‹ Si la guerre est bienfaisante?Chapitre 2 sur 12 · LA FRANCE OEVANT L'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

LA FRANCE OEVANT L'ALLEMAGNE

par Georges Clemenceau.

C'est un recueil de discours et d'articles composés par M. Clemenceau de 1908 à 1916: ils embrassent donc, en mèine temps que la guerre, la période, si importante pour les historiens futurs, qui prépare et annonce le conflit. Ce livre permet de juger eu pleine connaissance de cause le iûle d'un des hommes politiques qui onl eu en ces dernières années la plus grande influence sur l'opinion Irançalse.

Des Allemands, — historiens, philosophes, suidais, enseignent que la guerre est bienfaisante, nécessaire aux hommes et voulu1' par la Providence. Est-ce vrai? Voilà une question terrible. Si tant d'horreurs et de soufiïanccs, les Ilots de sang et les flots de larmes, tout ce martyrologe inouï de L'heure présente sont bienfaisants et providentiels, que devons-nous penser de l'humanité qui ne peut se soutenir que par de tels remèdes, et de la Providence qui ne sait nous conduire que par des voies pareilles?

Sans doute, mais réfléchissons, et, d'abord observons en nous les effets de la guerre.

Aux heures de grande émotion, on descend au fond de soi, ce lieu si obscur, rarement visité. On s'interroge: « Qu'as-tU fait de ta vie? » A mesure que l'on s'habitue à l'obscurité du lieu, apparaissent en foule des sujets de regrets, ri l'on est heureux s'il ne s'y ajoute pas des sujets de remords. Combien de vanités on a recherchées ! On s'est trompé sur la valeur des choses grossièrement ; on a marché dans la vie, dupe d'apparences. On s'est trompé soi-même sur les mobiles de sa conduite ; on a marché dans la vie, dupe de sa propre apparence. A peine si, de loin en loin, on t,.viina quelque attention aux grands problèmes de la vie humai. u-.

15 Octobiv lîllli.

LA BBVUE pS l' A m s

On remettait au lendemain les affaires sérieuses. Mais ce lendemain est arrivé; les affaires sérieuses se sont imposées décidément. Alors, dans nos méditations, nous découvrons Ja vérité profonde des banalités sacro-saintes, à savoir que le bonheur, .comme l'honneur, ist dans lê contentement de la conscience obtenu par l'obéissance aux grands devoirs éternels, parmi lesquels domine à celte heure le devoir envers la pal lie.

I;s heures de grande émotion passent, il est vrai, et le \ ieil homme reparaît ; mais, bien qu'il soit tiès rec< naaiss ble, il > st changé. Il a pris conscience de sa dignité humaine et civique; il vaut mieux, le vieil homme... Ces heures sont donc bienfaisantes;

Mais vous souvenez-vous de ce qu'était la France, ou, du inoins, de ce qu'elle paraissait être avant la guerre : l'unifi mie médiocrité; point d'hommes, semblait-il ; point d'idées directrices ni de sentiments unanimes; nulle fraternité; une vie publique déplorable ; .

- .... Je régime

<le la clientèle, tout le monde client ou patron, ou client et patron à kl fois ; une hiérarchie de dépendances enchevêtrées ; les compétitions ministérielles; des personnes, plus encore que des programmes, luttant les unes contre les autres; des antipathies, des haines même entre des gens d'un même parti, cl cela devenant une affaire d'Étal ;

les

gouvernants guettés par les « remplaçants n et toujours sur la dél'ensive ; la perpétuelle préoccupation du traquenard;

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<fcs sources de la richesse nationale négligées ou captées par l'étranger ; la vigueur, h. Etante la vie même de la France, largement entamées par des fléaux connus, repérés,- copieusement décrits, l'ignoble scandale de

la puissance politique des eabaretiers et des bouilleurs de CTU 1

une accoutumance a cet état misérable; aueune vue d'avenir; ehez nombre de braves gens, la désespérance. Kl. pour l'étranger nous étions un peuple dégénéré, souriant à sa dégénérescence! frivole, s'amusanl, amuseur des autres, créé pour leurs « menus plaisirs comme Frédéric II disait insolemment de la France louisquinzienne.

Tout à coup, la guerre ; un moment de stupeur; puis le recueillement, el la résolution prise.

Le Pariement tout de suite est transformé. La séance du 1 août 1914 s'inscrit dans l'histoire des grandes journées de France. 11 n'était pas facile d'organiser la collaboration du ■Gonvernemeni et du Parlement, deux puissances qui jamais, -ne s'aimèrent d'un amour sans nuages. Il y eut des tiraillements et des heurts. Il fallut en venir à une explication complète. Le Parlement voulait tout savoir et le Gouvernement ne pouvait tout dire publiquement* Un expédient rut trouve. I «s longues séances de Comité secret dans les deux Chambres ont dissipé les nuages ; le Gouvernemeul a prouvé qu'il méritait (a confiance, et confiance lui a été faite. Il est ml, de fâcheux incidents se produisent encore ; tantôt ils sont le fait d'égarés ; tantôt ce sont des « entreprises politiques », menées par des haines recuites ou par des nostalgies de portefeuilles. ()„ peut regretter la longueur des sessions, les questions inutiles, une permanence d'agitation, certaines réminiscences archaïques des temps révolutionnaires, l'empressement de quelques-uns à se «faire de fête », comme on disait jadis. Ht puis les vices du régime parlementaire, comme il était pratiqué avant la guerre, subsistent en puissance; et il y faudra pourvoir, si J"on veut assurer la vie des libertés publiques, c'est-n-dire

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