‹ Si j'etais roi opera comique en trois actes et quatre tableauxChapitre 17 sur 73 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

lUDOOB.

Daignez vous expliquer.

NÉMEA.

Eh bien, seigneur Kadoor, l’hommage de votre cœur et de votre main m’honore au plus haut degré; mais cela me gêne... un peu, et cela me désoblige... beaucoup.

KADOOR.

Que vous voulez-vous dire?

Tenez, je vais vous parler franchement. Prince Kadoor... mon cœur ne m’appartient pas.

LE ROI

Vous aimez quelqu’un?

KADOOR.

Et cet homme... c’est?...

NÉMEA.

Je ne le connais pas.

KADOOR.

Mais, princesse...

NÉMEA.

Ecoutez... c’est toute une histoire : Il y a quelques mois, j'eus la fantaisie d’aller me baigner sur une plage éloignée ; l’endroit était désert; au loin, seulement, passait une barque élégante, montée par de jeunes seigneurs, car l’écho répétait leurs chants, et ces chants étaient ceux de la cour. Tout à coup, un courant inconnu m’entraine au large, je veux lutter, je crie, j’appelle... et je disparais enfin sous les flots... Quand je revins à moi, j’étais étendue sur le sable, et lorsque je demandai à mes femmes qui m’entouraient, quel était mon sauveur : Nul n’était sur la grève, me répondirent-elles ; votre sauveur est un envoyé du ciel, qui a disparu à notre approche.

LE ROI

Kadoor, est-ce que vous croyez à cette intervention de Brahma?

KADOOR.

Moi, Majesté?

NÉMEA.

Oh I je suis trop peu de chose pour que le ciel m’ait envoyé un de ses anges. Mon sauveur n’est pas tombé du ciel, il s’est élancé de cette barque montée par de jeunes seigneurs, il m’a disputée au courant qui menaçait de l’engloutir avec moi, et c’est au péril de sa vie qu’il a sauvé la mienne.

KADOOR.

Tout ceci ne me dit pas ce que l’offre de ma main...

SI J’ÉTAIS ROI

NÉMEA. >

A de gênant pour moi? Vous ne comprenez pas qu’en afQcbant partout vos prétentions à mon coeur, en publiant hautement notre prochain mariage, vons l'empéchez de se faire connaître, lui !

. LE noi.

C’est vrai, vous l'effarouchez, lui I

EADOOR.

Si c’est là le seul obstacle, j’ose vous prédire, princesse, que celui qui garde le silence par discrétion avant notre mariage, se taira par respect quand vous m’appartiendrez.

NÉHEA.

SoitI il ne se fera pas connaître... vous me répondez de lui; mais si je le découvre, je ne vous réponds pas de moi, du tout.

LE ROI

Comment, Némea...

NÉHEA.

Écoutez donc, un jeune seigneur qui vous sauve, et qui ne demande rien cela mérite beaucoup, (a K«door.) Réflécbissez-y,

seigneur, réflcchissez-y... longtemps.

LE ROI, bas.

Mon cher Kadoor, à votre place, je crois que j’y réfléchirais... toujours.

KADOOR.

Ainsi, princesse, votre dernier mot ?

NÉHEA.

Mon dernier mot, le voilà : Si celui qui m’a sauvée se présente à moi, s’il me redit ces paroles suprêmes que m’arrachait le désespoir quand j'allais mourir; si ce seigneur est de haute naissance; et si Sa Majesté ilaigpe le permettre, je lui donnerai mon cœur et ma main.

LE ROI, avec une feinU sevérilé.

Et si je le défends, princesse?

NÉMEA.

Alors, Majesté, je reprendrai... 'ma main. (e!<c rcmooie la scèue.)

LE ROI, riant.

Je comprends!

NÉMEA.

N’est-ce pas une barque de la maison royale, qUe j’aperçois au loin ?

^ LE ROI

Oui, princesse.

La mer est bien calme aujourd'hui.

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