversité des valeurs qui en résultent.

Et c'est justement ce que vous avez obtenu avec le minimum provisionnel qui s'épanouit ensuite dans la répartition des produits collectifs.

Gomme prononçais ces mots, un jeune homme qui, depuis un moment, à côté de nous, paraissait étudier le tableau budgétaire, s'approcha tout à coup, et, en hésitant un peu m'adressa ]a parole :

— Je vous prie, monsieur, me dit-il, de m'excuser si je me trompe, mais je crois avoir l'honneur de parler à monsieur Maurice Dalbret.

— Vous ne vous trompez pas, monsieur, lui répondis-je.

La figure de mon jeune interlocuteur rougit de plaisir; il reprit :

— Ah I je ne me trompais pas ! car je vous entendais parler, et puis je vous ai lu... je vous ai lu... Je suis Jean, monsieur, Jean le fils adoptif de M. Bernard du Pas des Lanciers !

— Je te présente M. Jean Bernard, dis-je à Santeny, un jeune peintre dont je connais un peu l'histoire...

En quelques mots je lui racontai la poétique odyssée du jeune homme, et la clairvoyante bonté du brave père Bernard.

— Alors, fit Santeny souriant, je devine pourquoi nous rencontrons monsieur dans les bâtiments de la banque de France.

Et se tournant vers lui :

— Le comité des Beaux-Arts vous a donc répondu?

— Oui monsieur.

— Et il vous a alloué?

— 3,000 francs par an, pendant trois ans.

— Vous avez déposé votre mandat au cabinet des crédits?

— Et j'attends qu'on m'appelle..., j'en ai pour une heure à peu près.

— Alors, apprenez-nous comment vous avez pu obtenir une réponse aussi favorable.

— C'est bien simple, monsieur; personnellement, je n'ai pas fait autre chose que d'envoyer, chaque année, depuis trois ans, un petit travail au comité des Beaux-Arts.

En disant ces mots, il me regardait légèrement embarrassé...

— M. Dalbret doit bien savoir comment je travaillais.

— Oui, car je connais un peu l'ange qui vous inspirait.

Et le pauvre enfant, plus confus que jamais, ajouta, tout bas...

— Elle sera bien heureuse !

— Ainsi, intervint Santeny, voilà tout ce que vous avez fait?

— Oui monsieur, et comme, d'après les règlements, mon nom devait demeurer inconnu, j'avais adopté une devise, accompagnée d'un numéro, dont je signais mes petits envois.

Un jour j'ai lu dans la septième région, que l'auteur des envois signés : « L'homme qui pleure » et numérotés 8,444. LN...

— Hélène ! fls-je en souriant.

— Oui, monsieur, répondit Jean, pouvait apporter au comité des Beaux-Arts son œuvre nouvelle, au lieu de l'envoyer comme les précédentes ; aussi, tôt j'ai tout dit à M. Roustan... et, grâce au père Bernard, j'ai pu faire le voyage.

On a examiné mon travail, et... on m'a accepté pour continuer mes études à Paris, où je pourrai fréquenter les ateliers des maîtres. Yoilà ma petite histoire, monsieur.

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— Elle est charmante, votre petite histoire, et je vous fuis tous mes compliments.

Puis m'adressant à Santeny :

— Alors, puisque ce jeune homme vient à Paris comme pensionné, où doit- il habiter? lui demandai^'e.

— Où il voudra. Aucune résidence ne lui est assignée. Est-ce que tu t'imagines qu'on va le parquer dans une école, lui imposer des heures de présence ? Allons donc ! il jouira de la liberté la plus absolue. Il produira son œuvre annuelle. Là on décidera s'il y a lieu de lui maintenir ou de lui retirer son subside. Voilà tout.

Après cela il sera coté. C'est-à-dire que ses travaux auront une valeur minimum et les expositions ieront le reste.

— Et si les expositions ne lui font pas un reste suffisant?

— Alors, rien ne l'empêchera de chercher un travail... quelconque, ici où là, dans la lre région, ou dans la 18e... les publications de la commission générale des professions lui donneront à cet égard toutes les indications qu'il pourra souhaiter.

— Je vous demande pardon, nous dit alors Jean, mais je crois devoir me rapprocher du bureau des crédits... Me permettez-vous d'aller vous voir, monsieur Dalbret?

— Certes, mon jeune ami... voici mon adresse. Et Santeny tendit à Jean une de ses cartes, sur laquelle il venait d'ajouter mon nom.

La rencontre imprévue du jeune Bernard avait

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reporté mes pensées sur cette jolie maison du brave Roustan où j'avais répondu de mon mieux aux « philistineries ». de son exubérante épouse, et où je m'étais senti si profondément ému au cri spontanément échappé à la pauvre petite Hélène.

Puis, l'alliance des idées m'entraînant, je me revis aussi avec Auvertin, m'expliquant, au théâtre, les épanouissements de l'art.

Si bien que tout à coup je dis à Santeny.

— Ce jugement d'oeuvres anonymes est bon pour la peinture, même pour la littérature... mais pour la musique? où la voix et l'exécution...

— Mon ami, répliqua Santeny, tu oublies que le téléphone et le phonographe sont arrivés à une perfection extraordinaire...

Il n'avait pas achevé ces mots qu'une violente sonuerie retentit puis, se tut au milieu d'un silence que son bruit venait, justement, de créer, et une voix puissante dit ces mots :

— Les personnes pour le guichet n° 128 ! Presque aussitôt le tiers de la salle se vida.

— Voilà le téléphone du guichet 128 qui appelle ses clients, m'expliqua Santeny.

Du coup je me trouvais rejeté dans toutes les intensités d'étonnement que m'avait constamment prodiguées la civilisation socialiste.

— Qu'est donc ce guichet 128 qui a ainsi vidé la salle? demandai-je à Santeny.

— C'est l'un de ceux où se paient les cotisations emphytéotiques énumérées dans ce grand tableau qui est celui du Budget des recettes.

— Ah ! voyons.

Je m'approchai, et de même que j'avais lu la no-

menclature générale des dépenses, je pus prendre connaissance des éléments de la recette.

— Tu as vu, dit Santeny, ceux auxquels la nation distribue ses bons ou billets d'impôt, voici maintenant ceux qui les lui rapportent, car tout est dans ce double mouvement d'aller et de retour.

Or, voici ce que je lus sur l'un des grands panneaux de l'immense salle qui avait vu, autrefois, les débauches ou les crimes des princes de la maison d'Orléans :

1ÏUDGET DES RECETTES

Revenus fixes. — Cotisation emphytéotique.

Sur les terres non bâties 1.350 millions.

— bâties 90 > —

Total 2.250 millions.

Produits variables.

Douanes

Chemins de fer, transports, e Eclairage, gaz, électricité Tabac, poudre, alcool.

Postes et télégraphes .

Exploitations et divers Impôts sur les jeux. .

Taxe sur les étrangers Droit d'assurance. . .

Total.

Total généra

G. 030 millions.

— Remarque, me dit Santeny, que nos dépenses fermes, celles qui sont en dehors des amortissements, s'élèvent à 3,269 millions ; que, par suite,

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les produits variables ne fourniraient-ils que la moitié des prévisions, nous n'en serions en quoi que ce soit incommodés, puisque notre engagement d'amortissement ne porte que sur ce qui restera disponible après les dépenses budgétaires satisfaites.

— C'est très clair.

— Les gens que nous remboursons, si généreusement, ont donc tout intérêt à ce que le travail et la prospérité élargissent, autant que possible, la marge existant déjà entre nos dépenses fermes et nos recettes totales, puisque, de cet écart, dépendent la régularité et la quotité de leurs encaissements.

Or, en bâtissant pour eux comme ils le font encore, afin d'employer leurs rentrées, ainsi que je te l'ai dit, ils contribuent à élargir la marge, puisqu'ils ajoutent des cubes construits à ceux qui existaient déjà, et que la répartition du contingent, sur un plus grand nombre de mètres cubes, réduit proportionnellement l'unité de la cotisation.

Pendant que Santeny s'expliquait ainsi , une taxe énorme accrocha subitement mon regard, bien qu'elle se trouvât reléguée vers les dernières lignes.

(Vêtait la taxe sur le jeu..

— Gomment! m'écriai-je, vous avez taxé le jeu?

— Hélas, oui ! et l'alcool aussi, comme la poudre et les tabacs.

— Passe pour ceux-là; même pour l'alcool qui sert un vice : l'alcoolisme... mais le jeu! Quoi 1 on joue? on joue encore !

— Mais oui, mon pauvre Maurice, mais oui, on joue. Est-ce que par hasard tu t'imagines que dans un délai de sept à huit ans, tous ceux qui jouaient

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et oe vivaient que du jeu, dans la période pourrie,

ont ou Le temps de mourir ou la volonté de se corriger? Détrompe-toi, il y a encore beaucoup de joueurs, à Paris, surtout, où l'on parvient plus aisément à dissimuler ce vice, tout en le satisfaisant.

Passion de parasite, mon cher, passion rebelle à tout contrat social, passion irréductible comme un torrent grossi par les pluies.

Ne pouvant le tarir, ce torrent, on l'a endigué, et l'on s'est arrangé de façon à ce que, au moins, s'il cause des préjudices individuels, il produise, en compensation, un avantage collectif.

11 y a un règlement spécial qui concerne le jeu ; on l'a appelé règlement provisoire, parce qu'il était répugnant de voir, dans un acte solennel de l'administration, admettre la perpétuité d'une pareille plaie sociale.

— Anti-sociale, plutôt.

— Anti-sociale, certes ! Ce n'est pas moi qui te démentirai.

— Et on a eu le cynisme de l'afficher ici?

— Ici? non, mais dans les lieux où l'on joue. Seulement ici, il nous est permis de feuilleter ce gros livre, là, sur ce pupitre, où sont les menus détails qui auraient encombré les tableaux peints sur les panneaux.

En disant ces mots, Santeny m'avait amené vers le pupitre, avait ouvert le registre, et me montrait du doigt le règlement en question, où je lus :

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